
[143] La circonférence de l’enceinte Sarrasine, mesurée sur la pl. 8 4 , E. M .,
est d’environ quatre mille trois cents toises, un peu plus de deux lieues de poste.
On peut la comparer à celle d’Alexandrie Grecque, qui étoit de onze mille
trois cent quarante toises, et dont il a été question pag. 64 et 65 du texte ; et
à celle d’une ville Française bien connue, Bordeaux, par exemple, qui a avec
elle quelques rapports peu éloignés que je vais établir. Le pourtour de la partie
de Bordeaux couverte de maisons étoit, avant la révolution, d’environ cinq mille
cinq cents toises. On peut comparer encore l’étendue de la ville Arabe avec celle
du Kaire, qui a près de vingt-quatre mille mètres ou douze mille toises de circonférence,
et qui nous servira à évaluer la population de la première d’une manière
assez satisfaisante, à cause de la similitude qui a dû exister entre les usages des
habitans musulmans d’Alexandrie et du Kaire, tels que ceux de n’avoir qu’un ou
deux étages à leurs maisons et de n’y loger qu’une famille.
La superficie de la ville Sarrasine, mesurée sur la même planché 84, est de sept
à huit cent mille toises. On peut aussi la rapprocher de celles des villes désignées
dans les pages 64 et 6y , citées ci-dessus. On verra, comme je l’ai annoncé dans
le texte correspondant à la présente note, que cette surface est bien au-dessous
de la moitié de celle de la ville Grecque. On reconnoîtra encore qu’elle est inférieure
à celle de Bordeaux, que je trouve d’environ un million trois cent quatre
mille cinq cents toises, et dont on évaluoit la population, avant 1789, à près de
cent mille ames. Mais, d’après ce que je viens de dire de la similitude des usages
du Kaire avec ceux d’Alexandrie Arabe, c’est avec la première de ces deux villes
qu’il convient le mieux de confronter la seconde pour se faire une idée suffisante
de ce qu’elle fut autrefois, et du sort que subit la cité antique. Or la superficie du
Kaire est de 7 9 31"“ ,o 4"' [23 20‘rp',6 = 2088540 toises carrées]; et sa population,
de deux cent cinquante mille habitans environ ; ce qui donneroit, par analogie,
quatre-vingt-dix mille habitans pour la ville Sarrasine, et feroit voir combien
l’Alexandrie Grecque fut réduite en population et en prospérité, dans son passage
sous la domination des gouvernemens musulmans.
[ 144] La ville des Arabes étoit encore florissante au xm .c siècle, suivant
Abou-l-fedâ. Ses rues étoient alignées en échiquier, forme qu’il étoit impossible
de ne pas conserver comme un reste de la distribution intérieure de la ville
Grecque, dont on ne rasa et ne rebâtit certainement pas toutes à-la-fois les maisons
habitées. Elle avoit conservé une partie de ses grands édifices internes, et
continuoit de commercer au loin par les deux mers, et même encore un peu
par le lac dans le temps des crues. J’ai dit ce qui subsistoit alors du célèbre phare
de Philadelphe : la conquête des Turcs acheva la décadence de l’antique cité, et
la population se porta toute vers la ville moderne.
[ 14.5 ] L ’enceinte Sarrasine peut encore servir de défense dans certains cas,
et contribue du moins efficacement à arrêter les brigandages des Arabes. Malgré
les dispositions prises par les Mamlouks et la résistance de leurs troupes, une
poignée de Français nouvellement débarqués, sans artillerie et presque sans munitions,
l’emportèrent à l’escalade en peu d’instans. C ’est sur le front qui s’étend
devant nous, qu’ils dirigèrent leur principales attaques et que le général Menou
et l’illustre Kléber furent blessés. Pendant le siège qu’un reste de ces Français
soutinrent ensuite, à la fin de l’expédition, ils tirèrent parti d’une portion de
l’enceinte, du phare, du fort triangulaire, &c., pour former une ligne de défense
flanquée par des redoutes coupées dans les plus hautes collines de décombres,
et dont quelques-unes avoient été successivement revêtues : mais les ruines qui
les entourent en rendent les approches trop faciles, et ne permettent pas à cette
fortification de résister plusieurs jours à une attaque régulière. Quelques-unes des
constructions Françaises, quelques pans de vieux murs réparés, ont été conservés
par les Turcs, et pourroient, avec des travaux additionnels, acquérir une certaine
importance ; mais ils deperissent de nouveau par la négligence du gouvernement,
et ne peuvent etre regardes comme des ouvrages respectables que pour
les habitans et les troupes du pays, peu initiés dans l’art militaire.
[ 146 ] On cultive dans les jardins de l’Alexandrie Arabe, à force de travail
et d’arrosage , outre les plantes potagères, le dattier, le henné, le sébestier, le
citronnier, l’oranger, le figuier, le mûrier, le jujubier, l’abricotier, le prunier et
le grenadier. Ces trois derniers arbres à fruit y sont cependant assez rares.
[147] H est possible aussi, et même plus vraisemblable, ce me semble, que
les débris immenses de poteries quon trouve par tout le sol d’Alexandrie, proviennent
de la destruction annuelle des chapelets à pots dont on se sert pour faire
passer des puisards dans les citernes les eaux amenées par le khafyg.
ANCIENNE BASILIQUE DITE DES SEPTANTE, OU MOSQUÉE
DES MILLE COLONNES.
[>4 8 ] L ’emploi du mot basilique, pour désigner cet édifice, exige une explication.
Les Romains appliquèrent ce nom à de beaux bâtimens ( /3a.cnXix.ot, maison
royale) construits à côté des forum et où les magistrats rendoient la justice,
lorsque Je mauvais temps ne leur permettoit pas de siéger en plein air. Les premiers
édifices que Constantin et les autres empereurs Romains ses successeurs
consacrèrent à la religion chrétienne, étoient sans doute de ce genre, ou du
moins ils portèrent le nom de basilique, conservé par les Romains modernes
aux anciennes églises et à celles qu’on a quelquefois bâties au-dessus, comme
on le voit à Saint-Pierre de Rome et à d’autres églises. Le nom de basilique, ou
bâtiment royal, convient donc à cet emplacement, qui a pu recevoir des souverains
de l’Egypte plusieurs destinations successives, comme il étoit d’usage de
le faire' dans ces temps-là, c’est à-dire qu’il a pu être affecté par Ptolémée-Philadelphe,
si l’on adopte la tradition qui le rapporte, aux réunions des soixante-
douze docteurs Juifs; ensuite, par les empereurs Romains, à un forum judiciale ;
puis, par les empereurs Grecs, aux cérémonies de la religion chrétienne ; et
enfin, par les califes, au culte musulman.
[ 149] Quelques traditions confirment l’antiquité de la mosquée des mille
Colonnes elle-même, et porteroient à penser qu’elle étoit construite sur quelque
basilique de la primitive Église ; car on prétend qu’il y avoit là une église de