
Qu’on imagine maintenant l’immensitc des travaux dont Hirtius veut parler
et qui suffisoient à l’approvisionnement d’une capitale dont la population étoit
si considérable, et dont le commerce s’étendoit sur toute la Méditerranée, puisque
la population actuelle, qui n’est que d’environ huit mille habitans, et dont les relations
maritimes sont assez bornées, exige encore plus de trois cents de ces réservoirs.
Qu’on se représente encore la situation d’une ville au milieu du désert, sur
un rocher absolument dépourvu d’eau douce ; et l’on verra que son existence tout
entière étoit attachée à ses citernes. On concevra aussi de quelle importance il
étoit pour l’armée qui tenoit César assiégé dans les édifices voisins du grand port,
de lui couper ou d’empoisonner l’eau du Nil [i J7].
S E R A P E U M E T S A B I B L I O T H E Q U E .
En suivant toujours notre ligne moyenne, après la mosquée des mille Colonnes
et le premier groupe de citernes, on monte sur un monceau oblong de décombres,
sur les étages inférieurs duquel on trouve diverses ruines. On y remarque
sur-tout un massif de maçonnerie en pierre calcaire, entremêlée d’assises composées
de plusieurs rangs de briques du genre que nous avons déjà vu, et dont
la construction est évidemment antique; car on y reconnoît particulièrement et
d’une manière très-claire la méthode que les anciens ont généralement pratiquée
à Alexandrie pour bâtir de grandes masses et la maçonnerie de remplissage.
Cette construction, et sur-tout beaucoup de débris adjacens, sont placés sur
une hauteur. Nous verrons que le Serapeum l’étoit aussi, et que cet édifice lui-
même étoit fort élevé.
Or Strabon dit que le Serapeum est en-deçà du canal navigable ( que nous
avons vu ), et vers l’intérieur de la ville ; position qui convient parfaitement aux
ruines et au monticule que je viens de montrer. Tous les auteurs anciens s’accordent
à observer de plus que ce temple étoit dans le quartier de Rhacotis, où
nous sommes évidemment; et Sozomène [158] dit qu’il étoit situé sur une petite
colline.
Voilà donc la position de ce temple, sur la forme duquel les auteurs anciens
nous apprennent beaucoup de particularités intéressantes, déterminée avec vraisemblance.
Suivant Pausanias, il y avoit en Egypte plusieurs temples de Sérapis : mais
le plus célèbre et le plus considérable de tous étoit celui d’Alexandrie; et le plus
ancien, celui de Memphis. « Il y a dans Alexandrie, ajoute Ammien Marcellin,
» beaucoup de temples imposans par la hauteur de leur faîte, et que surpasse pour-
» tant encore le Serapeum. Nos foibles expressions ne sauroient peindre la beauté
« de cet édifice. Il est tellement orné de grands portiques à colonnes, de statues
» presque animées, et d’une multitude d’autres ouvrages, qu’après le Capitole, qui
33 immortalise la vénérable Rome, l’univers n’offre rien de plus magnifique. 33 —
« L ’emplacement est formé 33, dit Ruffin, qui habitoit Alexandrie vers la seconde
moitié du iv .' siècle [159 ], « non par la nature, mais par la main de l’homme
33 et par des constructions. Il est, pour ainsi dire, porté dans les airs, et 1 on y
33 monte par plus de cent degrés. Il s’étend de tous côtés en carré et sur de grandes
dimensions.
33 dimensions. Toute la partie inférieure, jusqu’au niveau du pavé de l’édifice,
>3 est voûtée. Ce soubassement est distribué en vastes corridors et en vestibules
33 carres et séparés entre eux, qui servoient à diverses fonctions et ministères
33 secrets [ 160]. En dehors et au-dessus de cette partie voûtée, les extrémités de
33 tout le contour de la plate-forme sont occupées par des salles de conférences.
33 des porches et des maisons extrêmement élevées qu’habitoient ordinairement
33 les préposés à la garde et aux soins du temple, et ceux qu’on appelle ague-
33 noutes, c’est-à-dire, qui sont voués à la chasteté. Derrière ces bâtimens, en
33 dedans, des portiques régnoient en carré tout autour du plan. Au centre
33 de la surface s’élevoit le temple orné de colonnes de belle matière, et dont
33 l’intérieur étoit magnifiquement construit en marbre, qu’on y avoit employé avec
33 profusion. 33
Dans les Recherches et Eclaircissemens [ 1 6 1 ] , on verra le récit curieux de Tacite,
dans lequel cet historien, aussi judicieux appréciateur des traditions que profond
politique et grand écrivain, assure que le nouveau temple de Sérapis, celui dont
nous nous occupons, fut digne de la grandeur de la ville, et bâti par Ptolémée-
Soter dans un emplacement du quartier Rhacotis, où il y avoit eu anciennement
une chapelle consacrée à Isis et à Sérapis dieu tutélaire des habitans de cette
antique bourgade. On voit donc d’abord, et c’est un fait positif et important à
remarquer, que les rois Grecs avoient admis le culte des anciens Égyptiens dans
leur nouvelle ville. Sérapis avoit aussi à Canope un temple fameux, dont Strabon
fait mention, liv. x v i i [162].
On sait que le Sérapis des anciens Égyptiens étoit l’emblème du soleil au solstice
dhiver ou inférieur, que les Grecs ont comparé à leur Pluton dieu des enfers,
dont la statue de Sinope portoit quelques attributs [ 163]. L ’antique Sérapis des
memes Égyptiens etoit aussi le dieu auteur des crues du Nil. Quoi qu’il en fût,
on conçoit comment les habitans de Rhacotis ou d’Alexandrie, dans leur position
isolée, au milieu d’un aride désert, devoient être dévots à la divinité qui
influoit sur l’inondation. On portoit, suivant Ruffin, liv. 11, la mesure du Nil
dans le temple de Sérapis [ 16 4 ]. Elle fut placée par la suite dans l’église chrétienne.
Selon Socrate [ i6 y ], ce dernier usage commença sous Constantin; et Julien
1 Apostat rétablit ensuite l’ancienne coutume , qui cessa sans doute sous le patriarche
Théophile et sous Théodose par la destruction du Serapeum. L’autorité
de Ruffin est d’un grand poids dans tout ceci ; car il étoit à Alexandrie avant
cette destruction du temple de Sérapis. Nous verrons plus bas comment le patriarche
opéra le renversement de ce magnifique édifice.
Outre 1 etymologie donnée au mot Sérapis, dont le sens est Nilomètre, on verra
encore dans nos Recherches celle du tombeau d ’Apis [ 166]. Mais pourquoi vouloir
tirer du grec la signification du nom d’un dieu Égyptien antique! Ce qu’il nous
importe le plus de savoir pour notre description d’Alexandrie, c’est que le fameux
Serapeum de la ville des Ptolémées étoit tout simplement un temple du dieu
Sérapis.
Ammien Marcellin , dont j’ai rapporté le passage concernant l’édifice du
A . d . M
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