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d’un intervalle de x x milles entre Letopolis [Koum el-Ahmar] et Memphis
Ce lieu de la ville, ou quelque autre plus à l’ouest, étoit, à ce qu’il paraît, une
sorte de point de départ, quoique non central, à partir duquel on comptoit les
distances itinéraires.
On peut encore citer ici une distance de 180 stades, assignée par Josèphe, de la
ville de Memphis à Onion (selon moi, Tell el-Yhoudyeh), pourvu que l’on considère
le nombre 100 comme ayant été introduit à la place de 200; la carte donne
en effet, 280 stades ordinaires entre ce lieu et l’extrémité sud de Memphis, là
où aboutit la distance de trois schoenes ( 1 ),
Ainsi douze passagès différens (sans y comprendre celui d’el-Edriçy) déterminent
la position absolue de l’ancienne Memphis, et se confirment tous réciproquement
; en outre, ils fournissent plusieurs points de son enceinte. On peut donc,
par des considérations purement géographiques (2), moins vagues que ne seroient
de simples aperçus, déduits de l’importance que lui donnent les historiens ou les
monumens dont elle fut ornée, se former une idée assez plausible des limites de
cette grande cité et de l’étendue qu’elle occupoit. On pourra, à l’aide de ces
calculs, en évaluer approximativement la superficie, et même en tirer des conséquences
pour l’ancienne population. Comme il n’est pas question ici de rigueur
géométrique, nous nous bornerons à une estimation en nombres ronds.
La longueur de Memphis, en y comprenant les faubourgs extérieurs, pouvoit
avoir 10000 mètres; sa largeur moyenne, 5000: ainsi la surface du rectangle supposé
passer par les points extrêmes seroit de jo o o hectares. Mais on ne seroitpas
fondé à admettre que toute cette superficie étoit habitée par une population dense.
L é quart au moins de cet espace peut être considéré comme non habité, soit
qu’il fût rempli par les jardins, les places et lieux publics, et les terrains vagues, soit
même qu’on le regarde comme étant une portion de la campagne j située entre
les rues prolongées des faubourgs du nord et du nord-ouest, tendant l’une vers
Héliopolis et le Delta, l’autre vers les grandes pyramides. La surface peuplée de
Memphis équivaloit, dans ce cas, à un peu plus que celle de Thèbes, ou 3 5 00 hectares;
je suis porté à croire qu’à l’époque de sa plus grande splendeur, Thèbes
étant déchue de sa prospérité, cette ville attira à elle uné grande partie de la population
de l’ancienne capitale, et put réunir dans ses murs jusqu’à sept cent mille
habitans : dans ce calcul, et pour éviter toute exagération, j’évalue la population
relative de Memphis aux cinq neuvièmes.seulement de celle du Kaire (a).
Il faudroit se garder de conclure de là qu’il ait existé simultanément en Égypte
deux villes de sept cent mille habitans chacune: mon sentiment est que Memphis
et Thèbes, réunies, n’ont eu dans le même temps guère plus d’un million d’indivi-
(1) Selon Benjamin de Tudèle, l’ancienne Mitzraim
sensible et demonstrative, jeter les yeux sur un plan
avoit trois milles de largeur, et étoit située à deux para-
figuré de 1 espace compris entre Beçous et Myt-Rahyneh,
sanges de la nouvelle (celle-ci est sans doute le Kaire):
avec 1 indication de toutes les distances rapportées ci-
or il est aux deux tiers de la distance de l'ancienne tête
dessus. ( Voir, au défaut de ce plan, la Carte ancienne et
du Delta à Myt-Rahyneh (intervalle de trois schoenes);
comparée de la basse Egypte. )
le diamètre des ruines qui touchent à Myt-Rahyneh, est
(3) Au Kaire, 263 700 habitans pour 793 hectares,
à peu près de trois milles.
ou 332 individus par hectare; à Memphis, 700000habitans
(2) Il faut, pour apercevoir ce résultat d’une manière
pour 375° hectares habités, ou 187 par hectare.
