
une longueur de quatre-vingt-sept milles ( i }f Quelle autre preuve faut-il pour
démontrer qu’Adrien, en fondant une ville en Egypte, satisfaisoit sa manie de
bâtir, et que, par conséquent, il n’éleva point cette ville en l’honneur d’Antinous!
Seulement, pour perpétuer sa mémoire, il donna son nom à la ville nouvelle.
J’ai fait vo ir , dans le S. I.M, que des raisons d’un < ordre différent avoient pu
diriger Adrien dans cette entreprise, et elles me paroissent assez convaincantes
pour répandre quelque lumière sur les vraies causes de la fondation faite par ce
prince. LaThébaïde manquait d’une ville capitale.; Ptolémaïs n’existoit plus;
Coptos étoit trop reculée et uniquement commerçante^L’Heptanomide étoit dans
le même cas; IViemphis étoit détruite , et Hermopolis commençoit à tomber en
ruine. Enfin Alexandrie étoit aux limites de la contrée, et même presque hors de
l’Egypte, dont 7e désert la séparoit d’un côté. L ’autorité Romaine n’avoit donc
aucun centre pour servir de point d’appui à l’administration : et quel pays étoit
plus difficile à régir! Qu’on lise la lettre d’Adrien lui-même à Servien son beau-
frère, où , tout en admirant la sagacité de ce peuple, il se plaint de son humeur
difficile et rebelle, et de la peine qu’ori'avoit de percevoir les tributs (2).
Je laisse au lecteur judicieux à tirer la conséquente de ces réflexions, et je
termine cet écrit, déjà long peut-être épar une remarque sur la colonie Grecque
établie dans Antinoé. Bien que l’inscription tracée' sur les colonnes d’Alexandre-
Sévère, et qui fait mention des nouveaux Grecs d’Antinoé, ne puisse être anté-
( I ) Histoire des grands chemins de VEmpire, par
Bergier, tom. I , pag. 57.
(2) Saturninus orinndus fr it Gallis , ex gente hominum
inquietissima, et avida semper vel faciendi principle vel
imperii. Huic inter cceteros duces, qui vere summus vide-
retur, Aurelianus limitis Orientalis ducatum dedit, sa-
pienter praecipiens ne unquam /Egypturn videret : cogitabat
enim, quantum vidimus, vir prudentissimus, Gallon/in
naturam; et verebatur ne si perturbidam civitatém v idi sset,
quò eum natura ducebat, soci et ate quoque hominufn duce-
retur. Sunt enim /Egypiii, ut satis nosti, viri ventosi,
furibundi, jactantes, injuriosi, atque ade'o vani, liberi,
novarum rerum usque ad cantilenas publicas cupientes,
versificatoreSj epigrammatarii, mathematici, aruspices,
medici: namet Christian}, Samarine, et quibus prcesentia
semper tempora cum enormi liberiate displjceant. Ac ne quis
mihi /Egyptiorum irascatur, et rneum esse credat quod in
litteras re tu li, Adriani epistolam, ex libris Phlegóntis liberti
ejus proditam , ex qua penitùs /Egyptiorum vita detegitur,
indidi:
« Adrianus Aug. Serviano Cos. S. AEgyptum, quam
» mihi laudabas, Serviane carissime, totani didici'Jfle-
yy vem, pendulam, et ad omhia famte momenta volitantem.
» llli qui Serapin colunt, Chris ti ani sunt; et devoti sunt
a Serapi, qui se Christi episcopos dicunt. Nemo illic arty
chisynagogus Judceorum, nemo Samarites, nemo Chrisr
yy tianorurn presbyter, non rnathematicus, non aruspex, non
yy aliptes. Ipse ille patriarcha, ehm /Egyptum venerit, ab
yy aliis Serapidern adorare, ab aliis cogitar Christum. Genus
yy hominum seditiosissimum, vanissimum, injuridsissimum :
yy civitas opulenta, dives, fecunda, in qua nemo vivai otio-
» sus. Alii vitrum conflant, ab aliis charta conjicitur; alii
» Unifiants sunt : omnes certe ciijus.cumq.ue artis et vi-
yy dentur et hakentur. Podagrosi quod agant habent; caci
yy quod furiant; ne chirqgrici quid/un apud eos otiosè vi-
yy vuiii. Unusillis Deus est; hunc Chrjstianì, hunc Sudati,
y> hunc omnes veneratitur et gentes : et utinam meliùs esset
yy morata civitas, digna profectò suiprofunditate, quee prò
yy sui magnitudine totius Ægypti tenia} principatum ! Huìc
yy ega cuneta concessi, vêlera privilegia reddidi ; nova sic
yy addidi, ut proesenti gratias agerent. De nique, ut primi/m
yy inde discessi, et in filium meum Verum multa dixerunt,
yy et de Antonino quee dixerunt, comperisse te credo. Nihll
yy illis opto nisi ut suis pullis alantur, quos, quemad/no-
yy dam fecundam , pudet dicere. Calices ^tibi a lias soutes
yy versicolores transmisi, quos mihi saçerdos templi obtulit,
yy libi et sorori mece specialiter dedícalos, quos tu velini
yyfestis diebus conviviis adhibeas. Cave as turnen ne bis
yy A fric anus nos ter indulgenter utatur. yy
Mcçc ergo cogitaos de ÆgyptUs, Aurelianus iusserat ne
Saturninus Ægyptum viderèi, ¿7V. ( Fia v. V opisci Syracusii
Saturninus , Historia: Augusta Scriptores sex, Lugd.
