
de fardeaux, portant sur une épaule ou sur deux à l’aide d’un long levier élastique
ou balancier, usage encore suivi en Egypte (i) ; différentes professions, telles que la
navigation ( 2 ), fart de presser les fruits (3 ), l’abattage des animaux (4), le commerce
(5) et l’agriculture (6). Les navires rappellent par leurs formes les barques
plates, dans la fabrication desquelles entroient les tiges de papyrus et de lotus:
trois hommes sont dans l’action d’en terminer une de cette espèce ; des hommes
chargés de lotus les apportent aux ouvriers. Le pressoir à fruits, par sa combinaison
simple et ingénieuse, mérite une description. Un grand sac tordu, plein de la
matière à presser, est traversé à ses extrémités par de longues et fortes perches
et est suspendu au-dessus d’un baquet profond et large, sur le fond duquel elles
s’appuient; deux hommes tirent à eux les perches par le pied avec un grand effort;
deux autres, suspendus à la partie supérieure, à dix pieds du sol, tendent aussi à
les écarter afin d’augmenter la pression, en ajoutant leur poids à leur force de
traction ; enfin un cinquième, couché horizontalement entre les deux perches à
la même hauteur, les écarte des pieds et des mains, en exerçant son effort sur
des points d’appui qui paroissent calculés d’après ceux des autres ouvriers.
Un énorme taureau destiné à être abattu n’occupe pas moins de onze hommes:
trois tirent par une corde un des pieds de devant, et un homme tire l’autre pied;
quatre autres tirent un pied de derrière; un neuvième retient la queue; un dixième
est à cheval sur le museau, et le dernier, debout sur l’une des cornes, les jambes
très-écartées, tire l’autre corne avec les deux mains, à l’aide d’un grand effort.
On voit des hommes et des femmes qui paroissent occupés à vendre ou porter
au marché des cassettes, des outres, des colliers et des bracelets, des gazelles, des
biches et autres bêtes à cornes de plusieurs espèces avec leurs petits, des volatiles et
des quadrupèdes, ou bien des vases, des pains, des sacs chargés de marchandises.
Enfin les scènes d’agriculture représentent le labourage, le taureau, le belier,
et plusieurs espèces d’animaux ( 7 ), les hommes versant le grain à la meule ( 8 ),
et le remplissage des jarres avec un liquide qui paroît être du vin. Toutes sont
accompagnées de signes hiéroglyphiques.
Dans plusieurs grottes, les parois sont tapissées d’épaisses couches de sel,
formées depuis l’excavation.
§. V I .
Carrières qui ont servi à la Construction des Pyramides.
P l u s i e u r s opinions existent sur les carrières qui ont servi à la construction
des pyramides. Les uns admettent le rapport des auteurs qui assurent que les
matériaux ont été transportés de la montagne Arabique; les autres le révoquent
en doute, et soutiennent que la montagne Libyque a fourni les pierres sur le lieu
(1 ) Voyez Ant. vol. V, planche ¡y, fig. n , 12. (5) Ibid. planche iy, fig. j , 8, 9 , 10.
(2) Ibid. planche 18, fig. j , y . (6) Ibid.. f ig . i j , 1 5 , 16 , ¡y .
(3) Ibid. planche ¡y , fig. j j planche ¡8, fig. 2. (7) Ibià. fig. 16, iy.
(4 ) Ibid. planche 18, fig. 6. (8) Ibid. fig. ij.
même en quantité suffisante. J’avoue que ce dernier sentiment est celui que j’era-
brassai dabord sur les lieux. L ’assertion est d’autant plus spécieuse, que le rocher
renferme des lits tout semblables aux pierres des pyramides, et qu’il a fallu
creuser autour du s p h i n x , puis dresser le plateau; ce qui a dû procurer beaucoup
de matériaux. Mais cette opinion doit être abandonnée, et j’y ai renoncé
en effet par les considérations que je vais soumettre au lecteur. S’il n’exisfoit
que le témoignage d Hérodote et des autres écrivains, on pourroit dire à la
rigueur quils ont été induits en erreur par la vanité des prêtres Égyptiens, bien
que cet argument ait été prodigué en d’autres cas jusques à l’abus : mais il y a
un témoignage plus positif et incontestable, c’est celui des monumens. On a vu
plus haut quil existoit encore trois chaussées, deux presque ruinées, une autre
intacte. Comment expliquer ces ouvrages si considérables, qui sont précisément
dirigés a lest, c’est-à-dire, vers la montagne Arabique, et dont la pente prend
son origine auprès de la lisière du terrain cultivé, ouvrages construits avec tant
de travail, de temps et de dépense! Qui pourroit soutenir qu’ils n’ont pas servi
au transport des pierres, quand sur-tout l’historien décrit ces chaussées, en fait
voir 1 importance, et en apprend la destination!
En second lieu, il nest pas possible de croire qu’on ait enlevé beaucoup de
pierres en dressant le plateau des pyramides, et qu’elles aient servi à la construction;
il eût mieux valu laisser le roc à sa place. Quant au s p h i n x , dont
on a dit, peut-être avec raison, que la tête désignoit l’ancien niveau du sol,
comme ces témoins que nos carriers et terrassiers laissent au milieu des excavations,
il est facile de voir que la pierre qui a été abattue autour de la tête,
du cou et de la poitrine, n’équivaut pas à la cinquantième partie de la p r e m i è r e
des grandes pyramides, à la centième partie des trois ensemble. II est vrai qu’on
a peut-être creusé autour du plateau, et thé quelque parti de la pierre extraite
fossés; mais on peut accorder cette supposition, sans pour cela dispenser de
chercher ailleurs la source qui a fourni la masse principale des matériaux.
En troisième lieu, la nature de la pierre de la chaîne Libyque n’est pas toujours
semblable a celle des assises des pyramides ; il n’y en a du moins qu’une
partie : elle est ordinairement moins dure, moins compacte, moins pleine de
coquilles numismales et de bélemnites, et la pâte est moins serrée ; elle se ronge
davantage à l’air, témoin le devant du s p h in x , lequel est supposé avoir fourni
des matériaux.
Quatrièmement, le revêtement de la s e c o n d e pyramide et beaucoup de
fragmens que j’ai vus au pied de la p r e m i è r e et que je pense avoir servi à la
revêtir, sont d’une couleur grise particulière, et susceptible d’un demi-poli assez
beau, caractères qui sont étrangers à la pierre de cette partie de la montagne
Libyque, plus blanche et plus tendre.
Enfin les carrières de Torrah [Troja] ( i ), sur un point de la rive droite placé
entre les pyramides et les ruines actuelles de Memphis, carrières qui présentent
aujourd’hui des traces de travaux si considérables, ne sont-elles pas celles qu’Hé-
( ' ) Voyez Description de la ville du Kaire, £. M. tome I I , a.' partie, page 7;o.