
Les recherches de notre collègue ne nous apprirent rien de particulier sur la
distribution intérieure de la pièce où il étoit descendu. Elles nous confirmèrent
l’existence des portes de communication avec l’extérieur et avec la salle hypostyle,
telles que nous les avons figurées dans le plan (i). Nous acquîmes, en outre, la
certitude que les parois des murs sont couvertes de sculptures et de tableaux analogues
à ceux qui ornent le portique. Il ne nous a point été possible de pénétrer
dans les salles contiguës à celle-là ; mais leur étendue étoit déterminée par la longueur
du deuxième portique, dont nous avons pu prendre la mesure avec exactitude. Il
en est de même de la première pièce à droite, dont nous n’avons pas encore parlé.
On sort de la salle hypostyle, ou deuxième portique, par une porte d’environ
trois mètres, de largeur, pour pénétrer plus avant dans le temple, et l’on se trouve
au milieu d’un premier vestibule de cinq mètres un tiers de long et de quatorze
mètres de large, qui n’offre, sous le rapport des sculptures, rien que l’on n’ait
déjà fait remarquer ailleurs. Ce vestibule est éclairé par des soupiraux pratiqués à
la partie supérieure du plafond, dans les angles sud-est et sud-ouest, et au milieu
de la face latérale à gauche : ils forment une petite ouverture carrée à l’extérieur;
mais, à l’intérieur, ils s’ouvrent graduellement pour favoriser la dispersion de la
lumière : ils ont cela de remarquable, que leur paroi inférieure est ornée d’un
disque d’où partent des rayons divergens de cônes tronqués, implantés, pour ainsi
dire, les uns dans les autres. Les divers rapprochemens (2) que nous avons déjà faits,
nous ont démontré que les Égyptiens ont voulu représenter par cet emblème la
lumière du soleil pénétrant dans le temple. Ces ouvertures pouvoient se fermer,
au besoin, avec des espèces de volets ou de bouchons de pierre, comme nous
avons reconnu qu’il en a indubitablement existé dans le pylône d’Edfoû'^). Le
vestibule n’est pas moins rempli de débris que la salle hypostyle qui le précède ;
et l’on voit, à l’angle de droite, une porte communiquant à un escalier et à des
chambres qui sont situées au rez-de-chaussée, mais qui paroissent maintenant
souterraines, à en juger du sommet des décombres dont cette pièce est remplie.
Deux portes pratiquées dans le mur latéral à gauche conduisent à deux salles
obscures de deux mètres et un tiers de largeur, et qui n’ont rien de remarquable
sous Je rapport des sculptures dont leurs parois sont ornées.
Du premier vestibule on entre dans un second par une porte de 2'",74 de
largeur, ornée, comme la précédente, d’un encadrement et d’une corniche où
se trouve un globe ailé. Ce second vestibule a la même largeur que le premier,
et une longueur de six mètres ; son état d’encombrement est aussi à peu
près le même : il est éclairé par des soupiraux semblables à ceux dont nous avons
déjà parlé. Deux portes pratiquées dans les murs latéraux, à l’est et à l’ouest,
donnent entrée dans deux pièces obscures, qui n’offrent aucune particularité
digne d’être mentionnée.
Le mur du fond est percé de trois portes, dont l’une, grande et surmontée
( i ) Voyez planche 8, f i g. i , A . vol. IV .
(2) Voye^ la Description générale de Thèbes, chap. I X , sect. IV , pag.162.
(3) Voyez l’explication de la planche 61, A . vol. I.
d’une élégante corniche, conduit dans le sanctuaire du temple; les deux autres
sont plus petites, et n’ont ni encadrement ni corniche : elles étoien't encombrées
jusqu’au linteau. Nous avons fait exécuter quelques fouilles pour les rendre
praticables, et nous avons reconnu qu’elles conduisent à un corridor servant d’issue '
à un assez grand nombre de petits cabinets obscurs, distribués tout autour du
sanctuaire (i) ; ce corridor est chargé d’ornemens. M. Dutertre, notre collègue,
a dessiné un sujet sculpté au-dessus de l’une des portes et près du plafond : on
peut le voir dans la planche 26 (2). On y remarque particulièrement un personnage
debout avec un masque de belier : il a des ailes d epervier attachées au-dessous de
ses bras étendus; il tient dans la main gauche une croix à anse, et dans la main
droite un mât où est suspendue une voile carrée. Deux figures accroupies sont
de part et d’autre ; en avant, on voit un épervier à tête de belier. Les petits cabinets
obscurs ne sont pas moins ornés de sculptures que le corridor. Mais quel
pouvoit en être l’usage ! Étoient-ils destinés à l’habitation des prêtres qui des-
servoient le temple! ou bien étoient-ils consacrés chacun à l’une dés nombreuses
divinités que révéroit le peuple Égyptien ! C ’est ce qu’il n’est pas aisé de déterminer.
Peut-être avoient-ils un tout autre objet, que nous ne pouvons pas même
entrevoir, à cause de l’ignorance où les anciens nous ont laissés sur ce qui se
pratiquoit dans les réduits les plus secrets des temples de l’Égypte. Ces pièces ne
recevoient de lumière que par le corridor, qui netoit lui-même éclairé qu’au
moyen de quelques soupiraux pratiqués dans l’épaisseur de son plafond.
Nous avons avancé, dans plusieurs circonstances, que les différentes parties
des monumens Égyptiens s'enchevêtraient, pour ainsi dire, les unes dans les autres:
nous trouvons ici de quoi justifier cette assertion. En effet, le mur du fond du
second vestibule présente la façade du sanctuaire en avant-corps (3), comme si
cette portion du temple formoit un édifice isolé : une corniche décorée d’un globe
aile couronne cette façade, encadrée, en quelque sorte, toute entière par le tore
Égyptien. La richesse des sculptures dont cette entrée du sanctuaire est ornée, ajoute
à la beauté mâle de son architecture, et offre un ensemble tel, que nulle part ailleurs
nous n avons rien vu de plus grand, de plus sagement conçu et de plus magnifique.
Le sanctuaire a 10“ ,62 de long, 5” ,67 de large, et 8™,43 de haut; ses parois
offrent des sculptures où l’on remarque principalement des châsses portées sur des
barques (4 ) : son sol a été en partie creusé, et l’on aperçoit, près du mm du fond,
une ouverture par laquelle on peut se glisser dans une sorte de cave qui nous a paru
occuper toute l’étendue du sanctuaire. Des conduits secrets pratiqués dans les murs
latéraux du temple, et où nous n’avons pu pénétrer, communiquoient sans doute
avec ce souterrain ; c’est au moins ce que nous sommes conduits à conclure
de la comparaison de la profondeur des pièces obscures qui entourent le sanctuaire,
avec la largeur totale de l’édifice et l’épaisseur des murs du temple, dont
nous avons pris exactement la mesure (5) : ces conduits secrets venoient sans
( 0 Voyez le plan, planche 8 ,fg . , , A . vol. IV.
(4) Une de ces châsses se voit dans la planche :
(2) Voyez A . vol. IV .
3)fig. 10, A. vol. IV .
( Voyez planche S , f ,g . , et ¡ , A . vol. IV .
( il Voyez la planche S ,jïg . / et y , A . vol. IV.