
Une figure non moins commune est le scarabée ; on appelle aussi de cette
manière un amulette qui porte en dessus la ressemblance de l’insecte de ce nom,
et sur le plat, une inscription hiéroglyphique, plus ou moins étendue. On a fait
mille conjectures sur la destination des scarabées : les uns en ont fait une monnoie;
les autres, un talisman. Quant à moi, qui possède une bague Egyptienne dont le
dessus est en forme de scarabée, avec une inscription sur le plat, faisant cachet,
je suis persuadé que ces objets sont autant de sceaux hiéroglyphiques, et qu’on
trouvera quelque jour des sceaux en résine ou en cire portant les marques de ces
cachets. Ce qui confirme cette idée, c’est que les scarabées sont souvent en pierre
dure opaque, telle que jaspe, lapis, hématite (t), jade, ou bien en pierre transparente,
comme améthyste, grenat ou cornaline.
Les Égyptiens ont mis un soin extrême dans l’exécution de ces objets : il en
est de terre cuite ou de pâte émaillée dans lesquels les caractères hiéroglyphiques
ont une telle finesse, qu’on ne peut deviner comment l’action du feu a respecté des
formes si frêles, si délicates; témoin le scarabée de la planche 8 7 , A . vol. V (2),
renfermant, parmi les caractères du dessous, un ovale de cinq millimètres de
long, et dans cet ovale, trois caractères hiéroglyphiques, dont l’un est un scarabée
qui a les pattes et la tête très-distinctes, quoique l’insecte ait un millimètre
seulement.
Il y a aussi beaucoup de variétés dans la disposition des scarabées : quelquefois
ces insectes sont accolés deux à deux (3), trois à trois, quatre à quatre; on en
voit jusqu’à douze ensemble (4 ). L ’animal n’est pas toujours de la même espèce:
les naturalistes pourraient faire à cet égard des observations curieuses ; le sujet
n’est pas indigne de leur attention.
L ’ovale qui entoure l’inscription, sur le plat du scarabée, a trop de rapport
avec celui des légendes encadrées des tableaux Égyptiens, en forme d’écussons ou
de médaillons ovales, pour ne pas leur supposer la même origine et le même
objet; et comme ceux-ci renferment des noms propres et des surnoms, il est à
croire qu’il en est de même des amulettes en forme de scarabée. Ce qui vient
à l’appui, c’est la forme d’anneau à cachet dont j’ai parlé tout-à-l’heure. Il est
naturel de cacheter avec un nom propre, ou d’homme, ou de divinité.
L ’ovale du scarabée de la planche 87, A . vol. V ,fig . i j , ressemble à celui de
la planche 8p, fig . p c , en ce qu’il renferme un autre ovale plus petit avec des caractères,
entouré peut-être des palmes de la Victoire; ce qui semble annoncer le
nom d’un héros victorieux. Cet exemple me paraît extrêmement propre à éclaircir
la destination de ces prétendus amulettes. Ordinairement, dans les bas-reliefs militaires
et au-dessus du vainqueur, plane un vautour ou un épervier, portant ces
mêmes insignes. Le scarabée de la planche 8 7 , fig . 2 7 , renferme un oiseau semblable,
et la palme est devant lui; et celui de la planche 8p, jig . 10, est rempli
par une abeille, symbole du roi (y).
(1) Voyez pl. 89, A . vol. V,fig. ¡8 , et ailleurs.
(2) Voyez, fig. yy.
(3) Pl. 67, A. vol. V , fig. 26 ,27.
(4) Pl. 79, A. vol. V , fig. 21.
(5) L’animal gravé sur le plat de la fig. 27 ( p l ty>
A . vol. V ) est d’un caractère assez étrange.
Les traits que renferme 1 ovale des scarabées consistent quelquefois en orne-
mens, et non en caractères; ce sont des fleurs ou des enroulemens / t ) .
î Parmi tous les scarabées ramassés à Saqqârah, je n’ai cité qu’un très-petit nombre
d exemples : il serait infiniment trop long de passer en revue cette multitude
d’objets, qui pourraient faire le sujet d’un mémoire spécial; il seroit d’ailleurs
hors de mon sujet de traiter des caractères qu’ils renferment. Bornons-nous à
dire que les dimensions données aux scarabées par les Égyptiens varient autant
que la matière dont ils sont formes. Outre les pierres dures qui ont servi à tailler
ceux de petite proportion, il y en a en stéatite, en serpentine, en granit, en
porphyre. On en trouve dun, de deux, de trois décimètres de long : bien plus,
il existe un scarabée gigantesque, en un bloc de granit, qui a jusqu’à un mètre ou
plus. Il est difficile de concevoir l’objet qu’on s’est proposé en donnant à cet
insecte des formes aussi colossales. Quant aux pâtes dont sont faits la plupart de
ceux qu’on trouve dans les tombeaux, enfilés en collier et en chapelet, leurs
couleurs ne sont pas moins variées que la taille et la matière de ceux qui sont
façonnés en pierre dure.
4 ° V A S E S E T L A M P E S .
Je viens à une dernière sorte de fragmens d’antiquités trouvés à Saqqârah et
dans les environs, et qui n’annoncent pas moins que les objets précédemment
décrits, quel etoit letat de 1 industrie à cette époque reculée.
Les vases, et tous les produits semblables de l’art des anciens Égyptiens, ne
présentent point à l’antiquaire de ces problèmes compliqués qu’oflfent à chaque
pas leurs monumens de toute espece. Ce sont des objets domestiques, de simples
ustensiles, qui navoient d autre condition a remplir que de satisfàire aux besoins
économiques. Cependant il ne nous est pas donné de connoître à quels différens
usages on les destinoit, soit qu’ils servissent à renfermer le lait, le vin, l’huile et
d autres liquides, soit qu’on y déposât le beurre, le miel, ou d’autres substances
analogues : la forme ne peut donner, à cet égard, que de foibles lumières. J’ai
dit ailleurs quelle variété l’artiste Égyptien savoit donner aux formes de vase,
sans tomber jamais dans le bizarre ou le mauvais goût : il est superflu de revenir
sur ces réflexions ; le seul aspect des figures suffit pour en montrer la justesse.
En effet, sans parler des premiers volumes de cet ouvrage, qu’on parcoure seulement
les planches du cinquième volume, n.os 73, 74, 75, 76, 84 et 89; on
trouvera presque par-tout des contours purs, des formes heureuses, des profils
gracieux et élegans. Il est tres-rare quon y trouve des inscriptions, du moins sur
ceux qui sont faits en terre cuite ; ce qui confirme que leur destination étoit
purement économique.
Il est un genre de vase qu’on peut appeler consacré, parce qu’il est toujours
dans la main des pretres faisant une offrande à la divinité; sa forme est sphérique,
et surmontée d un petit goulot. On a trouvé un vase précisément de cette forme
dans fes catacombes de Saqqârah, non pas peint ou sculpté, mais en nature, et
(•) Voyez pl, 89, A . vol. V , fig. r j.