
Antoine et Ciéopatre avoient déjà élevé le temple de César lorsqu’Auguste vint
à Alexandrié, comment ne' l’aurôit-il pas visité, lui qui honora si bien le tombeau
d’Alexandre! et comment Strabon, qui a eu soin de rapporter cette visite,
ne fait-il aucune autre mention du Coesnrium que celle de son nom!
Pendant le dernier siège d’Alexandrie, les Français construisirent un fort sur
îa hauteur voisine du Coesnrium, et l’appelèrent redoute de Ciéopatre. Ainsi nous
reportions le théâtre de la guerre presque sur le même point où César en avoit
soutenu une semblable dix-huit siècles et demi auparavant, lorsqu’il fut assiégé
dans le quartier des palais, qui s’étendoit jusque là.
T O U R D I T E D E S R O M A I N S .
~ [87] La pierre lenticulaire ou numismaleest excellente par sa solidité et sa beauté.
Il est remarquable que c’est avec cette matière que sont faites presque toutes les
constructions antiques qu’on voit encore debout dans la vieille ville. Toutes ces
pierres sont saines et entières, tandis que celles que les Arabes ont employées, quoiqu’elles
aient été mises en place long-temps après, sont toutes rongées jusqu’au
fond; on croit que la carrière des premières est éloignée d’Alexandrie. Cependant,
comme la composition de la pierre lenticulaire a beaucoup d’analogie avec la roche
coquillière qui forme la base de tout le territoire d’Alexandrie, il est possible qu’on
l’ait trouvée dans l’île Pharos, ou dans quelque veine des citernes et des catacombes
nombreuses qu’on a creusées dans cette ville et ses environs ; sa contexture, que j’ai
décrite, et cette ressemblance avec la pierre coquillière, n’empêchent pas qu’elle nfe
prenne un fort beau poli, qu’elle conserve malgré les effets du climat d’Alexandrie.
Ce banc de roche tendre, à la vérité, qui forme le sol d’Alexandrie et qui
domine au cap des Figuiers, s’étend sans interruption jusqu’au promontoire
d’Abouqyr ( l’ancienne Canope ) et à l’île du Marabou ( l’ancienne Chersonesus ) :
on le retrouve lorsqu’en remontant on suit les branches qui forment la vallée du
Nil et la charpente de la basse et moyenne Egypte. Hérodote en avoit lui-même
reconnu la nature, lorsqu’il parloit des coquillages trouvés sur ces montagnes. Il
est évident que celles-ci ont été formées par une action des eaux de la mer,
semblable à celle qui a donné naissance au sol d’Alexandrie.
Je ne peux point assurer que la pierre numismale n’a pas été beaucoup employée
par les Arabes dans les autres tours de leur enceinte : mais il est certain
qu’elle ne l’a point été avec autant de profusion que dans la tour dite des
Romains ; et comme c’est généralement dans les ruines antiques qu’on la trouve,
la présence de cette pierre forme une présomption de plus en faveur de l’opinion
qui attribue cette construction aux Romains.
[88] La tour ayant pu appartenir au temple de César, il y auroit, dira-t-on,
peu de vraisemblance que les Romains eussent placé là une construction militaire.
Mais ce nom de Romains, rapproché d’un édifice consacré à César et d’un
lieu où il soutint un siège fameux ( 1 ), n’infirme pas au moins l ’antiquité présumée
(1) C ’est peut-être aussi la connoissance de ce siège qui aura fait appeler ce monument par les Francs et les voyageurs,
tour des Romains.
de la tour, s’il ne la prouve pas complètement. Au surplus, il reste toujours
démontré que cet ouvrage est beaucoup mieux construit que les autres tours,
dont quelques-unes sont deja fort bien bâties; qu’il a des caractères très-difïerens
des leurs, et qu’il appartient à quelque vieille construction conservée par les
anciens après la ruine du Coesarium, et ensuite par les Sarrasins dans leur nouvelle
enceinte.
A P E R Ç U D E S A N T I Q U I T É S
D U R E S T E D E S B O R D S D U P O R T N E U F .
[89] Quelques observations faites en Europe tendroient à faire baisser la
Méditerranée de plus de trois mètres et demi sur les côtes de cette partie du
monde depuis les Grecs. D ’autres personnes, au contraire, ont pensé ( et les
ruines quon voit sous la mer le long de toute la côte d’Alexandrie, sembloient
les y autoriser ) que le niveau de cette mer avoit haussé dans l’espace de plus
de deux millè ans : mais je démontrerai facilement le contraire dans la suite ( 1 ).
On est seulement obligé, pour expliquer certains faits, d’admettre plutôt l’abaissement
dont il a été d abord question, mais pas aussi considérable à beaucoup près
que trois métrés cinquante centimètres : le maximum de soixante centimètres d’élé-
yàtion des embouchures des aqueducs inférieurs que nous avons trouvés, seroit
tout au plus la limite de cet abaissement, qui a dû être très-lent. Les naturalistes
de la Sue de ont observe que la mer du Nord baissoit à peu près de quatre
pieds six pouces en cent ans. Tous les habitans du golfe de Bothnie sont tellement
convaincus de la diminution de sa hauteur, qu’on se donne un ridicule à
leurs yeux quand on soutient l’opinion contraire. Nous avons des exemples semblables
dans nôtre ancien port d’Aigues-mortes, où s’embarqua S. Louis et qui
se trouve aujourd’hui bien en arrière dans les terres, et dans celui qu’Auguste
avoit fait construire à Ravenne, lequel est aussi maintenant éloigné du rivage et
porte le nom de classe. Mais souvent les dépôts des eaux du continent contribuent
a cet abaissement relatif et apparent des mers. On voit, au reste, que ces change-
mens de niveau ne sont pas par-tout les mêmes, qu’ils ont dû avoir des phases,
et que la mer a pu s’élever sur une côte en s’abaissant sur une autre éloignée :
mais çn Egypte elle paroît s’être bornée à une décroissance fort lente que j’ai
indiquée.
, [90] Le plan incliné et très-avancé dans l’eau, qu’on trouve sur le bord du
port neuf, démontre, avec beaucoup d’autres constructions analogues des. environs,
que les Alexandrins connoissoient 1 usage de ce que nous appelons béton,
celui de la pouzzolane, et la méthode de fonder en pleine mer par ce moyen.
[9 1 ] Les deux statues de Sévère et de Marc-Aurèle sont restées à Alexandrie
lors du départ de 1 armee Française ; elles ont dû demeurer au pouvoir
des Anglais, et probablement on les a transportées en Angleterre : cette petite circonstance
rappelle la grande expédition de Sévère dans cette île, où il mourut
après-avoir'fait construire la fameuse muraille qui la traverse.
( 0 Ia Description, pag. 55 et suiv.
A . D. * E \