
grand dans notre plan topographique que dans celui qui accompagne la relation
de Pococke, et je crois que plusieurs ont pu être omises : mais, d’une part, le
sable a dû en recouvrir plusieurs depuis l’époque de son voyage, et, de l’autre, on
voit que le dessinateur de son plan, sinon le voyageur meme, a dessiné ces lignes
d’enceinte suivant une distribution symétrique, persuade que toutes les pyramides
et les constructions accessoires avoient ete assujetties a un plan parfaitement régulier
dans toutes ses parties; ce qui n est pas. Ces sortes de restaurations complétés,
qui ne conviennent que pour une architecture dont le système est parfaitement
connu, ne sont pas praticables dans les monumens Égyptiens, et sur-tout dans le
cas présent; car, si l’on observe un exact et même un étonnant parallélisme entre
ces vastes pyramides et tous les édifices et tombeaux voisins , d’autre part on re-
connoît promptement que les accidens du sol, la configuration locale, et d autres
circonstances, ont empêché d’adopter pour tout cet ensemble, qui n’a guère
moins de i4oo mètres en carré, une disposition parfaitement symétrique, ou de
former un plan d’un seul jet. Chacune des grandes pyramides appartient d’ailleurs
à un architecte différent, à une époque différente : pourquoi voudroit-on trouver
dans la distribution architecturale de ce grand plateau une seule pensée, un seul
système, en un mot unité de conception et d’exécution !
Les nombreuses constructions qui sont aux environs des pyramides, ne sont pas
placées sans ordre : loin de là , elles ont toutes leurs cotes diriges est et ouest, nord
et sud. J’ai déjà parlé des plus grandes, qui sont au nord de la s e c o n d e et à 1 ouest
de la p r e m i è r e pyramide : il est remarquable qu elles occupent un rectangle quasi
carré, équivalent en surface à celle-ci à très-peu de chose près; leur nombre, d après
mon journal de voyage, est de i4 sur >4 ou 196 (1). Ce sont des tombeaux massifs
en forme de pyramides tronquées, à base oblongue, dont les dimensions sont plus
faciles à deviner qu’à mesurer, à cause de l’encombrement des sables; leur largeur
est de 9 à 10 mètres. Indépendamment de ceux-là, il en existe de plus grands
encore, situés très-proche de la g r a n d e pyramide. La pierre en est choisie et fort
belle. Les paremens sont travaillés avec un grand soin, et revetus dun ceitain
poli ; les assises sont bien réglées, et 1 on y remarque des joints obliques, caractère
des plus anciennes constructions de Thèbes : plusieurs de ces monumens sont
chargés d’hiéroglyphes. Un de ces tombeaux a forme pyramidale tronquee se distingue
entre tous à cause de sa plus grande dimension : il a 4$m>66 [ 14° pieds
et demi] sur iym,3 [48 pieds environ] de large, et 6 mètres [ 18 pieds et demi
environ] de haut; la hauteur à l’extérieur étoit de 9 mètres et demi; la moitié est
cachée sous les sables. Sur la face de l’est sont deux portes conduisant à quelques
salles : dans la partie supérieure est une bande d’hiéroglyphes. En s’élevant sur
la plate-forme, on découvre l’ouverture dun puits, large de 2“ i 4 [6 7 r
Quand les ingénieurs y arrivèrent, ils le trouvèrent presque plein de sables et
de pierres ; plus tard, MM. Le Père et Coutelle le firent vider. A 16 métrés et
demi [51 pieds environ] de profondeur, ils trouvèrent une salle creusée dans le
( I ) V o y e z c i-d e s s u s , pa ge 70. J’en a i no té au tant n’ est pas d’a c c o rd a v e c le plan topo graphiqu e des pyra-
d u coté de l* e s t, e t en to u t près d e 4 0 ° : niais c e t ap erçu m id e s , planche 6 , A n t . vol. V .
