
SECTION I B
Description des Pyramides du Nord, ou Pyramides de Gyjeh.
...................A u d a c ia s axa
P y ram id um .........................
St At . Syï». iib. v , sylv. j.
R a p p e l e r le surnom si connu de merveilles du monde, attribué de temps immémorial
aux pyramides du nord, suffiroit pour autoriser une ample description
e t . des recherches très-étendues : mais ce seroit s’engager dans une carrière de
trop longue haleine, et s’exposer d’ailleurs à bien des répétitions, attendu le
nombre des écrivains qui en ont traité. Le plan de cette description sera nécessairement
circonscrit dans des limites moins vastes ; je m’occuperai donc peu de
ce qu’ont dit nos devanciers : les observations que j’ai faites par moi-même ( i ), et
les faits qui m’ont été communiqués par mes compagnons de voyage, m’en fourniront
la base, renvoyant aux voyageurs qui ont précédé l’expédition Française, pour
d’autres développemens ; enfin je ne perdrai pas de vue que Greaves a traité de
ces monumens dans un ouvrage spécial, à la vérité bien ancien, la Pyramido-
graphie (2).
Je consacrerai d’abord un paragraphe à la topographie générale, un à chacune
des deux plus grandes pyramides, un ensuite aux troisième et quatrième pyramides
et aux tombeaux du voisinage; dans d’autres articles je parlerai du grand sphinx,
des chaussées et des carrières qui ont fourni cette masse immense de matériaux.
Je présenterai séparément des rapprochemens et des recherches sur ces monumens
en général ; matière, pour ainsi dire, inépuisable, mais qui dans cet écrit
ne sauroit être approfondie complètement: néanmoins je m’efforcerai de ne rien
négliger d’essentiel de cet intéressant sujet, qui demanderoit à lui seul un ouvrage
à part.
* Cette dernière dénomination est ordinairement em- attachante. Le lecteur est assez prévenu que les auteurs
ployée par les habitans, e l-H a r âm G y ç e h , mais assez de cette collection, au lieu de mettre en action des ob-
improprement; on ne la pas adoptée dans les planches servations de peu d’intérêt, ont converti leurs récits en
de l’ouvrage, et l’on a désigné ces monumens sous le nom descriptions raisonnécs et méthodiques; ils ont cru ce
de Pyramides de JVIemphis, ce qui ne peut donner lieu à mode de rédaction plus utile, plus digne de la gravité de
aucune équivoque. Le plateau général des pyramides, l ’ouvrage, que celui dans lequel un voyageur se met tou-
depuis K o um el-E co u ed jusqu’à Saqqârah, doit être con- jours en scène, et substitue trop souvent aux faits ins-
sidéré comme la ville des morts de l’ancienne capitale. tructifsque cherche le lecteur instruit et sensé, des aven-
( 1 ) Elles sont le résultat de trois voyages que j’ai faits, tures romanesques, ou des faits personnels d’une foible
muni d’instrnmens topographiques. Je les extrais de mon- importance.,
Journal de voyage, en les classant seulement par ordre, (2) M. Grobert a aussi publié une description spéciale
renonçant sans peine à l’avantage de les présenter sous des pyramides de Gyzeh, très-intéressante so u s tous les
la forme d’une relation plus ou moins dramatique ou rapports.
Topographie des Pyramides et Coup-d’oeilgénéral.
C h a c u n e des grandes pyramides couvre ou cache un si vaste espace, qu’il est
impossible à la simple vue, même en se portant à chaque point, de se figurer
avec précision leur' situation respective. C ’est pourquoi un plan topographique ( i ),
levé géométriquement, étoit indispensable pour une description exacte et fidèle
des lieux. M. le colonel Jacotin s’est chargé de ce soin, et je l’ai secondé en
mesurant les hauteurs des pyramides, ainsi que le monument de l’est et la
chaussée qui conduit à la t r o i s i è m e ( c’est-à-dire, à la pyramide revêtue tout en.
granit), enfin en relevant plusieurs autres points du site des pyramides.
Ce site forme un plateau de figure elliptique avançant vers la plaine et occupant
une anfractuosité de la montagne Libyque, entre deux sortes de caps ou de promontoires
plus élevés, qui l’entourent vers le sud et le nord. La hauteur du
plateau'est de 42 mètres [environ 130 pieds ] au-dessus de la vallée (2) ; sa longueur
est d’environ 2100 mètres [ 1050 toises], de l’est à l’ouest, entre la limite
des terres cultivées et les derniers rameaux de la chaîne Libyque; sa largeur, du sud
au nord, est de plus de 1500 mètres [environ 75o toises] ; tel est le champ de
1 observation. On arrive à ce rocher en gravissant une côte sablonneuse plus ou
moins escarpee. Depuis Gyzeh, point de départ pour ceux qui viennent du Kaire,
on marche pendant deux heures; la distance est, en ligne droite, de 8300 mètres
[4 i;o toises]; on traverse les villages de Kafr Tahermes et Birket el-Khyâm (3),
et ensuite le canal occidental, laissant, une demi-lieue à droite, deux beaux ponts
arabes de dix arches en pierre de taille (4). Quelquefois l’inondation oblige de
prendre un détour par Sâqyet Mekkeh, Kouneyseh, Talbyeh, Nazlet el-Aqta’ , et
Koum el-Eçoued; ce qui allonge la route de 2000 mètres.
Le plateau et les pentes qui y conduisent ne présentent rien de particulier
dans leur aspect, si ce n est une multitude de coquilles fossiles, principalement
des numismales, assez souvent accompagnées de bélemnites. Des huîtres fossiles se
trouvent sur les sommités isolées. Le sable est aussi jonché de cailloux d’Égypte,
de quartz et silex roulés blanc et rose, de spath calcaire, &c.; tout ce sable est composé
de grains de quartz; çà et là l’on aperçoit des filons ferrugineux. Par-tout la
sécheresse et la stérilité la plus complète, comme dans le reste du désert Libyque:
le sol lui-meme est une pierre calcaire, d’un blanc généralement grisâtre et
plein de belemnites. Ajoutons que la lisière du désert est parfaitement marquée
par le passage brusque de la culture la plus riche et d’une terre verdoyante
avec une côte de gravier d’un blanc jaunâtre uniforme ; contraste semblable à
( l) Voyez pl. 6, Ant. vol. V. moyenne, É. M . tom.I, pag. y^y : les premiers sont en
(2) Ce n est que le tiers de la hauteur de la chaîne possession d’une sorte de privilège, celui de servir de
Arabique. guides aux visiteurs étrangers.
(3) Habites par les Arabes cultivateurs, et non des (4 ) L’exécution de ces ponts est remarquable, et ils
fdldh ( voy. les Observations sur les Arabes de l’Égypte sont bien conservés; la chaussée est plate.