
D E S C R I P T I O N D E S A N T I Q U I T É S
Après avoir jeté un premier coup-d’ceil sur l’ensemble de ce bel édifice, on revient
bientôt à la façade de son portique, dont on ne se lasse point d’admirer l’effet
imposant, et 1 on se hâte de pénétrer dans l’intérieur d’un monument qui s’annonce
à l’extérieur avec tant de magnificence. Nous ne nous attacherons point ici à décrire
minutieusement toutes les sculptures de la façade, dont les planches de l’ouvrage
offrent l’ensemble et les plus petits détails; il nous suffira de dire que les antes sont
ornés de quatre rangées de bas-reliefs, représentant des offrandes à Isis, et à Osiris
tantôt à tête d’épervier, et tantôt à tête humaine. Mais il n’est pas inutile de
remarquer que, dans toutes ces scènes, la déesse Isis est en première ligne, et que
c’est à elle qu’on adresse particulièrement les offrandes. Nous verrons d’ailleurs
bientôt que son image se trouve en évidence dans tous les lieux apparens du
temple que nous décrivons, et où l’on ne peut douter qu’elle ne fût honorée d’uh
culte particulier. Dans les bas-reliefs inférieurs des antes, les personnages sont de
grandeur colossale; ils ont trois mètres et demi de hauteur. Le soubassement est
orné de tableaux où l’on voit de petites figures de divinités Egyptiennes : des fleurs
de lotus épanouies et des boutons de la même plante se trouvent tout-à-fait à
sa partie inférieure. Le plus grand nombre des sculptures a été martelé et mutilé,
à l’exception toutefois de celles qui, se trouvant dans les parties supérieures de
l’édifice, étoient hors d’atteinte.
Les murs d’entre-colonnement sont ornés d’un bas-relief composé de trois per-
. sonnages, et dont le sujet est une offrande à Isis. Rien n’égale la pureté d’exécution
et la richesse de la frise qui est au-dessus de ce bas-relief : elle est formée de onze
masques d’Isis surmontés d’espèces de temple et accompagnés A’uboeiis. Le soubassement
offre un agencement plein de goût et très-heureux de tiges; de fleurs et de
bouquets de lotus, au-dessus desquels sont des oiseaux chimériques, dont les ailes
sont déployées, et qui reposent sur des coupes. Une étoile est placée en avant de
chacun de ces oiseaux, qui semblent tenir de l’aigle par la forme de leur bec.
Toutes ces sculptures sont encadrées sur les côtés et à la partie supérieure par un
tore orné d’enroulemens, et le tout est surmonté d’une corniche avec un globe
ailé, et d’un couronnement d’aspics. Des serpens qui portent sur la tête des coiffures
symboliques, et dont les corps s’enveloppent autour d’une tige de lotus, sont
ajustés avec goût sous la saillie de la corniche. La richesse de ces détails n’est surpassée
que par la décoration des colonnes, qui est formée, par anneaux, de frises
où l'on remarque des légendes hiéroglyphiques accompagnées de serpens, des uboeits
avec des ailes, des figures de femmes accroupies et tenant dans leurs mains des
bâtons a crans, des masques d’Isis, des offrandes à des divinités Égyptiennes, des
images d’Isis, de Typhon et d’Horus, des croix à anse avec des bâtons auguraux
a tête de lévrier, posés sur des coupes; des figures d’Horus assises et placées au-
dessus de bouquets de lotus. Toutes ces frises sont séparées alternativement par
des lignes d’hiéroglyphes et des étoiles. Les quatre masques d’Isis qui forment le
chapiteau, sont d’une grandeur colossale. Ils sont enveloppés d’une espèce de draperie
qui couvre une partie du front, passe derrière les oreilles, qu’elle laisse entièrement
à découvert, et retombe le long du cou. Cette draperie est ornée de peintures
1
n
D E D E N D E R A H . C H A P . X , i g
représfentant des étoffes rayées avec des broderies transversales de lotus et de perles.
Mais, dans beaucoup d’endroits, la peinture a été enlevée, et il en résulte que cet
entourage paroît un peu lourd. Les figures portent au cou un large collier de sept
rangs de perles, auxquelles sont mêlés d’autres ornemens : leurs oreilles ressemblent
à celles d’une génisse. Toutes ces figures ont éprouvé des dégradations plus ou
moins notables, et presque aucune n’est restée intacte. Les sujets représentés sur
les dés sont des offrandes à Isis allaitant Horus. On y voit aussi deux prêtresses
étendant les mains au-dessus d’une petite niche où est renfermé un uboeus.
L ’entablement du temple ne le cède en r ie n ,’pour la richesse des sculptures,
aux autres parties dé la façade (i). On voit au milieu de l’architrave un masque
colossal d’Isis : il repose sur une coupe élégamment décorée. La tête de la divinité
est surmontée d’un temple, au milieu duquel se trouve un bonnet symbolique ;
formé d’un disque enveloppé par des cornes. De chaque côté de ce masque sont
Osiris à tête d’épervier et Isis, divinités assises toutes deux sur des trônes richement
sculptés et posés sur une estrade. Trente-une figures debout s’avancent vers elles-
les unes portent diverses offrandes, les autres sont dans l’attitude du respect et
de l’adoration. Nous n’entreprendrons point de décrire tous ces personnages, dont
les dessins font bien connoître l’action, le costume, et la nature des offrandes qu’ils
présentent (2). Nous ferons seulement observer que dans la frise on voit la répétition
fréquente de femmes, tantôt coiffées de la dépouille d’un vautour surmontée
de disques entourés de cornes, tantôt ayant la tête enveloppée dans une sorte de
bonnet plissé qui retombe sur les épaules, et au-dessus duquel sont des bouquets
de lotus. On y remarque aussi des personnages avec des masques de lion, d’ibis,
de grenouille et de couleuvres aquatiques. L ’une des femmes pince une harpe à dix
cordes, qui a la forme d’un C , et dont la partie supérieure est couronnée d’une tête
d’Isis. Le corps sonore de cet instrument est plus volumineux par le bas que vers le
haut, et va en diminuant graduellement. Dans presque toutes les offrandes on remarque
des masques d’Isis ou des bonnets symboliques, attributs de cette divinité,
ou bien encore des amulettes représentant de petits temples, dont sa tête est
très-souvent surmontée. Des vases renfermant sans doute les prémices des eaux de
1 inondation sont aussi au nombre des offrandes. La disposition de cette frise, où
les personnages placés symétriquement de chaque côté du masque d’Isis se répètent
dans des attitudes pareilles, à la variation près de quelques coiffures, semble indiquer
une procession Isiaque, dans laquelle les porteurs d offrandes étoient rangés
deux par deux, et savançoient ainsi jusque dans le sanctuaire qui renfermoit les
statues des dieux. On conçoit, en effet, que les Égyptiens peuvent avoir ainsi suppléé,
a la perspective, dont ils paroissent avoir entièrement ignoré les règles.
Au-dessus .de l’architrave est une corniche décorée dans son milieu d’un globe
aile, qui se détaché sur un fond de cannelures (3). Sur le reste de ce membre
d architecture se répète un ornement formé, à ses extrémités, de deux uboeus avec
( i ) V oyez planche y , A . vol. IV .
(-) Voyez planche 19, A. vol. IV.
(3) Voyez,planche 22,fig. ¡, A,vol. IV , une décoration
A. D.
tout-à-fait semblable, et qui a été prise sur la face latérale
du temple exposée à l’est.