
pour aller recueillir les nombreux dessins que nous publions au,ourd h u i. Seuls
H Ü escorte', au risque d’être assassinés par les Arabes qui fréquentent la
contrée nous partions de Qené tous les jours à la meme heure, et nous
arrivions sur le bord du Nil en face des ruines. Là, nous trouvions un batelier
qui nous feisoit passer le fleuve, et qui, toujours exact et fidele nous attendoi
hW a u soir. Chaque jour il pouvoir être pour nous le nocher fatal : mais nous
! g P jamais eu qu’à nous louer de sa fidélité et de son empressement a nous
servir ; nous avons même eu la preuve du v if intérêt quiLprenoit a notre conservation
Dans l’une de nos excursions, nous nous étions laisse emporter par
notre zèle, et nous avions tardé plus que de coutume a revenir au port_De,a
le joui- baissoit rapidement, et la nuit presque close ne g g g j plus la faculté
de distinguer les objets dans le lointain. Notre fidele batelier, ne nous yoyan
point revenir, avoir conçu les plus vives alarmes sur notre sort : il croyoït sans
doute que nous étions tombés sous les coups des Arabes. Monte sur les points
les plus élevés des berges du fleuve, il avoir promene dans la campagne sa vue
inquiète aussi long-temps que le jour le lui avoit permis. De temps a autre il
avoir risqué, pour nous avertir, quelques éclats de voix quetouffoit la cramte
d’être entendu des Arabes. Mais c’étoit en vain; aucun indice n avoit pu le
rassurer et calmer ses vives inquiétudes. Nous arrivâmes enfin, et nous le trouvâmes
tout en larmes, la face contre terre et priant avec ferveur II seroit difti-
cüe de peindre la joie que ce brave homme eut de nous revoir. Nous le payions
toujours très-bien : mais cette fois nous triplâmes son salaire; et quoiquil aimât
l’argent, comme tous les Égyptiens, cette générosité nous parut lui faire éprouver
moins de contentement que notre retour inespere.
Nous allons, dans les paragraphes suivans, examiner en détail chacun es
édifices de Denderah, et justifier par nos récits la haute opinion que nous en
avons conçue.
» sur mes gardes. J’émis bien armé, et décide , en cas
» d’agression, à vendre chèrement ma vie. J’arrivai, avec
»mon nombreux cortège, à la maison du cheykh. Cet
»homme jouissoit d’un certain crédit dans la province.
»11 avoit le titre d’émyr, c’est-à-dire, de prince. Je lut
» dis qui j’étois, et le but de mon voyage. Il me reçut
»très-bien, et me promit de me donner des guides pour
»me conduire sur les ruines du temple. H fit 'tendre
» une natte dans la rue devant sa maison, m’y fit asseoir
»avec lu i, et m'engagea à manger des dattes et des
»pastèques qu’il avoit fait apporter. Nous primes le
»café ensemble. Lorsque les habitans nous serraient de
» trop prés, et que les bâtonniers de l’émyr vouloient les
»éloigner, je priois qu'on les laissât s’approcher libre-
» mens : cela me mit très-bien avec toute la population.
»J’achetai quelques idoles Égyptiennes que des femmes
»portoient à leur cou.
