
auteurs sur l’une et l’autre ville, ayant pour point de comparaison les monumens
de Thèbes qui nous sont exactement connus. Si les masses des constructions
difiéroient par les matériaux, c’est une nécessité locale qui s’explique d’elle-même;
mais les statues et tous les monolithes étoient, comme à Thèbes, en granit ou
en pierre dure, d’un travail difficile. Ce qui distingue principalement Memphis,
non-seulement de Thèbes, mais de toutes les capitales, c’est le système adopté pour
la forme des tombeaux. Tandis qu’à Thèbes les tombes sont des hypogées creusés,
à Memphis toutes sont des massifs de forme pyramidale, c’est un style auquel
Memphis semble avoir donné naissance: sujet qui mériteroit des recherches approfondies,
non-seulement pour l’histoire des arts, mais même pour les sciences et
la philosophie ; nous aurons occasion d’y revenir.
Avant de rapporter les témoignages des historiens sur les monumens des arts,
nous devons citer les noms des quartiers et des localités dont ils font mention,
et chercher à les reconnoître : ce sont, d’après la nomenclature des Grecs, le mont
PsatmniuSj le Serapeum, le Sinopium, le lieu dit Cochdmê, les fleuves Achéron,
Cocyte et Léthé. Le premier de ces lieux étoit une montagne au pied de laquelle
Memphis étoit bâtie. Cette montagne ne peut être autre chose que la chaîne Li-
byque, dans sa partie saillante à l’est, depuis le site des pyramides de Saqqârah jusqu’aux
pyramides en ruine qui sont au nord-est d’Abousyr. On a cru pouvoir
dériver ce nom de deux mots Egyptiens (i); mais la nature des lieux nous apprend
qu’il signifie simplement montagne sablonneuse, de 4'cW 4°s et ■^o./s./jlÎov, sable. Dès
le temps de Strabon, les sables de Libye, comme à présent, assiégeoient le sol de
Memphis : « L e temple de Sérapis, dit-il, étoit situé dans un lieu très-sablonneux,
» où les vents amassoient des monticules de sables : on y voyoit des sphinx, dont
» les uns étoient enfouis jusqu’à la moitié du corps, d’autres jusqu’à la tête (z). »
L’affluence des sables est encore plus grande , aujourd’hui qu’ils ne trouvent
aucune barrière, et ils ensevelissent de plus en plus le site de Memphis ; ils y
débouchent par un vallon qui est au sud-ouest d’Abousyr.
Le Serapeum, ou le temple de Sérapis, d’après ce que nous venons de dire, ne
pouvoit être éloigné du plateau de la montagne Libyque. Pour le retrouver, il fau-
droit opérer de grandes fouilles entre Saqqârah et la pyramide à degrés qui est au
nord , Haram el-Modarrageh, et creuser les sables assez profondément pour mettre
les sphinx à découvert : ceux-ci formoient sans doute une allée, comme à Thèbes,
conduisant à la porte du temple. C ’étoit en ce lieu qu’on procédoit à l’inhumation
d’Apis, il renfermoit un nilomètre. Dans l’article suivant nous parlerons du
Serapeum sous ces divers rapports, et relativement à son origine ét à son culte.
Le Sinopium, suivant Eustathe (3), étoit la montagne de Memphis; pour cette
raison il regardoit le Sérapis Memphitique comme l’origine du Jupiter Sinopites
d’Homère. Selon Jablonski, ce nom veut dire le lieu de la mesure, parce que là
existoit le nilomètre. C ’étoit sans doute le canal occidental qui portoit les eaux
( 1 ) 2S0 -W- et JU-OX, fortitudinem dans. Voy. l'Egypte ( 3 ) 'SLntamov jàp oçpç Mt'utpulbf. ( Eustath. ad Dionys.
sous les Pharaons, tom. I , pag. 340. Perieg. v. 25 5 , in Ceogr. minor. t. IV, p. 4 ' • )
(2) Geogr. lib. x v i i , pag. 807.
sur ce point; e t , comme il avoit sa prise d’eau à un point supérieur de la vallée,
il pouvoit, en effet, faire connoitre 1 origine de l’accroissement avant le jour où on
l’apercevoit dans le Nil même devant Memphis.
