
SECTION III.
N O M U S O X Y R H Y N C H I T E S .
L a préfecture d Oxyrhynchus n’ayant pas des limites parfaitement distinctes, au
moins dun côté, je me suis arrêté, en les fixant, à des canaux qui se jettent
perpendiculairement du Nil dans le canal de Joseph, l’un au nord et l’autre au
midi de Behneseh, a peu près à égale distance de cette métropole. Le premier
sort du fleuve, en face de Musoe; le second, au-dessus SAlyi. Il y a, dans-cette
disposition, une égale étendue au nome Oxyrhynchite et au nome Héracléo-
polite, qui confinoient ensemble. D ’ailleurs, celui-ci a ses frontières déterminées
par la description dè.Strabon, comme nous le verrons plus loin; il étoit dans
une île : des canaux devoient donc le circonscrire à ses extrémités. Le canal de
Zaouy.au nord de Beny-Soueyf, ne présente aucune incertitude; celui qui prend
sa source a el-Harabchent, passe à el-Zâouyeh, et se dirige vers le Bahr-Yousefà
Saft-Rachyn, est le plus convenable à choisir pour la limite méridionale. C ’est
celle-ci qui forme la limite septentrionale du nome & Oxyrhynchus. A u surplus, je
reviendrai sur ce point à l’article du nome Héracléote (i).
Les principales villes comprises dans le nome Oxyrhynchite, d’après cette distribution,
etoient Tamonti f Oxyrhynchus, Fenchí et Tacona. -
§. I ."
Abou-Girgeh ; Ta m o n t i .
D A n v i l l e a placé Tamonti au même lieu qu’Abou-Girgeh ; mais, outre qu’on
ne connoit point d autres ruines dans cet endroit qu’un quai antiqift, la distance
de vingt milles, donnée par la Table de Peutinger, entre Fenchí et Tamonti,
doit faire descendre cette derniere position à; neuf mille mètres au moins plus bas,
vers les villages de Qameh et de Beny-Mazâr, à peu près sur le parallèle de Behneseh
: on n y connoit pas non plus de ruines ; mais rien ne nous atteste que Tamonti
ait été une ville importante. L ’Itinéraire d’Antonin, la Notice d’HiérocIès et celle
de 1 Empire n en parlent point ; il n en est point question non plus dans Ptolémée
ni dans les autres auteurs : il suffit donc de fixer sa position d’après le seul itinéraire
qui la mentionne. Or, Abou-Girgeh est à plus de vingt-six milles Romains
en ligne droite de Fechn, qui est évidemment l’ancienne Fenchí. La Table.Théo-
dosienne suit le bord du Nil, tandis que l’Itinéraire d’Arttonin conduit par le
milieu cíe la vallée ou le long du canal de Joseph : de là vient que les villes qui
figurent dans l’une, manquent dans l’autre, et vice versâ (2).
(t) Voyei Ct-apres, pag. 6t. remarque, dans la montagne Arabique, un immense Mot
(i) C est un peu au-dessus d’Abou-Girgeh qu’on détaché du reste de la chaîne, et qui se trouve sur d«
§. II.
O x y r h y n c h u s (aujourd’hui Behneseh).
B e h n e s e h est une bourgade située sur le canal de Joseph, presque sous le
méridien de Minyeh. La ville ancienne à laquelle elle a succédé, étoit située à
l’ouest du canal; les sables de la Libye ont presque entièrement couvert ses ruines,
dont il n est plus possible de mesurer l’étendue ; une autre ville, qui avoit été bâtie
à sa place, plus près du canal, est également sous les sables ; enfin les maisons du
village actuel, qui sont sur la rive gauche du canal, sont de plus en plus envahies
par ce fléau, de même que lès habitans sont exposés au pillage des Arabes, autre
fléau qui accompagne toujours le premier : car les sables sont en quelque sorte le
terrain des Arabes; et à mesure qu’ils empiètent sur la terre labourable, les Bédouins
avancent avec eux. Tout ce quartier de l’Heptanomide paroît avoir perdu,
par la même cause, un grand territoire cultivable. Sans le canal de Joseph, le
désert auroit pénétré bien plus avant dans la plaine, et la plus grande partie seroit
condamnée à une affreuse stérilité.
On trouve dans les ruines beaucoup de fragmens de colonnes en pierre, en
granit et en marbre. Les Musi Imans en ont transporté un très-grand nombre dans
leurs mosquées, qui ont elles - mêmes succédé à d’anciennes, églises. Parmi les
débris qui sont encore visibles dans l’emplacement de l’ancienne ville, et à quelque
distance dans le désert, on remarque une colonne Corinthienne debout, d’une
grande proportion ; elle est en entier saillante hors des sablés. Le chapiteau est
encore à sa place, et il porte même une partie de l’entablement. La hauteur est
d’environ huit mètres. Ce monument paroît plutôt Romain que Grec, et l’on n’en
voit plus aucun d’Égyptien. S’il étoit possible de faire des fouilles-dans ces ruines,
on trou veroit sans nul doute un grand nombre de vestiges d’antiquités Égyptiennes,
Grecques, Romaines et du Bas-Empire, puisque la ville d’Oxyrhynchus a , plus
qu’une autre, été exposée aux vicissitudes de toutes ces dominations différentes;
mais il faut montrer d abord que Behneseh est au même emplacement.
Selon Ptolémée, Oxyrhynchus étoit une ville méditerranée; sa latitude étoit de
28 yo : selon Hiérocles, elle étoit au nord de Cynopoüs. L ’Itinéraire d’Antonin
la place à 30 milles dThiu. Strabon s’explique ainsi, après avoir parlé des nomes
Héracléopolite et Cynopolite (1) : « Dans une partie reculée (s* -njmçy.!a.) est la
” ville S Oxyrhynchus et la préfecture du même nom. Voxyrhynchus y est honoré
» dans un temple, quoique le reste des Égyptiens soit aussi adonné au culte
» de ce poisson. Il est plusieurs animaux auxquels tous les Égyptiens accordent
” ,eurs hommages : parmi les animaux terrestres, le boeuf, le chien et le chat ;
dunes avancées; sa forme est bizarre, et représente assez plus extraordinaire, que l’on fait remarquer aux voya-
,n " " “ "'htau. Si ce n’est pas le produit d’une exploi- geurs : c’est la figure d’un homme à genoux et en prière,
jatlon , il faut croire que c’est la pointe d’un rocher que C ’est un jeu de la.nature,- mais qui fait la plus grandç
les sables auront environné à sa base. illusion. Ce rocher est en face du petit village d’Abou-
Plus loin, est un autre bloc également saillant sur les Baqarah. Voyez la pl. y , È . A l. vol. x.
dunes, et qui, vers le nord, présente une forme encore (i) Voye^ ci-dessus, pag. 53.