Bat. 1661, pag. 958-963.)
JL’Egyptc, occupa beaucoup Adrien, et bien plus
qu’on ne le croit 'communément. Suivant l’opinion de
M. LangleS, quiVappuie sur el-Alaqryzy, c’est cet empereur
qui fit recreuser'Ie canal allant du Nil à la mer
Rouge et appelé Trajanus amnis : ce nom a fait attribuer
le canal à Trajan; mais Adrien portoit ce même
nom comme son prédécesseur. ( Voyez le Livre des avis...
sur la description historique des divisions territoriales et
des vestiges, tirés des annales de l’Egypte, par el-Ma-
qryzy, dans la Description historique du canal d*Egypte,
par Mf Langlès, in«4-° de 67 pages.)
rieure à cet empereur , il ne faudroit pas en conclure que les Grecs n’y habitoient
pas auparavant. Je suis persuadé qu’Adrren lui-même envoya une colonie Grecque
exprès pour peupler Antinoé ; et je me. fonde sur ce qu’il en fit autant quand il
r e b â t i t Jérusalem., sous le nom d’Æ lia -Capitolina, après que çette ville eut été
prise d’assaut, renversée et, dépouillée de ses habitans. Pour le succès de ses établis-
semens en Asie, i f avoit l’habitude d’y transporter des Grecs, et, avec eux, leurs
lois, leur régime et leui' magistrature. Il avoit fait plusieurs séjours à Athènes,
où il s’étoit fait initier aux mystères d’Eleusis; il y bâtit même un nouveau
quartier d’une grande étendue, etiun temple magnifique. Adrien faisoit la plus
grande estime de la littérature Grecque, où il étoit lui-mêmç, très-yersé ( i) ; et
l’on sait qu’entraîné par l’éloquence du sophiste Aristide, *il mit fin ,à la persécution
dirigée contre les Chrétiens : aussi aucun empereur ne fut-il plus cher
aux Athéniens et aux Grecs; ils lui élevèrent un temple appelé Panlicllcmcôh;
une multitude d’inscriptions déposent de leur affection pour lui.
fi ) Hic, Grcecis litteris iinperiiiùïffâuditüs*, à plerisqpe restitueret et augeret ordinibus. Namque-, ad specimen legiç.-
Græculus appellatus est.- Atheniensium stÿdia moresque nunif militarium , fabros, perpendiculaires, architecros,
liausit- non scemane tantàm, sed et çæteris disçipfinis-, gepusque cuuctuin etstrueudoruin uiççnium seii (kcorati-
canendi, psallendi medendique sdentiti, musicus, geometra, dòrum, in cohortes centurïaverat. Varius, multiplex, mul-
■pictor, fictor ex cere vel tnannore proximè Pofycletos et tiformis : ad. viti a atque virtutes quasi arbiter genita s , im-
Euphranoras. Perinde oinnirto ad ista erat f ictus, ut petunn mentis quodam artificio regens, ingenium invidum,
eleganti us nunquam quicquam humante res expert/e videan- triste, lasrivum, et ad ostentationem sui insolens, callide
t(irK Memqr supra quàm cuiquam credibile est, loços, tie- 'tégebatj çoiitinentiam, facilitatela, çleinentiam sin\ulûnst.,
gotia, milites, absentes quoque, nômiÿjbus recensere. Immensi co 11 traque dissimulons ardorem f glorice, quo fia grabat,
laboris, qùippe qui provineias omnes pedi bus circumierit, (Aurei. Viet. Epitom.)
agmen comitantium preevertens:^, ehm oppida in universum■