» J e partis du village, accompagné de deux qaouâs
» on bâtonniers du cheykh. Arrivé à trois quarts de lieue
» de là , au pied des buttes des décombres qui entourent
» le temple, je commençai à faire des réflexions sur
»les exagérations des voyageurs. Ici, comme dans p l usieurs
lieux célèbres, me disois-je, on ne voit que
»des décombres; cela ne valoit pas la peine-de quitter
» Qené. Plein de cette idée, j’avançois lentement, Iors-
» qu’au moment d’atteindre le haut d’une colline, je
»lève les yeux et j’aperçois rangées près de moi six
» têtes de femme d’une grandeur colossale. Mon ima-
» gination frappée ne me permit pas de voir autre chose,
» et je restai un instant immobile d’étonnement. Je savois
» cependant que je trouverais un temple enjie heu :
»mais c’est là seulement ce que ma mémoire pouvoir
»me rappeler; je ne m’attendois nullement aux dimen-
» sions et aux formes quLfrappoient mes regards. Revenu
»de la première surprise, j’aperçus, en m’avançant da-
» vaniage, la majestueuse façade du temple et les orne-
» mens sans nombre qui la décorent. Je ne sais comment
» rendre ce que j’éprouvai. Je disois tout haut. Que c est
» beau / je le répétois à mes qaouâs, comme s ils eussent
»pu m’entendre. Je parcourus toutes les salles avec la
»joie que fait naître l’admiration. J’étois bien loin de
» regretter mon voyage , et je songeois au plaisir que
» j’allois faire à mes camarades en leur parlant de tout
» ce que je voyois. »
DE d e n d e r a h : CHAP. X. H
s. II.
De l ’Edifice du Nord.
L e premier monument’que l’on rencontré en arrivant sur lés ruines de Ten-
lyris, du côté du nord; .est un' petit édifice de forme rectangulaire, dont l’axe
se trouve à peu près dans la direction nord et sud. II a seize mètres de longueur
et onze mètres et demi de largeur. Il est construit sur le même plan que le temple
de l’est à Phi'loe, et que l’enceinte qui précède le temple d’Hermonthis. Il est
composé dé quatorze colonnes, dont six subsistent dans leur entier; les autres
n’eiiistent que jusqu’à la hauteur des murs d’entre-colonnement. Cette construction
n’a point été achevée, et elle paroît être une des dernières qui aient été
élevées dans l’intérieur de la ville. Le fuf des;,colonnes est lisse et sans aucune
espèce d’ornement. Les chapiteaux;, qui ont la forme d’une campane dont la
courbure est interrompue par des filets saillans, ne sont en quelque sorte que
dégrossis ( i ) et préparés pour recevoir les'sculptures dont iis dévoient être
ornés : ils ne sont surmontés ni de ces dés ni de cet entablement toujours couronnés
d’une élégante corniche. Les murs d’entre-colonnement eux-mêmes ne
sont composés que de masses de pierres qui n’ont encore reçu aucun des orne-
mens que nous avons observés par-tout ailleurs. Deux portes, l’une au nord et
l’autre au sud, donnoient entrée dans l’édifice. Les deux colonnes contre lesquelles
celle dit nord est appuyée, sont entières : mais il ne reste-qu’une seule des
deux colonnes qui ornoient la porté du sud; l’autre est abattue, et ses débris sont
épars sur les décombres. Cet édifice devoit-il être couvert! On peut assurer au
moins qu’on ne voit actuellement sur les lieux les restes d’aucune des pierres du
plafond. Dans cette supposition, d’ailleurs, il y auroit eu probablement deux
rangées de colonnes intérieures pour diminuer la portée de ces pierres, dont
la longueur n’auroit pas dû être de moins de onze mètref, et l’on ne trouve aucune
trace de ces colonnes. Tout porte à penser qu’il ne faut voir ici, comme à Philæ
et à Hermonthis, qu’un hypèthre destiné à précéder un de ces petits templès
Égyptiens, où l’image de Typhon se trouve fréquemment répétée. Les murs
d’entre-colonnement ne s’élèvent, dans leur état actuel, que jusqua un mètre
au-dessus du sol, et il est à présumer qu’ils n’avoient pas moins de 3“ ,80 de
hauteur. La planche 3 1 (2) offre la restauration de ce monument d’après l’analogie
donnée par les autres édifices semblables que nous avons vus en Égypte.
(1) Les galeries qui forment l’avenue du grand temple de Philæ, offrent des chapiteaux pareils. Voyez planche 6,
PS- à “ J , A . vol. /.
(2) Voyez Jlg. 10 et 11, A. vol. 1 V.