
Pline parle d une ville de Crialon placée près d’Arsinoé. Il ne m’est pas possible
•d’assigner sa place ; il n’en est pas de même des deux positions que Ptolémée fait
■connoître sous le nom de Bacchis et de Diorysias, ayant la même longitude, et
placées, l’une à 29°4o'de latitude, l’autre à 290. Cette différence en latitude de 40'
est trop grande de moitié; la longueur du Fayoum n’admet que huit lieues ou
environ 20 . Or on trouve dans le Fayoum, d’après la reconnoissance de M. Martin,
deux ruines considérables placées presque sous de même méridien, appelées
par les Arabes, 1 une, Medynet Nemroudou QasrTefcharà; l’autre, Medynet Mddy:
elles sont distantes de 20 minutes de degré. La première est tout au nord de
Birket Qeroun ; l’autre, près du lac Garâh, au midi du Fayoum. Je place donc
Bacchis à Medynet Nemroud, et Dionysias à Medynet Ma’dy. J’ignore pourquoi
d’An ville a fait précisément le contraire, en donnant à ces deux villes à peu
près la même latitude.
Parmi les antiquités qui subsistent dans la province, il faut peut-être citer les
grosses pierres chargées de bas-reliefs que Paul Lucas a vues à Fydymyn, et qui
m ont échappé quand j ai visité ce village. En effet, ces ruines prouvent qu’il y
a eu dans ce lieu des constructions Égyptiennes; ce qui s’oppose à ce qu’on prolonge
au midi, plus que je ne l’ai fait ci-dessus, la rive de l’ancien lac.
L e meme voyageur parle aussi, mais un peu vaguement, de catacombes souterraines
près de Senhour. Pendant que j étois dans ce lieu, je n’en ai point entendu
parler; mais je regrette de n’avoir point pris d’informations sur ce sujet.
Paul Lucas assure quau-dela du lac il y a des grottes où l’on trouve des momies.
Quant aux antiquités de Bayhamou, j’en ai fait mention dans la description des
vestiges de Crocodilopoüs, parce que ce point me paroît avoir appartenu à l’ancienne
capitale.
SEC TION II.
Description du Temple Égyptien connu sous le nom
de Qasr-Qeroun ;
P a r E. J O M A R D .
P o u r aller aux ruines connues par les voyageurs sous le nom de Qasr-Qeroun
(vulgairement, lé palais Caron ) , on se dirige vers l’ouest en partant de Medynet
el-Fayoum; après avoir laissé sur la gauche le village de Begyg, on passe par ceux
de Desyeh, el-Menachy et Garadou : ce dernier est situé dans un bois immense
de dattiers. Une heure après, on arrive au Bahr el-Ouâdy, large et profond ravin
dont j’ai déjà parlé; l’escarpement de ses bords et la difficulté de trouver le gué
rendent son passage assez pénible : après l’avoir traversé, on s’arrête au village
de Nazleh, à quatre lieues et demie de la capitale. C ’est là, comme je l’ai dit,
qu’on prend ses provisions pour le voyage du désert (1).
Les guides, en partant de Nazleh, font route directement à l’ouest pendant
long-temps ; mais il faut ensuite remonter vers le nord. On traverse d’abord un
ravin, et, au bout de cinq quarts d’heure de marche dans un terrain peu cultivé,
l’on entre dans un désert sablonneux qui va se terminer vers la droite au Birket-
Qeroun, et, vers la gauche, s’élève presque insensiblement jusqu’à la montagne. Ce
qu’il importe d’observer, c’est qu’on rencontre dans cette grande plaine, aujourd’hui
sablonneuse, beaucoup de fragmens de granit travaillé, de briques et de
(s) J’ai fait ce voyage les 5, 6 , 7 , 8, 9, 10, 11
et 12 pluviôse an VU ( 24 au 3 1 janvier 1799)) avec
MM. Bertre, Rozière, Dupüis et Castes:, sous la protection
d’une escorte de soldats Français et d’Arabes que
nous avoit donnée le commandant de la province, le général
Zayonchek. Comme ce pays attirera sans doute par
la suite les regards des voyageurs, et qu’il est en même
temps difficile à parcourir, non-seulement à cause des
Arabes qui infestent les déserts environnans, mais par
la nature même du sol, j’ai cru qu’il ne seroit pas inutile
de dire ici quelque chose des difficultés de cette dernière
espèce que l’on rencontre en voyageant. C ’est avec beaucoup
de peine que nous parvînmes à Nazleh. Partis à
deux heures après midi de Médine, nous arrivâmes à
cinq heures et demie en vue du petit village d’Abouden-
qâch; il faisoit déjà nuit : à six heures, nous nous trouvâmes
au bord d’un torrent large et profond ; c’étoit le
Bahr el-Ouâdy, que nous ne connoissions pas encore, et
qui nous parut alors un horrible précipice. L ’obscurité
avoit trompé nos guides. Vainement ils cherchoient le guém
et nous marchions sur une terre entr’ouverte, à chaque
pas, de crevasses profondes, où trébuchoient et tomboient
les chevaux et les chameaux chargés, aussi-bien que les
piétons. Pendant une demi-heure, nous suivîmes le bord
de ce gouffre. On proposa d’envoyer un cheykh Arabe
pour faire allumer des feux ou nous amener des guidesi
mais les opinions étoient partagées, chacun vouloit servir
de conducteur; les soldats marchoient devant les officiers'.
Nous revînmes sur nos pas avec les mêmes peines ; mais»
ne sachant où nous allions, nous nous arrêtâmes de nou*
veau. Le ciel étoit couvert, et l’on ne pouvoit s’orienter5,
même par les étoiles. En tournant sans cesse., on avoit
même perdu la direction du village. Dépourvu de bois
pour allumer des feux, on battoit la caisse pour avenir
et diriger ceux qui auraient pu nous chercher. Les chevaux,
les chameaux, les ânes, étoient harassés pour avoir
marché long-temps dans des terrains que les crevasses
rendoient impraticables. Excédés de soif et de lassitude*