
T. É TENDUE ET LIMITES DE MEMPHI S.
Le site de Memphis est, selon nous, parfaitement déterminé par les témoignages
des anciens, comparés à la topographie actuelle, indépendamment des
ruines subsistantes, et il est surprenant que les auteurs modernes et les voyageurs
aient pu s’y tromper; c’est faute d’une attention suffisante, si l’on n’a pas reconnu
l’accord qui existe entre ces autorités. i.° On ne peut tirer d’Hérodote que des données
indirectes sur la position absolue de Memphis. Il s’agit du passage où il dit
que Menés, voulant détourner le Nil, qui passoit le long de la montagne Libyque,
et le faire couler à égale distance des deux montagnes, afin de bâtir une ville
dans. l’ancien lit, combla le coude que formoit le fleuve, construisit une digue à
environ cent stades au-dessus de l’emplacement de la ville ( digue que l’on conti-
nuoit d’entretenir et de fortifier tous les ans), et il creusa un lac au nord et à l’ouest
de ce iieu(i). Cependant, en examinant attentivement le plan de la vallée, onrecon-
noît que cette description s’applique assez bien à la position de Myt-Rahyneh: en
effet, à i oooo mètres (2) ou cent stades au sud, au village de Medgouneh, le Nil
se porte à l’est vers el-Tabbyn, et suit dès ce moment une ligne médiale entre
les chaînes Libyque et Arabique, abandonnant ainsi la direction ouest qui le portoit
peut-être jadis vers Dahchour, l’ancienne Acantlius, laquelle répondroit au coude
mentionné par l’historien. Ce qui vient encore à l’appui de la tradition rapportée
par Hérodote, c’est le canal el-Asarali, ou occidental : ce canal, berceau large et
assez profond, qui suit le pied de la chaîne Libyque, a attiré l’attention des ingénieurs
Français; je l’ai vu et traversé en divers points, et je pense, avec plusieurs
de mes compagnons de voyage, que c’est plutôt le reste d’un ancien cours du Nil
que l’ouvrage des hommes.
Quant à l’étendue de Memphis et à ses limites, Hérodote .ne fournit point
de mesure ; il n en est point de même des auteurs que nous allons passer en
revue.
2.° Diodore de Sicile rapporte que la ville avoit 150 stades de circonférence
sous son fondateur, appelé Uchoreus (3). On ne peut guère hésiter ici entre les
deux mesures de stade dont s’est servi Diodore dans le cours de son Histoire,
outre que le plus souvent il a fait usage du stade de 600 au degré, et notamment
dans la distance des pyramides au Nil ( que le même auteur fixe avec beaucoup
d’exactitude à 45 stades) : en effet, le grand bois de Manâouât, au nord de Myt-
Rahyneh, renferme, comme je l’ai dit, de grandes buttes de ruines, qu’on ne
peut, je pense, attribuer qu’à l’ancienne Memphis. Autrement, il faudroit faire abstraction
de la distance de vn milles —, assignée par Pline entre Memphis et les
pyramides, limiter cette ville vers Abousyr, du côté du nord, et faire que le circuit
n’eût plus que 150 stades de la mesure d’Hérodote (4).
(1) Herod. Hist. lib. I l , c. x cix . Mémoire sur le système métrique des anciens Égyptiens,
(2) C est la mesure de 100 stades d’Hérodote ou petits nous fondant sur le nombre de 120 stades que Diodore
stades Egyptiens. assigne à l’intervalle entre les pyramides et Memphis;
(3) Lib. 1, cap. L. ¡1 est évident qu’il s’agit, dans ce'dernier cas, du petit
(4) Nous avions propose cette dernière opinion dans le stade : la mesure tombe en face d’Abousyr.
I
3 ° Strabon assigne (i) trois schoenes d’intervalle entre le Delta et Memphis.
Jai montré, dans un Mémoire sur le système métrique des anciens Égyptiens,
et clans le chapitre X X des Antiquités - Descriptions, quel est le point de départ
d’où il faut compter cette distance; c’est la tête de l’ancienne branche Pélu-
siaque, près de Beçous : or trois schoenes mesurés de ce point tombent à
environ 2000 mètres au sud de Myt-Rahyneh; là peut-être se trouvoit une dés
portes du midi (2). Suivant le même auteur, la montagne sur laquelle on avoit
bâti les grandes pyramides et un grand nombre d’autres, étoit à 40 stades de la
ville : cette mesure correspond à une autre de vi milles, dont nous parlerons
bientôt, si l’on distingue, comme le texte le demande, le site même des pyramides
et celui de la montagne sur laquelle on les avoit construites. Il en résulte
une limite, au nord-ouest, pour la ville de Memphis; or, à ce point, on voit
encore une ancienne digue ruinée (plan topographique de Memphis) (3).
4.° Pline donne deux distances qui fixent parfaitement la limite nord de Memphis,
ou du moins des faubourgs les plus avancés : l’une est de x v milles, à partir
du Delta (4 ); l’autre, de vu milles 4 , à partir des pyramides : si l’on trace deux
arcs de cercle avec ces mesures comme rayons, les deux arcs se couperont près
de Manâouât, lieu déjà compris dans le périmètre résultant du témoignage de
Diodore; on pourroit donc regarder ce lieu comme une des portes, si ce n’est
de la ville, du moins du faubourg du nord. Un des manuscrits de Pline porte
seulement v i milles : cette mesure, si on la préfère, tomberoit sur la digue ruinée
au nord-ouest d’Abousyr, point qu’on vient de mentionner, et qui étoit peut-être
une autre porte de faubourg.
Voila donc au moins un point au nord, et un au midi, qui permettent déjà de
faire le trace approximatif du contour le plus extérieur de l’ancienne Memphis,
tracé comprenant au-dedans Abousyr et Myt-Rahyneh. Cette ligne passerait
à peu près par Mokhnân, Manâouât, l’ancienne digue, les pyramides au nord-
ouest de Saqqarah et ce dernier village, un point à 2000 mètres au sud de
Myt-Rahyneh et.au nord d Abou-Rogouân, et de là, en tournant, une ligne
entre le Nil et la route de la haute Égypte (y). Si l’on mesure le circuit de cette
espèce de trapeze arrondi, on y trouvera les 150 stades que demande le passage
de Diodore de Sicile, à la mesure du stade de 600 au degré.
5. Ptolémee peut encore etre cité pour la différence en latitude entre Memphis
et un point bien connu, qui est Babylone ; cette différence étoit, suivant lui, de 1 o'
(30° et 29° 5° ') '■ elle tombe au sud de Myt-Rahyneh.
6 L Itinéraire d Antonin fournit une mesure de xii milles entre Babylone et
Memphis; cette mesure tombe exactement sur Myt-Rahyneh. Il en est de même
(0 Geogr. Iib. XVII, pag. 807 et 808.
(2) El-Edriçy donnoit trois parasanges pour la distance
de Memphis au Delta, confondant la parasange avec
le schoene. Voyez le Mémoire sur le système métrique,
IP P .
(3) Voyez planche i , Antiq, vol. V.
(4)* • • • Memphis, quondam arx Ægypti regum........
A. D.
adscissuram autern JVili, quod appellavimus D e lta , x v M.
p assit uni ( lib. V, cap. ix ) ; (Pyramides).. . à N ilo minus
quatuor millia passuum, à Memphi sex ( septem )
( lib. x x x v i, cap. x ii) .
(5) Les sa vans auteurs de la traduction Française de
Strabon ont aussi reconnu que la ville devoit s’étendre
beaucoup plus au nord que Myt-Rahyneh.
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