Eusebe et le Syncelie font mention d un lieu dit , dans le voisinage des
pyramides (.t ). Nous n’avons aucune donnée pour découvrir, son emplacement.
Selon Diodore de Sicile, les Grecs avoient emprunté à l’Egypte leurs fleuves
infernaux, le Cocyte et le Léthé. « Orphée, disent les Égyptiens, a rapporté de
» son voyage ses mystères, ses orgies, et toute la fable de l’enfer (2). « Il est possible
que l’idée première de l’enfer des Grecs et des Champs Élysées ait été puisée
en Egypte : mais y chercher I origine de leurs fables jusque dans les détails, ainsi
que tous ces fleuves ouvrages de leur féconde imagination, et encore le Styx ,
le Phl.égethon, le Tenare, le Tartare, puis Caron et Cerbère avec Minos, Éaque
et Rhadamanthe, cest tenter, nous le pensons, des rapprochemens forcés. Ce
seroit donc ici consumer le temps en vaines recherches que de vouloir trouver
sür le plan du territoire de Memphis la place qu’occupoit le Cocyte ou l’Achéron.
Je n’essaierai pas davantage de retrouver le lac d’Achéruse, situé auprès de Mem-
pliis, selon. Diodore de Sicile, ni 1 île voisine où Dédale avoit un temple consacré
sous son nom (3). L ’auteur,; qui, après avoir dit qu’Orphée et Homère
avoient puisé leurs fables, chez les Égyptiens, attribue à Dédale le vestibule du
temple de Vulcain à Memphis, et qui assure qu’on plaça la statue d’un artiste Grec
dans ce temple fameux, statue faite de sa propre main, n’est pas ici,assez d’accord
avec.lui-meme pour servir de guide dans des rapprochemens aussi obscurs.
Au rapport d Hérodote, le même Ménès qui fonda Memphis, qui fit élever
les digues destinées à la protéger contre'le débordement, et creuser des lacs au
nord et à 1 ouest, éleva en l’honneur de Vulcain un temple remarquable par sa
magnificence (4 ). Il est difficile de concilier ce récit avec la qualité de premier roi
d Egypte que 1 historien donne au même souverain, si Memphis est considérée
ici comme capitale : en effet, elle, succéda comme telle à la ville de Thèbes. Mais
ne, faut-il pas entendre par-là que Ménès fut le premier roi d’Egypte qui choisit
Memphis pour résidence (3 ) ! Alors.il n’y auroit plus rien dont on pût être étonné
dans 1 érection d un grand et superbe, temple à Memphis, comme on pourroit l’être
de voir élever de tels ouvrages dès le berceau de la civilisation, car les modèles ne
manquoient pas dans I antique Thèbes. Toutefois nous regardons comme très-
croyable que Memphis fut un lieu habité dès les premiers temps, et bien avant
Héliopolis : il fut occupé comme le point le plus resserré de la vallée au-dessus de
lorigine du Delta; comme la clef, en quelque sorte, de l’Egypte supérieure; car,
ainsi que 1 observe très-bien Hérodote, la ville se trouve dans la partie étroite du
pays. L ’opération qu’on attribue à Ménès, la rectification du cours du fleuve en
( 1 ) Præpar. evatig. Iib. i l , c. mi.—^Syncell. Chronogr. attribue à Athothis, fils de Ménès, premier roi de la pre-
P* 54» 55* mière dynastie après le déluge, la construction du palais
(2) Diod. Iib. 1, cap. xxxv 1. de Memphis ( Syncell. Chronogr. p. 542 55) : mais le
13) Ibid. Syncelie, plus loin, fait redescendre. la fondation de
(4) Herod. liv. i | , chap. x c ix , trad.de M. Mior. Memphis à l’époque de celle de Sparte [ibid. p. 149)
(5) Manéthon ( dans Jules Africain et dans Eusèbe ) ou à l’époque d’Epaphus ( p. 152, 158 ).