
Indépendamment de la restitution de i’édifice consacré à Vulcain, il y auroit
à examiner d’autres points non moins curieux, et sur lesquels malheureusement
on n’a pas plus de lumières. Que faut-il entendre par la statue de l’Été et celle
de l’Hiver, colosses que Rhampsinite éleva en face des propylées du couchant
la première regardant le nord,et l’autre le midi ( i )! Quels attributs distinguoient
ces deux saisons! On sait que les Égyptiens divisoient l’année en trois saisons
et non pas en quatre : la plus fâcheuse en Ëgypte, correspondant à lepoqué
de notre printemps, c’est le moment des vents du khamsyn; est-il permis de
le prendre pour l’hiver, pour le temps froid, qui arrive à la même époque que
chez nous! J’en doute. A u reste, on conçoit comment la statue tournée vers
le nord correspondoit à l’été, puisque c’est à cette époque que le soleil est le
plus près de la partie boréale.
Il résulte de la description d’Hérodote, qu’outre le temple de Vulcain il y
avoit au midi de cet édifice un quartier des Tyriens, avec une enceinte sacrée
dédiée au roi Protée, ainsi qu’un petit temple consacré à Vénus étrangère, par
allusion, dit l’historien, à l’hospitalité qu’Hélène, fille de Tyndare, reçut de ce
prince contemporain de la guerre de Troie. Ces traditions sont obscures et
dépourvues de documens historiques. Il n’est pas facile de comprendre comment
le successeur de Sésostris, qui a été suivi de tant de rois fidèles au culte national,
osa ériger un édifice religieux quelconque à une simple mortelle, et à une
femme Grecque. Les Égyptiens ont-ils jamais été assez sensibles à la beauté
étrangère pour lui élever des temples en présence de ceux de Phtha, d’Osiris
et d’Isis! On auroit besoin de puiser aux sources originales des traditions quel
consulta superficiellement Hérodote, pour asseoir son jugement sur ce trait de |
l’histoire de Memphis; quant à moi, bien que Strabon dise qu’il y avoit un |
temple de Vénus, divinité Grecque (2), je pense que la Vénus Égyptienne, Atkr, \
qui avoit beaucoup de temples en Égypte, en eut un aussi à Memphis, et que I
là-dessus les Grecs bâtirent un rapprochement dont le but étoit de prouver la |
réalité des événemens de la guerre de Troie.
Hérodote cite encore un édifice bâti par Psammétique, au midi du temple |
de Vulcain (ou vis-à-vis les portiques du midi) : c’étoit un bâtiment en formel
de péristyle, où l’on nourrissoit, dit il, le dieu Apis; au lieu de colonnes, le|
» dans nos relations commerciales avec eux, avons pu I
» nous instruire exactement par leur secours de l’histoire I
» d Égypte, à dater du règne de Psammitichus, et sous I
* Ies rois <Iui M ont succédé ; car ces Grecs sont les I
» premiers étrangers qui, parlant une langue différente
» de celle du pays, I ont habité. On voyoit encore de mon
» temps, sur les terrains d’où on les avoit tirés pour 1«
» faire venir a Memphis, des restes de leurs chantiers
» et les ruines de leurs habitations. »
( i ) Larcher ( tome I I , page 95, édit. de 1802)a traduit
: «Lu ne au nord, les Égyptiens l'appellent Èté;
» 1 autre au midi, ils la nomment Hiver. »
(2 ) Strab. Geogr. Iib, x v n , pag. 807. Voyez ci-
après.
péristyle
» et donna a ces deux établissemens le nom de camps.
