
du fond, a fait pousser les fouilles très-profondément; et; en effet, toutes les
parties un peu basses où les eaux peuvent affluer sont semées en orge, comme
on le voit dans le dessin, où tous ces filets et les lignes des sillons sont indiqués.
Ce terrain, aujourd’hui inférieur au niveau de l’ancien sol du stade, est sablonneux,
comme celui de tous les environs d’Alexandrie.
Ce pavé, au surplus, est la première preuve que cet emplacement n’étoit pas
un cirque ou un hippodrome. Comment auroit-on fait courir des chevaux de selle
ou de char sur des dalles en pierre de taille ! Où trouve-t-on même l’apparence
d’une rampe qui indique la possibilité de les faire descendre dans cette excavation!
La gorge que j’ai fait remarquer étoit obstruée par des réservoirs. Où auroient été
encore les carceres, d’où s’élançoient les chevaux et les chars ! Pourquoi l’épine est-elle
au milieu de la largeur de l’arène déjà si petite, tandis que, dans les cirques, il étoit
d’usage de la partager en deux parties inégales, afin de donner plus d’espace aux
chars sur le côté d’où ils partoient tous de front que sur celui où ils arrivoient séparément!
On voit encore cette inégalité dans le cirque de Caracalla hors de Rome.
Maintenant, en examinant attentivement l’arène, on verra qu’elle n’a que
cinquante-un mètres soixante centimètres [vingt-six toises deux pieds dix pouces]
de largeur intérieure, en y comprenant même les deux trottoirs ou allées qui en-
touroient le pavé et qui ne servoient peut-être pas à la course. Il est important
d’observer que ces vingt-six toises et demie sont beaucoup moins que le tiers et
pas beaucoup plus que le quart de la largeur ordinaire des cirques ou hippodromes
antiques, si l’on admet qu’elle étoit d’un stade ou quatre-vingt-quinze toises; elle
n’en sera que la moitié assez juste, si l’on prend celle-ci a un demi-stade ou quatre
jugères [ 130]. L ’épine, mesurée sur la coupe, a près de quatre toises [vingt-un
pieds au moins] de largeur; ce qui réduit celle de l’arène, de chaque côté de
l’épine, à douze toises moins dix-huit pouces. Cet espace étoit donc évidemment
trop étroit pour des courses de chars , et il est facile d’en juger en le comparant
aux chaussées ordinaires de nos grandes routes, qui ont trois toises de largeur pour
permettre à deux voitures, ayant une vitesse médiocre, de se croiser sans péril. On
peut en faire une comparaison plus directe encore avec la largeur des hippodromes
de l’antiquité les mieux connus [ 1 30] ; elle viendra tout à 1 appui de 1 opinion
que j’ai émise, et sa conséquence sera que cette place étoit seulement destinée à la
course pédestre. Je m’en assure encore d’une manière plus positive, en trouvant,
dans la géographie du Voyage du jeune Anacharsis, la largeur du stade d Olympie
absolument égale à celle du monument Alexandrin.
Comme les dimensions des arènes antiques auxquelles je veux comparer celle-
ci, nous sont données d’une manière générale dans la note 130 des Eclaircissemens,
sans rien spécifier relativement à la spina, je prendrai la longueur intérieure
entre les deux extrémités du stylobate; hypothèse la plus défavorable a la mienne.
Or je trouve sur le plan que cette distance est de deux cent quatre-vingt-quatre
toises un tiers, ou trois stades infiniment justes, c’est-à-dire, les trois quarts delà
longueur des cirques et hippodromes, laquelle étoit communément de quatre
stades [ou trois cent quatre-vingts toises]. Il n’y a pas de doute que ce ne soit le
stade Olympique qu’il faut employer ici, parce que les jeux de la course à pied, et
cette p ace quon y avoit destinée dans une ville telle qu’Alexandrie, étoient
d institution Grecque ( i ).
^ On sait que par toute la Grèce on nommoit stades les lieux destinés à la course
a pied ; et quoique leurs dimensions et la mesure appelée de ce nom aient sensiblement
varié, sur-tout dans les premiers temps, la grandeur de ces emplacemens
pour la course n’outre-passa pas certaines limites et se rapportoit au stade Olympique.
Ainsi il y avoit, outre le diaule pour la course pédestre, l'liippicon, qui
servoit aux jeux de l’hippodrome.
La forme générale de cette arène vient encore confirmer mes conjectures.
Cette forme très-alongée et symétrique est bien celle des stades qu’on trouve dans
les gymnases et palestres d’Athènes, dans ceux de Byzance, d’Olympie [ 13 r ], &c.
S il n est pas parfaitement certain que les stades étoient toujours fermés aux deux
bouts par des demi-cercles égaux, comme celui d’Alexandrie, du moins est-il vrai
que tous les cirques Romains étoient terminés par une ligne droite à l’une de
leurs extrémités pour ranger les chars; chose qu’on ne trouve point dans ce stade
bien caractérisé. On ne peut même pas l’appeler de ce nom de cirque, qui n’étoit
chez les Latins que le synonyme de l’hippodrome des Grecs. Je suis donc de plus
en plus convaincu que cette place n’a pu servir qu’à la destination que j’ai
annoncée, ou à des jeux analogues, tels que la lutte, le pugilat, le disque ou le
palet, le saut, le javelot [ 13 2 ], &c.
C est une chose remarquable que l’accord qui existe ici entre cette ruine et les
notions historiques sur les exercices qui se pratiquoient dans le stade. Il est également
intéressant d’avoir maintenant un théâtre spécial de la course à pied chez les
anciens, monument qu’on ne trouve nulle part, que je sache, parmi ceux de
1 antiquité, ou qu’on ne voit, du moins, que dans les indications incomplètes qui
nous sont fournies sur ceux que j'ai précédemment cités. Tous les commentaires
qu’on a faits , avec des recherches si pénibles, sur cette sorte d’exercice gymnastique
, et pour le nombre ou la durée des courses, peuvent s’éclaircir au moyen
de ce dessin. La plupart des conjectures qu’on a émises sur les usages qui s’obser
voient dans ces jeux, sur la distribution des spectateurs ] &c., trouvent facilement
ici leur vérification ou leur rectification.
Ainsi 1 on n avoit pas pu jusqu’à présent déterminer la largeur des stades ; et nous
la trouvons bien clairement exprimée, ou du moins nous voyons une de celles
qu on leur donnoit quelquefois ; car il paroft que ces dimensions étoient bien plus
variables qu’on ne l’avoit cru. On pensoit encore que l’arène pour la course pédestre
n avoit jamais (disoit-on positivement) qu’un stade de longueur; et nous
découvrons ici Ja preuve du contraire [133]-
, Je n al Pas prétendu, dans tout cet examen, déterminer les formes et les dimensions
des diverses, places consacrées aux jeux publics des anciens ; matière obscure,
féconde en données variables et incertaines, quia fait faire, jusque dans ces derniers
(.) Je dis sur-tou, dans Alexandrie, ville Grecque, exercices auxquels elles étoient destinées paroissent être
parce que les grandes places carrées de Thèbes et les de nature et d’origine différentes.