
actuels, lé commerce, l’industrie, les moeurs, les lois, Jes usages et les cultes
modernes, &c. Jjtvoue cependant qu’il est à regretter que cette ville puisse ainsi
faire l’objet de deux écrits "distincts; ce qui ne peut manquer de nuire à l’unité
des notions que nous donnerons sur son existence, et à la suite de son histoire.
Ce partage forcé est encore une circonstance qui n’appartient qu’à Alexandrie, et
qui provient de ce qu’aucune autre cité de l’Egypte n’a conservé son emplacement,
son même nom et son importance depuis les temps anciens jusqua nos
jours. Pour remédier autant qu’il est possible à.cet inconvénient, j’aurai soin,
dans les rapprochemens dont je viens de parler , de laisser à notre collègue
M. Gratien Le Père la description détaillée de. l’état moderne de chaque chose
depuis l’hégire, et le récit circonstancié des evénémèns à partir de la même
époque, ou plus précisément depuis la conquête d’A ’mrou.
Voici, au reste, la marche générale que j’ai suivie le plus constamment et
avec le plus d’uniformité que je l’ai pu dans chaque article de ma Description :
i l j’examine en détail les antiquités existant sur chaque point, ou l’emplacement
seulement, lorsqu’il n’offre pas de vestiges antiques remarquables; z." dans le premier
cas, je dis ce qu’étoient ces ruines, et dans le second, cet emplacement, et
je décrisTdaprès les auteurs anciens, le monument antique que je crois y avoir
été élevé; 3.0 j’indique ce que l’objet ou le lieu est devenu, et son état actuel;
4 ? je rappelle brièvement les événemens remarquables qui s’y sont passés- lorsqu’ils
ne forment pas une suite historique ancienne, et propre à être rangée dans
ta II.' partie ( Considérations générales et historiques) , ou dans la III.' partie ( Rc~
cherches et Ec/aircissemens) .
A P E R Ç U C H R O N O L O G I Q U E E T GÉNÉRAL.
t . P É R I O D E .
[2] On pourroit diviser toute l’histoire de l’Egypte, par rapport à Alexandrie,
en trois grandes parties parfaitement distinctes, qu’on appelleroit histoire ancienne,
histoire moyenne, et histoire moderne. C ’est à la première qu il faudroit rapporter tout
ce que nous savons ou voyons encore de merveilleux sur l’antique Egypte ; ses rois
naturels, appelés Pharaons par l’Écriture; sa mythologie, ses sciences, ses lois et
ses vieilles moeurs; ses villes de Thèbes, Memphis et autres; ses pyramides, obélisques,
temples, grottes, palais, lac Moeris, travaux du Nil et autres monumens:
à la seconde, tout ce qui est la suite des relations de l’Egypte avec les peuples
dont nous commençons dès-lors à avoir l’histoire presque contemporaine,
depuis la conquête des Perses, e t, par conséquent, tout ce qui appartient à
Alexandrie antique fondée après l’invasion de Cambyse, époque où 1 Egypte
commençoit à devenir Grecque : à la troisième, tout ce qui regarde 1 Egypte
devenue Mahométane et Alexandrie moderne, après leur conquête par les
Sarrasins.
7 . ' P É R I O D E ,
DEPUIS LES FAT1MITES JUSQU’À SALADIN.
[3] Je n’ai point trouvé de témoignage positif sur le siège d’Alexandrie par
les Francs, dont parle d’Anville : on sait seulement que l’ambitieux et imprudent
Amauri I.'r, l’un des derniers rois Français de Jérusalem, fit, vers cette époque
(en 1 16 8 ), une première expédition contre le Kaire et Damiettë , et ensuite
une seconde contre Damiette seule. Cette dernière entreprise, plus malheureuse
encore que la première, attira Saladin dans son royaume, et en amena bientôt la
destruction. Mais il ne paroît pas que Lusignan, son gendre et son général, et
Amauri lui-même, aient passé la branche orientale du Nil pour se porter sur
Alexandrie.
D E S C R I P T IO N DES L IEUX. — S e c t . wÂ
RHACOTIS ET AUTRES QUARTIERS.
[4 ] On sait que les Egyptiens modernes sont dans l’usage de transporter hors
de leurs villes les déblais de toute espèce et les ordures de leurs maisons, et d’en
former des tas qui peu à peu deviennent de véritables collines, dont l’entrée de
ces villes est souvent masquée. A mesure que l’enceinte Arabe d’Alexandrie aura
été abandonnée, les habitans de la ville moderne, placée entièrement en dehors,
auront porté leurs décombres sur ce point. Ce qui prouve que l’enveloppe de cette
montagne est artificielle, c’est que les déblais considérables que les Français y ont
faits, ainsi que sur le fort Crétin que nous verrons, sont composés de poussière
de plâtras, de débris de toute espèce de poteries, de briques, de marbre, de granit,
dé porphyre et de haillons.
J’ai supposé qu’il pouvoit rester quelques ruines A'édifices antiques au-dessous ; et
la pratique Égyptienne que je viens de citer, loin de détruire ce soupçon, vient
au contraire le confirmer : car on a pu constamment observer, dans la haute
Egypte, que les habitans des villages bâtis sur les plafonds ou dans le voisinage
des temples ont choisi pour dépôt des immondices l’intérieur et les cours de ces
édifices, qu’ils en ont entièrement encombrés.
II est probable aussi que les Alexandrins ont voulu former en même temps
par ces dépôts une hauteur qui pût, avec le phare moderne, servir de balises aux
marins, aider à découvrir en mer et remplacer en partie l’ancien phare.
[5] Strabon, dont il est question pour la première fois dans cet article du
texte, étoit natif d’Amasie en Cappadoce. Il florissoit sous Auguste et sous
Tibère, et écrivoit sa Géographie dans les premières années de ce dernier empereur,
au commencement de la 4 -' période de notre Aperpt historique, et, par
conséquent, pendant les beaux temps d’Alexandrie. II fut philosophe et historien;
mais son plus beau titre est celui que lui donne sa Géographie, le seul de ses
ouvrages qui nous soit parvenu. Il avoit voyagé en divers pays, et notamment
depuis l’Arménie jusqu’au fond de l’Arabie, et en Egypte. Il donne dans son
A. D . * A 1