
malgré cette choquante disposition, les restes des murs de l’édifice accessoire
s’élever, en quelques parties, au moins au niveau du piédestal du parvis ou des
degrés dont j’ai parlé.
On peut conjecturer, d’après toutes ces observations, que lacolonne d’Alexandrie
a été placée isolément sur les ruines désertes de la ville, du moins à l’époque de
Dioclétien. Cette conjecture s’accorde encore avec le caractère d’un monument
-composé de pièces hétérogènes, restauré d’une manière assez barbare, et qu’il plut
à un préfet d’Egypte de consacrer, par une nouvelle dédicace, au cruel Dioclétien.
STADE ANCIENNEMENT ABANDONNÉ.
En descendant au pied de cette colline, directement vers le sud, on entre dans
une gorge artificielle [ 127], ou que du moins on avoit achevé de creuser dans le
roc. Elle est oblongue, spacieuse et assez profonde, entourée de ruines d’édifices
souterrains comblés, et son fond a été disposé pour servir à des jeux publics de
courses. C’est cet espace désigné par les noms de Cirque sur la pl. 8 ] , É . M .,ex
¿îHippodrome (1) sur la p l. 3 1 , A . Cette ruine semble d’abord n’avoir rien de fort
remarquable, si ce n’est l’épine (en latin, spina, par analogie avec l’épine du dos),
dont on voit encore un reste bien reconnoissable s’élever un peu au-dessus du
sol (2). Celle-ci avoit été ménagée dans la masse du rocher, qu’on avoit'creusée plus
profondément de part et d’autre; c ’étoit la partie essentielle des stades, cirques et
hippodromes des anciens, une espèce de plate-forme longue et étroite autour de
laquelle tournoient les athlètes en doublant et évitant la borne [meta]. On voit
encore i c i , auprès de l’épine, les traces de colonnes de granit qui servoient à
dessiner et orner cette plate-forme [ 128].
Cette extrémité occidentale du pian, qui se trouve assez bien conservée, à la
suite de l’épine, est terminée en demi-cercle, comme toutes les arènes connues.
Sa forme a servi à retrouver celle de l’autre bout ( qui n’est pas aussi remarquable
au premier abord ), sans qu’on ait été obligé de faire dans le dessin aucune restauration
hasardée. L ’amphithéâtre qui régnoit autour paroît avoir été composé de
deux plans inclinés, séparés par une allée horizontale et assez large. Le talus supérieur,
par sa forme aujourd’hui peu déterminée sur le terrain, mais qui paroît
toujours avoir été fort alongée, permettoit la vue des jeux à un plus grand nombre
de spectateurs. Le sommet du plan incliné le plus bas étoit bordé par une espèce
de parapet, dont on voit encore les restes, avec ceux des gradins qui couvroient
ce talus. Son pied s’appuyoit sur une dernière banquette appelée stylobate dans
l’explication de la planche. C e soubassement correspondoit, quoique plus étroit,
à Xallée ou esplanade intermédiaire, et faisoit le même office, s’il ne servoit pas
plutôt à asseoir les premiers spectateurs et à former un rang de places privilégiées
(3); car il avoit environ sept pieds de hauteur, et l’on y aperçoit aussi des
vestiges de gradins.
(1) Les gens du pays lui donnent divers noms, et entre (3) Le podium, par exemple. On sait aussi que, dans
autres celui de Girgeh. tous les jeux, les principaux personnages se plaçoient sur
{>) Voyez aussi le plan particulier,/#. 2 ,p l . jp , A . cette première ligne.
vol. V , et la coupe, jig. j .
On trouve, sur lë côté septentrional du stylobate, vers l’extrémité orientale,
lès fondations d une petite salle qui pouvoit bien être le podium, cette place qu’oc-
cupoient les juges et directeurs des jeux, ou quelque autre dépendance de leur
administration. Elle étoit toujours, comme celle-ci, sur le côté, à peu près visa
vis la borne de départ et de retour [ 129]. Un peu plus au nord, et vers le
milieu d’une parallèle à la longueur du stade, on voit les fondemens d’un bassin
en brique revêtu d’un enduit de ciment, et qui reçoit l’eau du Nil par une petite
dérivation du grand canal d’Alexandrie. Presque vis-à-vis, au sud, et dans une
gorge assez grande et symétriquement formée, suivant une direction perpendiculaire
au centre de l’excavation ( 1 ), sont encore les restes de deux réservoirs E
ils sont à I alignement de la crête extérieure du rocher. Il est évident que tous
ces bassins dependoient du stade et appartenoient au service de l’établissement,
soit pour baigner les coureurs, soit pour arroser la lice ou l’amphithéâtre et ses
abords et pour garantir de la poussière; car nous verrons que ce monument n’étoit
point un cirque, qu’on ne pouvoit point y exécuter de naumachies, et qu’il n’y
avoit pas d’eitripes auxquels ces eaux fussent destinées (2).
De tous cotes, et particulièrement au bout oriental de l’épine, on aperçoit
des débris'nombreux de colonnes en granit et un petit fragment d’obélisque qui
feroient croire que la spina en étoit ornée, et que le monument lui-même étoit
entoure de galeries en peristylè. Les buttes de décombres qu’on voit au sud et à
I ouest, de meme que dans 1 emplacement de la borne et d’une partie de l’épine,
prouvent du moins qu on y a fait beaucoup de démolitions et de fouilles. On re-
connoit aussi, dans la partie orientale, plusieurs ruines qui correspondent aux
contours de la partie opposée, et qui ont servi à dessiner cette extrémité plus
bouleversée que la seconde. En général, l’ouvrage étoit creusé dans le roc, et
plusieurs de ces ruines de maçonnerie qu’on rencontre ont dû servir de remplissage
dans les endroits où le rocher a manqué. Ce qu’il y a de remarquable,
c’est que le demi-cercle occidental qui est creusé dans le rocher est d’un niveau
un peu plus élevé que le sol de l'arène, comme le profil n.° 3 le fait voir; de
meme qu il montre les divers plans inclinés ou horizontaux et la saillie de la spina.
Cette différence de niveau provient de ce que le sol étoit recouvert d’un pavé
en pierres de taille assez épaisses et formant aujourd’hui des éminences très-sensibles.
On voit des vestiges fort reconnoissables de ce pavé en plusieurs endroits,
et il est a remarquer qu il a par-tout une largeur déterminée, régulière, et qui étoit
moindre que celle du fond de la cuvette excavée dans le roc, comme s’il eût
existe tout autour une zone ou allee, dépourvue de pavé, ou propre à l’enchâsser.
Rien, au reste, ne semble indiquer que cette zone soit un ancien euripe comblé.
On voit que ce pave a ete démoli pour en employer les matériaux ailleurs et
pour labourer et cultiver le fond. La nécessité d’y faire arriver de tous côtés les
eaux pluviales, si rares dans ce pays, et de les faire circuler sur toute la superficie
(1) C est sans doute par cette gorge que les athlètes euripe, large fossé qui, dans les hippodromes, servoit à
descendoiènt dans larene : on n’y voit pas d’autre issue, garantir des chars les spectateurs.
(2) Naumachie, représentation d’un combat naval;
A. D . K