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dus, et que la première ne s’est accrue qu’aux dépens de l’autre ; ce qui est arrivé
lorsque cette dernière cessa d’être la résidence royale. Quant à la troisième ville
de I empire Egyptien, Héliopoiis, on peut, d’après la position des points extrêmes
où Ion voit encore des ruines, comparer sa surface à celle du Kaire, et admettre
qu’elle a réuni cent cinquante mille à deux cent mille habitans ( 1 ).
L’examen des noms que portent les lieux actuels de l’ancien territoire de Mem-
phis, pourrait jeter quelques lumières de plus sur les limites de cette capitale; c’est
un soin que je laisse aux sa vans, et aux lecteurs curieux d’approfondir ce point de
géographie historique. J appellerai seulement leur attention sur le nom de Tahmâ
village au nord de la ville et sur le bord du fleuve : son nom se retrouve à Thèbes
Abousyr, reste d e Buslns, compris dans l’enceinte, ne donne lieu à aucune nouvelle
observation ; Manâouât, à la limite du faubourg septentrional, est aujourd’hui
le seul nom de toute la plaine de Memphis qui ait du rapport avec Manouf ou
Manof, dont parient les voyageurs modernes : ce dernier nom auroit-il été remplacé
depuis un siècle ou deux, ou bien auroit-il été mal entendu par ces voyageurs
, disposés a retrouver sur les lieux les restes du nom de Memphis comme
ceux de ses anciens monumens ! ou enfin le village de Menf a-t-il disparu toui-à-
fait! Ce sont des questions auxquelles je ne puis répondre qu’en mettant en note,
sous les yeux du lecteur, la liste de tous les villages et lieux actuels quelconques
depuis Gyzeh, autres que les pyramides (2). Fourmont, en assignant vaguement
Manouf pour site à l’ancienne Memphis (3), s’étoit certainement décidé par la con-
sonnance des noms; n’avoit-il pas simplement vu celui-ci dans les anciennes listes
de villages! En effet, il n’indique et ne décrit aucun lieu déterminé, quoiqu’il place
un village de ce nom dans son petit plan de la plaine de Memphis. Il est certain
toutefois que le mot de Manqf ou Menf, dont il est fait mention chez les auteurs
Arabes, renferme le reste du nom antique écrit selon l’orthographe la plus correcte,
puisque la médaille du nome porte N O M O S M E N fc ITH X (4 ), ainsi que je l’ai
déjà observé dans la description de l’Heptanomide (5).
I I . M O N U M E N S É L E V É S À M E M P H I S , Q U A R T I E R S D E L A V I L L E .
Lhistoire des rois de Memphis seroit presque celle de ses monumens, puisqu’ils
se sont plu à 1 enrichir d’une foule d’ouvrages remarquables où se reflétoient la
grandeur et la magnificence de Thèbes, et qui rivalisoient avec l’ancienne capitale.
Par les descriptions que nous ont laissées les historiens, nous jugeons de l’étendue
et de.l importance de ces ouvrages; nous pouvons même, jusqu’à un certain point,
juger de leur style et de leur caractère, quand nous rapprochons les récits des
( i ) Voyez A . D, chap. X X ', pag. 22.
(2) Kafr Tahermes (village de Hermès), Birket el-
Kheyâm, Saqyet Mekkeh, Gezyrei el-Dahab, Kouneyseh,
Koum el-Eçoued, Nezlet el-Aqta’ , Talbyeh, Terseh,
Beny Yousef, el-Harânyeh, Chobrâment (o ^ * [> o ,
« non Chobrâ - menf ) , Zâouyet Chobrâment, Abou
emrous, Manyal - Chih , Abouseyfeny ( couvent ) ,
Tahmâ ( ) , el-Manâoüât ( , Monâ-ouâd ! ),
Chammâs, Myt-Qâdous, Myt-Douneh, OmrnMo-
A . D .
khnân, Cheykh O’tmân, Monâ el-Emyr, el-Haouâm-
dyeh, Abousyr, Koum el - A zyzyeh, Myt-Rahyneh,
Saqqârah , Bedrecheyn, el-Chinbâb, Darâgly, Abou
Rogouân, &c.
Myt est l’abréviation ordinaire de Minyet, qui signifie
demeure, comme monâ.
( 3 ) Voyez plus haut, page 30.
(4) Voyez planche 58, fig. 20, Ant. vol. V.
(5) Voyez A. D. chap. X V I , pag.72.
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