
Auprès du village, et à l’est, il y a aussi des colonnes de granit de trois pieds de
diamètre, des pierres ornées d’oves et autres moulures Grecques, des fragmens
d’architrave, et diversébris d’entablement (i); au nord, est le reste d’une grande
mosquée ruinée, qui étoit enrichie de colonnes fort belles, dont une partie est
encore en place ; enfin, au midi, il y a des colonnes en granit.
Allant du village vers le nord, on trouve d’abord des débris d’architecture
Grecque ou Romaine ; puis d’autres colonnes de granit, dont trois sont debout
et encombrées aux deux tiers.
Dans l’axe même et à quatre cents mètres au sud du grand temple, est un édifice en
pierre calcaire, presque entièrement ruiné et enfoui, et qui avoit échappé aux voyageurs.
On voit hors du sol sept à huit grosses pierres liées parleurs assises. En faisant
faire quelques fouilles, j’ai trouvé sur l’une d’elles, qui regarde la terre, une inscription
Grecque portant le nom des Antonins. Elle est dans la forme de celles
d’Antinoé. Voici ce qu’il m’a été possible de copier ;
A r A 0 H I © T X H I
T I 1 E P A T T O K P A T O P C O N K A I C A P O O N
M A P K O T A T P H A I O T A N T O O N IN O T .
C’est-à-dire,
À L A B O N N E F O R T U N E
S O U S L E S E M P E R E U R S C É S A R S
M A R C - A U R È L E A N T O N I N ,& C .
Je n’ai pu transcrire le reste de l’inscription, ni continuer les fouilles que j’avois
commencées, et qui m’auroient peut-être fait reconnoître ce monument pour
un Typhonium, tel qu’il en existe dans la plupart des anciennes villes, à côté des
grands temples. J’avoue toutefois qu’il m’est impossible de rien affirmer sur la
nature de cet édifice, et même sur le style de son architecture; il est trop encombré
pour que j’aie pu découvrir s’il est d’origine Égyptienne , Grecque ou
Romaine. Ce n’est pas l’inscription seule qui me porteroit à pensér que sa construction
est l’ouvrage des Romains, puisque ceux-ci ont tracé des inscriptions
sur un grand nombre de monumens Égyptiens ; mais il est intéressant d avoir
dans celle-ci une preuve certaine que la ville florissoit encore sous les An-
tonins. Les caractères en sont tracés avec une sorte d’appareil ; ils sont d une
grande dimension, et semblent appartenir à une inscription monumentale. Les
pierres qui faisoient partie de cette construction, sont, au reste, d’une grandeur
considérable.
Auprès de cette ruine il y a encore les tronçons de sept à huit colonnes de
granit. Ainsi voilà, dans les ruines d’Achmouneyn, six endroits où il y a des
colonnes de cette matière, qui sont peut-être les restes d’autant d’édifices somptueux
élevés en différens âges (2). 11 est possible aussi que les colonnes d’un même
monument aient été transportées en plusieurs lieux de ces ruines, quoique, du
(1) M. Balzac a vu dans les ruines un chapiteau (2) Ces colonnes ne sont peut-être autre chose que
Ionique. des restes d’anciennes églises.
reste , le poids de ces masses puisse être considéré comme un obstacle suffisant
pour l’empêcher.
Tous ces débris annoncent la richesse de l’ancienne Hermopolis, et l’étendue
actuelle des ruines confirme cette idée. Le tour actuel est d’environ 6300 mètres
[3230 toises], comme je l’ai dit. Les constructions particulières ont disparu, comme
par-tout ; cependant, en beaucoup d’endroits, on trouve des murs en briques :
crues, qui paroissent avoir appartenu à la haute antiquité. Il ne faut pas les confondre
avec d’autres constructions qui sont faites en briques crues de petite
dimension, et qui sont l’ouvrage des Égyptiens modernes : les premières se
reconnoissent à la grandeur des briques qui les composent.
§. IV .
D u Portique 4 ’HermopoIis M^gna.
Le portique d’Hermopolis, seul reste considérable de cètte grande ville, a
appartenu à l’un des plus magnifiques temples de l’Égypte ancienne. Les dimensions
des colonnes ne le cèdent qu’à celles des colonnes qu’on trouve dans les
grands palais de Thèbes, et le diamètre excède celui des colonnes de Tentyris
de plus d’un quart; la longueur du portique devoit excéder celle du frontispice
de Denderah, à peu près dans le même rapport. Ainsi ce monument est un des
plus considérables de l’architecture Égyptienne. Cette grandeur colossale nous a
paru plus gigantesque encore, en sortant d’Antinoé, où nous avions séjourné
quelques jours, et où les proportions, quoique d’ailleurs plus élégantes, nous pa-
roissoient mesquines auprès des édifices de la Thébaïde, qui avoient laissé dans,
notre esprit de si fortes impressions.
J’ai dit que le portique est dans l’axe des ruines, à six cent cinquante mètres environ
de leur extrémité septentrionale. Il est peu encombré.; douze colonnes sont encore
debout, couronnées de leurs soffites, des architraves et des plafonds : mais il a beaucoup
souffert, et il a même perdu une ou deux rangées de colonnes entières ; car tout
annonce qu’il étoit composé de dix-huit ou vingt-quatre colonnes. Ce qm surprend
le plus, est de trouver si peu de vestiges du temple proprement dit. Par-tout
ailleurs, par exemple à Esné, où le portique seul subsiste , l’on peut supposer
aisément ce que sont devenues les parties postérieures; même à Antæopolis, le sol
est jonché de pierres qui proviennent des murailles de l’édifice. Ici l’on ne voit
plus rien , et le sol lui-même est peu élevé ; on doit donc croire que cette partie
du monument a été détruite, à dessein, de fond en comble , et quon a cherché
à faire disparoître jusqu’aux débris des ruines. La pierre dont il a été bâti est
calcaire, et l’espèce en est numismale ; telle est sans doute la cause de la destruc-:
tion de l’édifice : les Chrétiens et les Musulmans ont brisé les pierres pour les
convertir en chaux.
Les architraves et les plafonds sont encore aujourd’hui en place, comme je
viens de le dire. Un quart de la corniche, au milieu de la façade, est également