
ancien palais ou du plus magnifique temple de la vieille Egypte. Plusieurs maisons
modernes, ont des cours et des galeries ornées de colonnes antiques de granit.
La distribution intérieure qui en résulte, et qui est particulière aux maisons
d’Alexandrie, est très-agréable, comme on peut le voir dans les planches. Elle me
paroît .être une suite des bons modèles d’architecture que les Alexandrins ont toujours
eus autour d’eux.
Les Turcs emploient encore des colonnes de marbre dans leurs édifices de la
nouvelle ville. Elles proviennent aussi de la destruction des monumens de la
cité d’Alexandre. On voit tous les jours ces hommes aller les déterrer dans les
ruines ; mais la mine s’épuise. On scie par tranches les fûts de toute espèce et on
les emploie à faire des meules que fait tourner un seul cheval ou même un âne.
Les moulins de ce genre sont encore plus nombreux à Alexandrie que dans le
•reste de l’Egypte. .
G R A N D P O R T .
[6 J ] « Depuis le promontoire de Libye, dit Diodore, jusqu’à Joppé en Ccelé-
» syrie, ce qui fait un espace de,cinq mille stades » [deux cent huit lieues de
France, distance un peu trop foible ], « il n’y a de port assuré que le Phare. » Ce
dénûment de refuge est vraiment remarquable dans une aussi grande étendue de
la Méditerranée, et fait bien sentir le prix de l’asile qu’offroit Alexandrie. On voit
ici que le port et la ville elle-même sont désignés par le mot Phare, comme dans
Homère. Nous remarquerons effectivement, dans Plutarque, que Cléopatre se
désignoit par le titre de reine du Phare, à cause de la magnificence et de la célébrité
de ce lieu et de ses monumens.. « Tout le reste, continue Diodore, est
» une rade dangereuse pour ceux qui ne l’ont pas fréquentée. Les uns, croyant
» aborder, échouent et brisent leurs vaisseaux sur des rochers couverts; les autres,
» ne découvrant pas l’Egypte, qui est fort basse, d’assez loin pour choisir un endroit
» propre à une descente, vont prendre terre en ces lieux marécageux, ou sur des
» sables déserts dont nous avons dit qu’elle étoit entourée ( i ). » Ammien Mar-
cellin rapporte à son tour (a) « qu 'avant la construction du phare, les navires qui ve-
» noient de la Grèce, de l’Italie ou de la Libye, côtoyant des rivages sinueux et dé-
» pouillés, sans apercevoir aucune montagne ou colline qui leur servît de repère,
» s’échouoient et se brisoient sur une plage sablonneuse, molle et tenace. » Ajoutez
que, vu l’aplatissement de la côte, qui ressemble parfaitement à l’estran des côtes de
Flandre, si dangereux pour les vaisseaux, la mer brise à des distances énormes : aussi
avons-nous vu, pendant l’expédition d’Egypte, beaucoup de bâtimens y échouer.
[6a] Tous les rochers de la mer d’Alexandrie, étant d’une médiocre dureté,
ont été rongés par la mer; mais l’extrémité du promontoire de Lochias, plus
exposée aux courans habituels et aux vents violens, a été plus corrodée que l’île
Pharos elle-même. Le Diamant n’a été détaché de cette île que. depuis peu de
siècles. Il fait bien sentir l’étranglement de l'ancienne entrée du grand bassin.
Les bas-fonds, restes de l'Acrolochias, sont couverts d’une petite hauteur d’eau.
( i ) Traduction de l’abbé Terrasson. (2) Livre XXII.
Une
Une bonne opération que j aurois proposée, si nous avions eu des projets généraux
à rédiger pour les ports d’Alexandrie, eût été de joindre le plateau du Phare
au Diamant, en prolongeant par des enrochemens la digue moderne. Le maximum
de la profondeur de la mer en cet endroit n’est que de quinze pieds. La
lame entreroit avec moins de violence, et la partie du port la plus avantageuse
augmenteroit en surface ; car c’est le long de cette digue qu’on mouille, et les
vaisseaux de guerre, qui tirent plus d’eau, jettent l’ancre dès qu’ils ont doublé
le Diamant. Après la passe, en se dirigeant vers le pharillon, on trouve le fond à
cinq ou six brasses, mais sans etre abrité ; e t, en s’en approchant encore davan-
tage, on rencontre le rocher plus près de la surface de l’eau. Une autre chose
extrêmement utile seroit de rouvrir au moins un des passages du grand port dans
lEunoste, a travers 1 isthme, et de rétablir le plus loin possible, par des enrochemens,
la pointe de l'Acrolochias. A u surplus, tout avoit été si favorablement
disposé par la nature et si ingénieusement modifié par les anciens pour le perfectionnement
des etablissemens maritimes d Alexandrie, que le meilleur système
à suivre, dans un projet général, seroit de tâcher de rétablir ce qui existoit autrefois
: aussi s’est-on beaucoup rapproché de cette idée dans la .partie du Mémoire
sur la communication de la mer Rouge à la Méditerranée qui concerne Alexandrie
[ 6 3 ] Comme Pline et Solin parlent ici des dangers de la côte d’Alexandrie et
de l’utilité du phare qui marquoit les entrées ou les approches de la ville, laquelle
sétendoit particulièrement sur le port principal, ils ont voulu peut-être aussi
désigner, outre la passe propre du grand port, les deux autres qui sont assez près
de l’île et de la tour du phare, à l’ouest du cap des Figuiers ( 1 ), et qui conduisoient
a Alexandrie parie port dEunoste, ou bien enfin les deux canaux voûtés qui, de
ce dernier port, conduisoient dans le grand, en traversant 1 ’Heptastadium.
[64] Il etoit encore indispensable pour les habitudes des anciens, comme il
lauroit été aussi pour les nôtres, de resserrer ce port et de l’enclore davantage
par 1 Heptastadium, afin d’arrêter la communication des vagues et des courans par
le derrière de l’île Pharos : aussi le Commentaire de César de Bello civi/i repré-
sente-t-il toujours cette île comme ayant servi à former le grand port.
[65] P°ur créer un port bien approprié à leurs usages dans la rade occidentale,
les anciens auroient été obligés de le construire en entier, au moyen d’ouvrages
propres a le limiter. En laissant, comme ils l’ont fait, le port d’Eunoste tel qu’il
étoit, celui-ci se réduisoit pour eux à une assez médiocre surface, et ils ne pou-
voient le regarder comme le port par excellence ; aussi ont-ils donné ce titre à
celui du levant. On 1 appelle aujourd’hui port neuf, par opposition avec le surnom
de vieux donne, on ne sait pourquoi, par les modernes, au port d’Eunoste. Il
paroît pourtant qua l’époque de la translation de la ville dans l’isthme, on fit dans
le giand port plusieurs ouvrages neufs, comme les digues en enrochemens, les
cales, embarcadères, &c. On fonda les établissemens propres aux relations avec
les étrangers, comme la douane, le fort, le quartier des consulats, les o’kel, et
on laissa dans le port vieux, qu’on réservoit exclusivement aux Musulmans et à
(1) Sur la planche j i , elles sont nommées passe des djermes et petite passe.