
Ces hiéroglyphes sont sculptés en creux ; quoique de très-petite dimension, ils
sont d’une exécution parfaite, et le nombre en est prodigieux. C’est aux trois
quarts de cette inscription que l’obélisque est brisé. Il n’existe aucune figure ni
aucun hiéroglyphe sur les petites faces ; elles sont lisses et sans autre décoration que
les rainures qui en font le cadre et qui sont dirigées parallèlement aux grandes
faces : le champ qui existe entre elles et les arêtes, est le même pour les quatre
faces. , «
Ce qu’il y a de plus remarquable dans cet obélisque, c’est qu’au lieu de se
terminer par un pyramidion, qui est le couronnement ordinaire de tous les obélisques
de la haute et de la basse Egypte ( i ) , son extrémité a la forme d’une portion
de cylindre, dont la base se rapproche d’une courbe parabolique4 cette
courbe termine le profil supérieur de chacun des petits côtés. Au milieu du
sommet, on a pratiqué une échancrure (2) qui a quarante centimètres de largeur
sur sept de profondeur. Quoique ses côtés aient été arrondis avec beaucoup d’art,
on est porté à croire qu’elle n’a été pratiquée que pour encastrer plus solidement
sur l’obélisque un faîte doré, ou tout autre ornement de cette espèce ; toutefois on
ne voit aucune trace de scellement qui indique qu’on ait placé un ornement
quelconque sur le monument. Nous savons par. Pline, qu'un certain Maxime,
préfet d’Égypte, eut le dessein de faire placer un faite doré sur l’obélisque Egyptien
que Ptolémée-Philadelphe avoit élevé dans 1 \Arsinoëon, quartier d’Alexandrie
, en l’honneur d’Arsinoé sa femme et sa soeur ( 3 ). Le sommet de ce monument
fut tronqué à cet effet; mais le projet resta sans exécution. Il faut Croire qu’il
en a été de même de l’obélisque de Begyg, puisqu’il n’existe sur son sommet
aucun vestige de scellement.
Cette échancrure auroit-elle eu un autre but! Auroit-elle été faite, par
exemple, dans la vue de contenir les cordes qui ont servi à dresser cet obélisque
pendant l’opération de la pose, de la même manière qu’on maintient lés cordes
dans la gorge d’une poulie ! c’est ce que nous ignorons. On peut sans doute faire
beaucoup d’autres suppositions : ce qu’il y a de certain, c’est que le sommet oit
féchancrure se trouve, les courbes et les arêtes, sont de la plus belle exécution
et d’un poli parfait ; qu’il en est de même des faces et du reste de l’obélisque,
et que toutes les parties paroissent de la même main et du même temps.
Si l’on en croyoit les renseignemens qui nous ont été donnés dans le pays,
sur la cause de la chute de ce monument, il faudroit l’attribuer à un pâchâ du
Kaire, qui, par délassement , s’étoit amusé à le battre en brèche à coups de canon,
et qui à la fin étoit parvenu à le briser en deux. Ce qui nous porte à croire
que ce récit est faux, c’est qu’il n’existe aucune marque de boulet sur les paremens
visibles de cet obélisque, et que ses arêtes sont encore intactes; d’ailleurs on
(1) II a existé, dans l’île Tibérine, un autre obélisque
Egyptien dont le couronnement ressembloit a celui du
monument de Begyg- M. Jomard a fait le rapprochement
de ces deux monumens, dans un Mémoire sur l'obélisque
de Vile Tibérine.
(2) Voyez pl. y i , A . vol. I V , f is • 2»7 '
(3) Cet obélisque fut emporté à Rome-et placé au
Forum. (Plin. Hist. nat. lib. x x x v i , cap. 9.)
Philadelphe avoit aussi élevé à Arsinoé une statue
en topaze, de quatre coudées de haut. ( Plin. i0 <
lib. x x x v i i , cap. 8.)
Voit encore au pied une assez grande excavation qui semble avoir été faite pour
le renverser avec plus de facilité. Il se trouve aujourd’hui si près des ruines d’Arsinoé,
qu’il est très-vraisemblable qu’on l’a primitivement élevé dans cette ville,
au temps où elle portoit encore son premier nom de Crocodilopolis : elle est
entièrement ruinée ou encombrée, ainsi qu’on l’a vu dans la première section; et
l’obélisque de Begyg peut être considéré comme le seul monument bien conservé
qui nous reste de cette ancienne capitale.