
Le poids et les autres détails que j’ai donnés sur ces monolithes doivent faire
Lien apprécier le mérité de ces monumèns, l’importance que tous les peuples y
attachèrent, la grandeur du travail du chevalier Fontana, qui en transporta et
érigea un si grand nombre sous le pontificat de Sixte-Quint, et i’immensité des services
que ce pape et quelques-uns de ses prédécesseurs ou successeurs; rendirent
aux arts. Pourquoi les modernes Européens n’auroient-ils pas fait une entreprise
aussi hardiè que celles des anciens et des nouveaux Romains en transportant ces
deux obélisques sur notre sol! Le rocher de Pétersbourg, amené d’assez loin, ne
pesôit-il pas près de deux millions de livres de plus que l’obélisque debout!
- [8 1 ] L ’opposition entre lè poli de la surface générale des obélisques et le mat des
reliefs en creux indique que ce poli a été donné par un frottement uniforme sur
toute la superficie; que les figures, gravées avant ou après cette opération, s’ache-
voient plus tard, et que les anciens Egyptiens avoient des méthodes particulières
pour polir les petites surfaccsen bosse. On voit effectivement dans la haute Egypte
des obélisques dont les sculptures sont polies, et d’autres où elles ne le sont pas.
Ce travail devoit être très-long et très-dispendieux à cause de la dureté de la matière.
C ’est pour cela, sans doute, que plusieurs de ces grands monumens ont été
élevés avant d’avoir pu être perfectionnés. Ils étoient assez prodigieux sans cela.
[82] Sàns faire un système exprès pour expliquer les motifs dè l’érection de
ces obélisques, il me paroît tout shnple, en se rapprochant du sentiment général
de Pline, de supposer qu’en ornant ces monumens d’hiéroglyphes, l’intention a
été la même que cellè qui a fait couvrir de ces figures et caractères toutes lés surfaces
des niurs et plafonds des temples devant lesquels on les avoit placés. C ’étoit
à l’entrée d’un temple qu’étoientles deux aiguilles de Philoe, et probablement aussi
celle A’Heliopohs. Nous verrons qu’en cela Philadelphe imita les Egyptiens dans
l’emploi des obélisques d’Alexandrie. Ils étoient donc, comme les autres, lerecueil
des préceptes de la religion, de la philosophie, de l’histoire et de toutes les sciences.
Ces monolithes servoient en même temps à décorer l’entrée des palais. Les deux
de Louqsor, et les quatre de Karnak, dans Thèbes, sont placés aux diverses entrées
de deux palais. Pline dit encore que Ramessès, au temps de la prise de Troie, en
plaça un dans l’endroit où fut le palais de Mnëvis. Peut-être alors, étoient-ils consacrés
à la gloire des souverains ; leurs inscriptions n’étoicnt pas entièrement religieuses,
et avoient rapport à cette autre destination. Pline dit effectivement que
Mestrès, qui régnoit à Thèbes, et qui fut le premier à élever des obélisques, en avoit
reçu l’ordre en songe, comme le portoit l’inscription. Mais rien n’empêche d’ailleurs
de supposer que les anciens rois d’Egypte, si soumis à la direction des collèges des
prêtres, consacroient dans leurs demeures des emblèmès purement religieux.
[83] Ce qui a pu donner lieu à l’opinion que les anciens Égyptiens se servoient
de ces aiguilles comme de gnomons, c’est que les Romains en appliquèrent une à ce
dernier usage; et l’on en aura conclu qu’ils avoient en cela copié ce qu’ils avoient
: vu en Egypte. Cependant Pline ne l’assure pas; il n’en parle même pas à l’occasion
de tant d’obélisques transportés à Rome par les empereurs Auguste, Caligula
et Claude. Il ne le dit que de celui d’Auguste dans le Champ de. Mars ; et il se
sert de 1 expression remarquable, addidit ( mirabilem usum ad depreliendendas solts
umbras, ¿rc.J. Lorsque Benoît X IV fit déterrer cet obélisque dans son ancien
emplacement, pour l’ériger ensuite vers le milieu du dernier siècle, on trouva
quelques morceaux du cadran, composé de règles de bronze enchâssées dans des
dalles de marbre.
[84] L ’expression sunt. d u même Pline, sur la présence, de son temps, des deux
obélisques de Mesphéès à Alexandrie, achève de prouver que ce ne sont pas ces
deux dont immédiatement après il décrit l’enlèvement par Auguste et Caligula.
De ce que Strabon ne parle point de nos monolithes, on n'est pas forcé de conclure
qu ils ont été dressés là postérieurement à son Voyage : car il est beaucoup
d’autres objets qu’il passe sous silence; et lorsqu’il cite le Coesarium lui-même, il
ne donne qu’une nomenclature sèche d’une foule de monumens tout aussi merveilleux.
L ’agencement des fondations antiques placées auprès des obélisques
d’Alexandrie au bord de la mer, et sur lesquelles s’élèvent des constructions Sar-
rasines,, confirme encore ce que j’ai conjecturé sur l’histoire de ces deux monolithes,
et prouve que les Arabes ont ménagé le sol sur lequel se trouvoient ces
fondemens pour y bâtir eux-mêmes à leur tour.
En supposant la coudée Égyptienne de vingt pouces six lignes, suivant l’estimation
ordinairej on a, pour les quarante-deux de Pline, soixante-onze pieds
neuf pouces, qui s’éloignent bien plus des deux différentes hauteurs de nos deux
obélisques que les cinquante-neuf pieds huit pouces qu’on trouve en évaluant la
coudée à quatre cent soixante-deux millimètres, comme l’a fait M. Jomard dans
son Mémoire sur le système métrique des anciens Egyptiens. Il faudroit, pour adopter
la première hypothèse, supposer que le plus petit des deux monolithes a été
rogné de sept pieds neuf pouces; or nous avons vu que cela étoit peu probable:
la seconde ne donne que deux pieds dix pouces de différence ; elle est donc bien
préférable, et mes conjectures, ainsi que le témoignage de Pline, se vérifient
en s’accordant ici d’une manière très-satisfaisante.
[ 8 5 ] Le voisinage de la tour antique que nous verrons bientôt, ne s’oppose point
à ce que l’axe du temple de César soit dirigé du sud-est au nord-ouest, parce qu’il
y a suffisamment d’espace entre ces deux monumens. D ’ailleurs, la tour peut avoir
été bâtie beaucoup plus tard, ou même avoir eu certains rapports avec le temple. Sa
forme cylindrique est celle de la plupart des grands tombeaux Romains, tels que ceux
de Plautius près de Tivoli, de Cécilia Métella et d’Adrien, encore subsistans, celui
d’Auguste, &c. ; et l’on ne peut refuser de convenir que les rapports que je suppose
entre un tombeau et un temple élevé en l’honneur d’un homme, sont assez naturels.
La mer a tellement rongé et ensablé alternativement toute cette côte, que le fond ,i jf\
du Coesarium peut très-bien aussi s’être avancé autrefois sur l’ancien rivage ( 1 ).
[86] Ces honneurs divins décernés par le sénat à César, et qui furent
depuis si servilement prostitués à ses successeurs et à leurs femmes, étoient déjà
anciennement en usage à Alexandrie à l’égard de personnages non moins cruels,
insensés ou corrompus, les membres de la dynastie des Ptolémées ; mais, si
(1) Voyez la page 44 W *a Description.
A . D . * E