
Horapollon, Besammon, et une foule d’autres. Des Chrétiens portèrent les noms
de Besa, de Bisarion. C’est à quoi se bornent tous les renseignemens,fournis par
l’histoire et par l’examen des lieux.
Aux environs de ces ruines, sont celles de deux églises Chrétiennes ruinées,
placées sur le sommet de la montagne Arabique ; on leur donne le nom de Deyr,
ou monastères. La montagne qui enferme Antinoé, vient aboutir, près du Nil,
dans la direction de Nazlet Cheykh A ’bâdeh, petit hameau, à la pointe la plus
élevée de ce côté. C ’est sur un rocher à pic que se trouve une dé ces’'églises ;
aussi Taperçoit-on de très-loin : les bâtimens étoient en briques crues ; les murs
sont debout, et l’on voit encore des cellules couvertes de leur toit. Les briques
sont fort bien faites, et ressemblent, à la grosseur près', à celles des anciens Egyptiens.
Le rapport des habitans confirme que les Chrétiens avoient jadis une église
dans cet endroit. Les environs sont occupés par des grottes et des carrières : au
sud-est on trouve le lit d’un grand torrent; au couchant, une,grande cavité ou
plutôt un immense bas-fond, dont la position singulière sur le plateau de la
montagne mériteroit d’être étudiée parle géologue (i). Il est difficile d’imaginer
un aspect plus aride et plus escarpé, quand bn regarde vers lés t; mais, sr l’on
jette la vue du côté du Nil, elle se repose sur une magnifique et immense campagne
qui s’étend jusqu’au delà du canal de Joseph.
Sur le sommet de la montagne d’Antinoé, il y avoit, selon Abouselah, le monastère
de Saint-Mathias (2). Cest probablement ici qu’il faut le chercher, ou bien
dans une autre ruine pareille, placée dans l’angle rentrant de la montagne à l’est
de la précédente, et qui est, comme elle, sur le sommet du plateau ou même sur
une cime encore plus élevée. Cette église étoit bâtie en briques crues et avec
soin; il reste des murs debout, et des vestiges de voûtes (3) : elle paroît avoir été
plus grande que la première.
§. XIII.
D es Carrières et Excavations pratiquées dans la Montagne d’Antinoé.
A l’est d’Antinoé, la chaîne Arabique se dirige parallèlement au cours du Nil,
dans un long espace de chemin ; cet espace entier est rempli d’excavations de
tout genre, de grottes artificielles et d’immenses carrières. C ’est là que les constructeurs
d’Antinoé ont puisé les matériaux de la ville, et sans doute elles ont servi
bien avant, pour bâtir Hermopolis. Plusieurs de ces excavations ont au-delà de dix
mètres d’ouverture. Elles sont placées à diverses hauteurs dans la montagne; semblables
aux galeries des hypogées de Thèbes, elles ont des développement presque
infinis dans la montagne. Je ne les ai parcourues qu’avec une grande fatigue.
La plus étendue de celles que j’ai visitées, a son ouverture près de l’église que
(1) Voyez pl. 54 j f i g. /. et Maqryzy, il y avoit auprès d’Antinoé quatre églises
(2) Y oyez les Mémoires géographiques sur l'Egypte, par et six monastères.
M.Etienne Quatremère, pag. 42, tom. I. Selon Abouselah (3) Voyez pl. 54,'fig. /.
j’ai décrite au précédent paragraphe , c’est-à-dire, celle qui est dans l’anlge
rentrant de Ja montagne. Le rocher est percé de grandes salles soutenues par
les piliers qu’on y a laissés : elles se divisent en un nombre infini de branches qui
vont dans tous les sens (i). A peine y est-on entré, qu’on ne trouve plus qu’une
obscurité profonde. Le sol est couvert d’éclats de pierre, et d’une certaine poussière
que lés fellah viennent y chercher, du moins à l’entrée ; ils l’emploient comme
engrais. Une multitude de chauve-souris y ont fait leur repaire ; elles exhalent
une odeïtr iinfécte et fétide : l’extrême chaleur achève de rendre la respiration
difficile dans ces vastes souterrains. Mais, en m’y enfonçant toujours de plüs en
plus, j’étois soutenu par l’espoir de découvrir quelque chose digne de curiosité
et d’intérêt. Par-tout, les galeries et les chambres ont deux à deux mètres et demi
de hauteur ; les ramifications sont contournées dans mille directions. Mon guide
me dit-qu’il y avoit deux heures de chemin dans cette grande carrière : au village,
on m’assura même qu’en y entrant à Antinoé, on peut en sortir à Berché; rapport
difficile à croire, puisqu’indépendamment de la distance, qui est de deux lieues,
on trouve dans cet intervalle des gorges très-profondes. Comme le sol des „carrières
est à peu près de niveau et presque au sommet de la montagne , elles
doivent avoir leur issue dans le premier vallon au sud ; peut-être même font-elles
dans la face qui regarde la ville.
Je suis entré par l’ouverture qui est vis-à:vis de la rue des bains : après avoir
marché dans toutes ces salles pendant près d’un quart d’heure, je m’aperçus que
je n’aurois pas assez de lumière pour pouvoir aller jusqu’au bout, et je fus contraint
de revenir; mais nous ne reprîmes point le même chemin, et je me retrouvai
à l’église dont j’ai parlé, à un quart de lieue du point où j’étois entré dans
la montagne.
Les' hommes du pays redoutent beaucoup de parcourir ces carrières^-ils parlent
de gens qu’on y rencontre souvent, morts de faim ou de soif, pour s’être égarés
dans ces espèces de labyrinthes. De quatre cheykhs et huitfcllâh que j’avois amenés
à la montagne pour me suivre dans les carrières, un seul homme avec un enfant
eut le courage de m’y accompagner. A u reste, il y a beaucoup de vague dans les
récits que font les habitans au sujet de ces souterrains : quelques-uns prétendent
qu’on trouve, tout au bout, des colonnes semblables à celles d’Antinoé ; d’autres
assurent que ce sont des piliers laissés après l’exploitation, ce qui me paroît plus;
vraisemblable d’après ce que j’ai vu de mes yeux; On ne voit aucune grotte ou
catacombe Egyptienne dans l’étendue du bassin qui renferme Antinoé ; du moins
je n’en ai pas vu, et les habitans m’ont répondu négativement quand je leur de-
mandois s’il existoit des moghâyer (a).
Outre Ces carrières creusées dans le ro c, il y a une multitude d’excavations et de
grandes parties taillées à ciel ouvert sur le plateau de la montagne et sur les flancs.
11 est même impossible de mesurer le travail qu’ont fait les Egyptiens pour enlever
toute la pierre qui reposoit sur les parois aujourd’hui découvertes.
(1) Voyez pl. 54, fig. 1 , et même planche ,Jig. 2 , aux (2) Nom que donnent les Arabes aux anciennes grottes
points 4,9. sépulcrales.