» Après leur avoir distribué ces terres, il remplit égale-
» ment les autres promesses qu’il leur avoit faites. Enfin
» il leur confia des enfans Égyptiens pour apprendre la
» langue Grecque; et c’est des Egyptiens instruirá de cette
» manière que descendent ceux qui servent encore au-
»•jourd’hui d interpretes. Ces Ioniens et ces Cariens ha-
» bitèrent pendant long-temps les terres qu’ils avoient
» reçues ; elles sont situées vers la mer, un peu au-des-
» sous de Bubaste, près de la bouche Pélusienne du Nil :
■»mais par la suite le roi Amasis les en retira pour les
» établir à Memphis, et se faire garder par eux contre
" les Egyptiens mêmes. C'est seulement depuis l’époque
» de leur établissement en Égypte que nous autres Grecs,
péristyle étoit supporté par des colosses de ,12 coudées de haut. La description
est incomplète; elle semble désigner une de ces cours péristyles qui séparent à
Thebes les différentes portes de 1 édifice principal. Enfin nous voyons qu’Amasis
construisit un temple vaste et admirable, consacré à la déesse Isis; mais rien dans
Hérodote ne nous apprend le quartier qu’il occupoit, ni en quoi consistoit ce
monument Le passage suivant de Strabon confirme la proximité du temple
dApis et de celui de Vulcain; le voici dans son entier : «Memphis, résidence
» des rois Egyptiens, est elle même peu éloignée .( de Babylone )• car on ne
» compte que trois schoenes depuis le Delta jusqu’à cette ville. Elle renferme
»des temples; entre autres, celui d’A pis, qui est le même qu’Osiris : c’est là
»quon nourrit, dans ,un sêcos, le boeuf Apis, qui passe pour un dieu, ainsi
» que je 1 ai dit En avant du sêcos est une cour dans laquelle se trouve
»un autre sêcos pour la mère d’Apis : c’est dans cette cour qu’on le lâche à
» une certaine heure, principalement pour le montrer aux étrangers; car, quoi-
» quils puissent le voir dans le sêcos à travers une fenêtre, ils desirent aussi le
» voir dehors : après lui avoir laissé faire quelques sauts dans la cour, on le fait
»rentrer dans sa demeure. Près du temple d’Apis est celui de Vulcain, édifice
»magnifique, dont la construction a dû coûter beaucoup, soit à cause de la
i grandeur du naos, soit pour tout ce qui s’y trouve. Un colosse monolithe
»est placé en avant du temple, dans le dromos, où l’on fait combattre des
»taureaux les uns contre les autres; on les élève à ce dessein, comme on
»eleve des chevaux (pour la course) : à peine sont-ils lâchés, qu’ils se battent;
» et Ion.décerne un prix à celui qu’on juge le vainqueur. II y a aussi à Memphis
»un temple de Vénus, regardée comme une divinité Grecque; d’autres disent
» que ce temple est consacré à la Lune. On trouve de plus un temple de Sérapis
»dans un endroit tellement sablonneux, que les vents y amoncellent des amas
» de sable, sous lesquels nous vîmes les sphinx enterrés, les uns à moitié, les
»autres jusqua la tête : d’où l’on peut conjecturer que la route vers ce temple
» ne seroit point sans danger, si l’on étoit surpris par un coup de vent. La ville
»(de Memphis) tient le premier rang après Alexandrie; elle est grande, bien
»peuplée, comme celle-ci, d’habitans de différentes nations. Des lacs s’étendent
» en avant de la ville et des palais royaux, maintenant en ruine et déserts. Bâtis
»sur une hauteur, ils se prolongent jusqua la partie basse de la ville; au pied
» de cette hauteur on voit un bois et un lac ( 1 ). »
Le dromos dont parle ici Strabon est défini dans la description générale des
temples d’Egypte : non-seulement il y en avoit un au temple de Vulcain mais
Hier1 nous apprend que le temple d’Apis en avoit plusieurs; il rapporte que le
boeuf Apis avoit des dromos et des gymnases [ 4 ,0 '^ ^ « „ % < ] (->). Strabon
est le seul auteur qui fasse mention des combats de taureaux donnés en spectacle
dans ces dromos, destination bien différente de tout ce que l’antiquité raconte
sur le fameux taureau de Memphis. J’ajouterai que le mot dont il se sert pour
exprimer la demeure d’Apis, peut s’interpréter indifféremment par étoile
(■) Strabon, liv. x v n , pi 807, t. V de la trad. Franç. (2) Ælian. Iib. XI, cap x
A. D. g