
Quoique nous ayons pour Lut spécial de faire connoître les antiquités de
Lycopolîs, nous entrerons cependant dans quelques -détails sur l’état actuel de la
province et de la ville de Syout. Ces détails, que nous n’aurions pu placer ailleurs
ont été recueillis avec soin.
Dans la province de Syout, on compte environ quarante mille familles, composées
l’une dans l’autre de cinq individus. Le nombre des femmes est beaucoup
plus considérable que celui des hommes. Cette province paye trois cent soixante-dix
mille francs d’imposition en argent, et deux cent seize mille ardeb de grain, qui,
au prix réduit de trois francs l’ardeb, font six cent quarante-huit mille francs. Le
montant total des impositions est donc de plus d’un million; et le nombre des
habitans, de deux cent mille (i).
La vallée du Nil est moins resserrée par les montagnes à Syout que dans tout
le reste de son étendue, depuis Beny-Soueyf. D ’une montagne à l’autre, c’est-à-dire,
du sommet de la chaîne Arabique à l’un des hypogées de Syout, dont on voit
l’entrée, planche 43 ( 2.-2), nous avons mesuré par des opérations trigonométriques
dix-neuf mille sept cent quatre-vingt-neuf mètres.
La largeur réduite du Nil en face de Syout est de deux cent trente mètres. D ’aprè;
les sondes que nous avons faites le 3 1 mars 1799, la section réduite étoit de cinq cent
soixante mètres; la vitesse moyenne étoit de quarante mètres par minute. Nous ne
donnons ici que des aperçus : M. Girard, dans son Mémoire sur l’agriculture et le
commerce de la haute Egypte, est entré dans les plus grands détails à ce sujet.
Suivant les observations de M. Nouet, la ville de Syout est située sous le
28° 53' 20" de longitude et le 27° 10' i 4 ” de latitude septentrionale. Elle esta
mille ou douze cents mètres du Nil, sur la rive gauche de ce fleuve. Tout près du
N il, est un petit village appelé el-Hamrali. Il peut être considéré comme le port de
la ville de Syout, à laquelle il est joint par une digue élevée au-dessus des plus
grandes inondations. Cette espèce de chaussée.est tortueuse, et il faut à peu près
un quart d’heure pour la parcourir à pied. A son extrémité la plus voisine de la
ville , il existe un pont par-dessous lequel on donne à volonté de l’écoulement
aux eaux de l’inondation, que la digue a pour objet principal de soutenir dans la
partie supérieure de la province.
A l’entrée de la ville, on voit quelques colonnes de granit et de marbre, dont
plusieurs sont cannelées.
Syout est une des plus grandes villes de la haute Egypte ; elle est située dans
une position assez pittoresque, entre le fleuve et la montagne. On y voit un grand
bazar et d’assez belles maisons. Les constructions sont faites en briques crues;
les angles seulement et quelques chaînes sont en briques cuites. Des tronçons de
colonnes en porphyre, en granit et en marbre, servent de seuils à plusieurs grandes
portes. Sur quelques-uns on reconnoît des cannelures torses.
Le principal commerce de Syout consiste dans les toiles de lin, les poteries,
le natron et l’opium. La caravane de Darfour arrive ordinairement à Beny-A’dy,
à deux ou trois lieues au nord de Syout. Les habitans de ce bourg ayant montre
(1 ) Ces renseignemens sont extraits du journal de voyage de M. Fourier.
e t d e s e s A n t i q u i t é s , c h a p . x i i i . 3
un esprit de révolte quelques jours après l’arrivée de la caravane, on envoya contre
eux un corps de troupes Françaises. Aidés de quelques corps de Mamlouks et
d’Arabes, ils opposèrent une assez vive résistance. Le chef de brigade de dragons,
Pinon, fut tué, ainsi que plusieurs soldats; mais le bourg fut emporté d’assaut et
livré au pillage ; quelques soldats firent un butin considérable; plusieurs eurent
jusqu a trois et quatre mille francs en argent monnoyé, et l’un d’eux enleva, dit-on,
vingt-quatre mille francs en or. Le lendemain, les soldats vendoient pour-vingt,
trente et quarante pâràh (i) les esclaves noirs des deux sexes qu’ils avoient emmenés.
Il existe à Syout dix fabriques d’huile. Nous avons fait connoître cçgenre d’industrie
en décrivant la planche relative à l’art du fabricant d’huile. ( Voyez E. M .
Arts et Métiers, planche I " ) Nous ne répéterons point ici ce que nous en avons
dit dans cette description. Le prix de la journée d’ouvrier, à Syout, varie de cinq
à douze pârah, suivant la force et l’intelligence des individus.
La culture est fort soignée dans toute la province, et sur-tout aux environs de
la ville. Le froment y vient très-beau ; l’orge, le dourah, le lin, les fèves, et différentes
sortes de graines, s’y cultivent avec succès : on y récolte aussi le pavot,
dont on extrait l’opium. Aux environs de la ville, et particulièrement au nord,
sont de beaux jardins, plantés en abricotiers, figuiers, grenadiers, palmiers, napecas,
orangers et citronniers : on y voit aussi quelques jeunes s; comores. Ces jardins
sont d’un très-grand rapport et se louent fort cher.
On trouve autour de la ville un grand nombre d’abreuvoirs d’une construction
remarquable. Ces petits bâtimens sont composés d’un réservoir couvert, de
la forme d’un parallélogramme alongé. Il y a trois fenêtres sur chacun des grands
côtés, et une seulement sur les deux autres. Ces fenêtres sont à un mètre au-dessus
du so l, et ont un mètre et un tiers environ de hauteur : elles sont voûtées en
ogive; A l’une des extrémités du bâtiment est un bassin demi-circulaire, de la
même largeur que le réservoir, et dont le bord supérieur est à un mètre au-dessus
de terre. A l’autre extrémité il y a un puits (2), d’où l’on tire l’eau avec un treuil
et des seaux, pour la verser dans le réservoir. L ’ensemble de ces petites constructions
est d’un style Arabe assez pur, et ne manque pas d’élégance. Il existe sur
des canaux, aux environs de Syout, plusieurs ponts assez solidement construits : ils
sont établis sur des massifs en brique ; leur architecture n’a rien d’agréable. Le
plus souvent ni les arches ni les piles ne sont d’égales dimensions.
En sortant de la ville, du côté de la montagne, on se trouve sur des monticules
de décombres semblables à ceux qui environnent presque toutes les villes de
l’Egypte. Près de cette extrémité de la ville, et à gauche, dans la rue qui vient du
(1) Le pârah vaut environ trois liards de France, perpendiculaire à la direction de la vallée, et nous avons
c’est-à-dire, un peu moins que quatre centimes. ” remarqué que la hauteur de l’eau dans les puits étoit en
(2) Aux environs de Syout, en faisant des fouilles, raison de leur distance au fleuve. C ’est évidemment ce
on trouve d’abord un mètre et demi ou deux mètres de qui doit avoir lieu lorsque le Nil baisse, circonstance
limon; on-rencontre ensuite des couches de limon mé- dans laquelle nous nous trouvions alors. Le contraire
langées d’un sable dont la proportion augmente à mesure doit arriver lors de la crue du Nil. Voye^ le Mémoire
qu’on s’enfonce davantage ; on parvient après à du de M. Girard sur l'agriculture et le commerce de la
sable extrêmement pur; enfin on découvre l’eau. On haute Egypte,
a fait des fouilles en plusieurs endroits sur une ligne
A. D . A 2