roc, d’environ 7 mètres sur 3"”,7, et haute de 2'»,82, avec un sarcophage en
beau basalte noir, parfaitement taillé, à grain très-fin, poli au mat, et surmonté
dun épais couvercle fermant à recouvrement : il avoit été ouvert par les Arabes,
et dépouillé de ce qu il contenoit. L a forme du monument, est simple, les côtés
sont lisses et dépourvus d’ornemens ; mais l’exécution est pure et très-soignée : le
seul ornement, si c’en est u n , consiste en quatre appendices saillans et arrondis,
placés aux deux bouts du couvercle, et qui ont servi à le poser en place- sa longueur
est de 2” ,68 [ 8J‘ 3 ? ] ; sa largeur, . “ ,13 [ 3 * y* 8 '] ; sa hauteur, .">,07
[ 3 ’ 3P 6 ]. Les dimensions intérieures sont 2m,o9 sur om,6o et om,67 , espace
suffisant pour une momie dans sa caisse. C e monument a été figuré en détail dans
les planches (1) : on a également dessiné l’extérieur et le profil d’un autre, situé
aussi à 1 ouest de la p r e m i è r e pyramide; il se distingue par un cordon qui borde
de toutes parts la plate-forme supérieure (2). Ces tombeaux sont tous considérablement
enterrés; on n’en voit guère que le sommet et trois ou quatre assises supérieures
(3) : ils prouveroient, s’il le falloit, que les sables ont recouvert aussi le sol
de la g r a n d e pyramide. Si l’on monte sur la plate-forme, on aperçoit de grands
puits carrés obstrués aussi par les sables, comme au tombeau que j’ai décrit.
Les.constructions dont il vient d’être parlé seroient remarquées par-tout ailleurs:
ici elles sont effacées par celles du voisinage ; le gigantesque du s p h i n x , le
colossal des pyramides et des chaussées, lenormité des matériaux, les écrasent;
elles échappent à la vue et sont comme imperceptibles.
Toutes les habitations (4) de cette antique ville des morts, comme les appe-
loient les Egyptiens, ne sont pas des monumens bâtis; plusieurs sont des constructions
souterraines comme dans la necropolis de Thèbes, mais non pas disposées
en syringes, c’est-à-dire, en longs canaux et en labyrinthes. Elles ressemblent aux
hypogées, parce quelles sont creusées dans le ro c, et que les sculpteurs en ont
orné les parois par la représentation des scènes agricoles, civiles et domestiques.
Jai visité plusieurs de ces catacombes à l’est de la s e c o n d e pyramide : le rocher
est taillé en murailles droites ou inclinées ; on y a pratiqué des ouvertures qui
simulent des portes bâties; on y descend quelquefois par des degrés taillés dans
le roc. Un de ces hypogées est représenté dans les planches (y ) ; il est remarquable
par des sculptures, la plupart très-incorrectes pour la perspective, mais intéressantes
pour le sujet et la naïveté d’exécution (6), et encore par un mur très-mince (réservé
dans le ro c ) , dont le dessus se termine en chaperon. Parmi ces sujets, on distingue
entre autres des danseurs (7), une scène musicale formée de trois flûteurs accompagnés
par une harpe à cinq cordes avec deux batteurs de mesure frappant dans
leurs mains : la flûte paraît avoir trois à quatre pieds (8) ; des porteurs d’outres et
(ljI Voyez An,, vol V planche figures s .1 ,o , 7 , S, ainsi que l’explication delà planche.
u n b i d '0/ 8/ a ^ a"Ü18' . (6) l 'V t les bas-reliefs gravés, d’après les dessins de
( -) Ibid. p,anche ,6 , fig. ,s , et planche ,S, fig. „ M. Du,entre, dans les planches ,7 „ ,8 , An,, vol. V
Ht ainsi que 1 explication. tn\ i i p r » , . . .
(3 ) Ibid. planche rg, fig. „ à ^ ^V lanche .p,
(4) Diod. Sic. B ill. hisc. lib. I. ( s / Ibid. planche ,7 , fig. 6. 15 J Voyez Antiquités, vol. V, planche 16, figures 6,
A . D.