
Zefteli, près duquel le canal du Kaire se réunit, ainsi que je i’ai dit, à celui
d’Abou-meneggeh, est une élévation analogue à Tell-Yhoudyeh, mais moins considérable.
Il en est de même de Tell-Gerâd et de Tell-Minyet-Habyb appelé
Camp des Romains, près desquels passe également le canal d’Abou-meneggeh. Ces
quatre ruines présentent le même aspect : on y remarque les mêmes constructions
en grosses briques; elles sont certainement du même temps.
Le canal se perd dans le sable au village de Choulyeh ; mais on en retrouve les
traces le long de la route de Belbeys, et il reprend toute sa largeur au village de
Gheyteh. On a substitué à la partie qui est envahie par les sables une multitude
de petites dérivations, que j’ai indiquées, autant qu’il a été possible, sur la
carte ( i ). Elles peuvent donner passage à toute l’eau du canal ; mais elles ne
peuvent porter les barques qui y naviguent, et qui, en conséquence,sont obligées
de s’arrêter au-dessus de Choulyeh. Quelques autres dérivations au-dessous de
Gheyteh conduisent les eaux près de la grande digue de Belbeys; mais le canal,
en faisant des détours très-multipliés, passe à un quart de lieue de cette digue
et près de Myt-A amel. Il se rend ensuite à Myt-Rabya’h, et près de Tell-Chnyk,
où nous avons été obligés de le quitter.
Belbeys ne présentant rien de remarquable, sur-tout sous le rapport des antiquités,
nous ne nous y arrêterons pas : nous poursuivrons notre route le long des traces
de I ancien canal, en laissant à droite la plage très-étendue et peu inclinée à l’horizon
qui, à une demi-lieue au-dessus de Belbeys, succède aux collines calcaires.
Nous avons été informés que le canal que nous avions été obligés de quitter près
de Tell-Chnyk, se rend à Mehenâ et ensuite à Ba’tyt. Nous l’avons en effet retrouvé
près de ce village; mais nous n’avons pu ni le remonter ni le descendre:
nous avons appris seulement qu’il passe près d’A ’mryt et de Gezyret el-Soueh.
Une grande dérivation, prise vis-à-vis de Ba’tyt, porte les eaux contre la grande •
digue de Senykah, en un point où il existoit autrefois un pont. C ’est un des lieux
où 1 on coupe quelquefois cette digue, qui ferme entièrement l’entrée de la
vallée de l’Ouâdy, lorsque l’on veut y introduire l’eau du Nil. On la coupe aussi
quelquefois en un lieu situé un peu au sud du précédent, où il y avoit un grand
pont d une seule arche, appelé Qantarat Aoulad-Seyf Les eaux qui proviennent
de ces deux coupures se réunissent, après le passage de la digue, dans un canal
appelé Bahr Abou-Alimed, par où elles se rendent dans un lac appelé Birket el-Sery-
geh. Ce lac est appuyé sur une seconde digue qui traverse l’Ouâdy, entre A ’bbiçeh
et Râourny, dans une direction moins-oblique, et par conséquent moins longue
que la première. Le Birket el-Serygeh reçoit aussi le canal appelé Bahr el-Baqar,
qui part de la digue de Senykah, en un lieu appelé Qata' el-Tarbauch, situé entre
Senykah et Mesed. C ’est là que l’on coupe le plus ordinairement la digue de
Senykah. Les eaux y arrivent par le Bahr el-Tarbouch, ou el-Ramri, lequel tire
ses eaux du canal d’Abou-meneggeh, au-dessous de Ba’tyt, par le canal Abou-daffàr
ou el-Soudi.
( i ) Voyez TAiIas, feuille 24. ,
Après avoir passé la deuxième digue, qui s’étend d’A ’bbâçeh à Râourny, les
eaux se réunissent dans un canal qui prend le nom de Bahr el-Boucb , ou
Abousyr.
En 1800, toutes les digues ont été renversées ou surmontées par les eaux. Les
habitans des villages ne savoient même pas toujours de quel côté leur étoit venue
leau qui les environnoit. Il paroît que les canaux qui passent près des ruines de
Bubaste ont fourni une partie de celles qui remplissoient l’Ouâdy. La petite vallée
dans laquelle est situé le village de Cheykh-Nâser, a vu passer les eaux dans les deux
sens, nous a dit un Arabe dans son langage figuré. Celles du canal d’Abou-
meneggeh ont été arroser le territoire de Korâym, et, quelque temps après, les
eaux des canaux de Bubaste sont venues refluer dans l’Ouâdy.
Il existe sur la digue de Senykah des établissemens qui ont servi autrefois à la
caravane de la Mecque, lorsqu’elle passoit, dit-on, par l’Ouâdy. Le Birket el-
Seiygeh portoit alors le nom de Birket el-Hâggy [ lac des Pèlerins ]. Les voyageurs
cvitoient Suez, et se rendoient directement au golfe d’e l-A ’qabah.
Nous n’avons pu reconnoître en détail le terrain compris entre la digue de
Senykah et celle d’A ’bbâçeh, l’eau couvrant encore tout ce pays au moment de
notre voyage. L ’inondation extraordinaire de 1800, dont on n’avoit pas eu d’autre
exemple depuis plus de trente ans, a rendu l’Ouâdy inculte pendant un an. On
na pu semer que la lisière de l’inondation, à mesure que les eaux, qui étoient
restées dans les parties basses de la vallée, disparoissoient par l’effet de l’imbibition
dusol ou de l’évaporation. Les hauteurs du Nil entièrement favorables à la culture
dans l’Oûady ne -se présentent guère que tous les cinq ou six ans : quand elles sont
trop fortes, elles dévastent tout; et quand elles ne le sont pas assez, les habitans
de Tomalât sont obligés d’ouvrir à main armée les digues de Senykah et d’A ’bbâçeh,
afin d avoir un peu d’eau, qui se maintient quelque temps dans les puits,
et suffit à peine à une chétive culture consistant en trèfle, dourah, meloukhyeh et
bamyeh. On voit que ce misérable canton est tous les ans dans la triste alternative,
ou d’être submergé, ou d’être privé d’eau. Il n’en étoit pas de même lorsque lé
canal de Suez étoit entretenu : il étoit établi à mi-côte sur le revers septentrional
de la vallée; on pouvoir donc en tirer à volonté la quantité d’eau nécessaire pour
les irrigations, sans avoir besoin de couper les digues de Senykah et d’A ’bbâçeh,
On remarquera qu il est très-probable que ces deux digues ont été construites pour
maintenir les eaux à un niveau élevé dans un grand bassin irrégulier, où elle9
pouvoient être mises en réserve, et pour les empêcher de se répandre soit dans
les plaines d’Égypte, soit dans i’Ouâdy. La digue de Senykah devoir originairement
faire suite à celle de Belbeys.
Dans une position qui domine ces deux digues, à deux cents mètres à l’ouest
de Râourny, on trouve les ruines d’une ancienne ville (1). Cette position me
paroît convenir mieux à l’emplacement de Tohum ou Thou, qu’A ’bbâçeh, où l’on
n’a pas reconnu de ruines, et d’où elle n’est pas très-éloimiée.
(1) Voyez le Mémoire sur le canal des deux mers, É. M . 10m. t . " , pas. ,y .