
géographique d’Abydus. Depuis que les nouvelles observations faites en Égypte
ont rectifié les notions communes sur le cours du Nil{ on sait que ce fleuve, après
avoir cornu au nord, depuis Syène jusquaDenderah, pendant deux degrés (i), se
détourne brusquement à l’ouest, et coule dans cette direction pendant dix-huit
lieues. Arrivé à la hauteur d’Abydus, il change encore une fois de marche, et coule
au nord-nord-ouest. Ces changemens dans le cours du Nil netoient pas indif-
férens pour l’établissement des grandes villes, puisque le fleuve et ses bords constituent,
pour ainsi dire, à eux seuls tout le haut pays; les rochers et les sâbles
formant une barrière ^difficile à franchir, les routes sont nécessairement tracées
parallèlement au cours du fleuve, et toutes les communications suivent la même
. direction. Ces raisons, qui me paroissent avoir présidé à l’établissement d’Abydhs,
sont, aussi probablement celles qui ont fait établir le siège de Tentyris au premier
grand coude du Nil depuis Syène.
Par ces seules considérations de topographie, on auroit pu reconnoître la position
où fut Abydus, quand il n’y resteroit pas un édifice considérable, dont l’architecture
particulière ne permet pas de se méprendre ni de chercher ailleurs le palais
de Memnon. Mais, lors même que ces différentes données manqueraient, le géographe,
ayant à la main les itinéraires, ne pourroit se tromper sur l’emplacement
d’Abydus. Celui d’Antonin demande vingt-huit milles de Diospolis parva à Abydus:
or, si du village de Hoû vous portez sur la route qui suit les bords du Nil et le milieu
de la vallée, une distance d’un peu plus de quarante-un mille mètres, correspondant
à vingt-huit milles Romains (2), vous arrivez précisément au lieu appelé Mad-
founeh (3), où est le palais dont il s’agit.
Nous avons reconnu tout-à-l’heure le canal dont parle Strabon, ainsi que la
position que Ptolémée attribue à cette ville, auprès de la Libye (4).
Pline assigne sept milles et demi de distance entre elle et le fleuve ; on trouve
aujourd’hui entre Madfouneh et le point le plus près du Nil sept mille cinq cents
mètres, qui font un peu plus de cinq milles : mais la vaste plaine qui est sur la rive
droite, paraît avoir appartenu autrefois à la rive gauche, et avoir été abandonnée
par le Nil d’année en année.
11 serait superflu d’ajouter aucun autre motif pour déterminer .la position
d’Abydus; mais je ferai remarquer que la grande Oasis, aujourd’hui el-Ouah, se
trouvoitsous le parallèle de cette ville : or c’est l’opinion commune dans le pays,
que les environs de Girgeh sont dans la situation la plus rapprochée d’el-Ouah.
(1) Il y a moins de trois minutes en sus. moindre, et de 35000 mètres seulement. Voye^ mon
(2) Le mille Romain est d’environ 1478 mètres. En Mémoire sur le système métrique des anciens Égyptiens,
ligne droite et le long du désert, la distance est beaucoup (3) Mot Arabe, qui veut dire enseveli ou enterré.
(4) Q n ln ç re/eeç. 5 fs.n'içpner.iç 'Epptov T h in ite s nomus, et metropolis P to le - umt Ll[I[
HnMftaJ!............................. .................................ï p / - / . «£' r '. mais Hennii................................................. 61V jo 1 27°-to'
HvtfiudjtioçôfMicf'i&ii Sboteoç ACvefoç. Jja y. x& JLy. Postea meditcrraneus ab occasu Abydus, 61. 20. 26. jo.
Aioamxjmç vopusç aru tiimi, £ yjn\ç$- Diospolitesnomussuperiorumlocorum,
mxiç Aioamfuç ¿uk&l............................... £4' JLy. x.ç' yi. et metropolis Diospolis parva 64. 50. 26.40.
( Ptoicni. Geogr. lib. IV , cap. v. )
La latitude de Madfouneh, d’après la carte moderne, qu’il faut ajouter une correction, à toutes les latitudes de
est de 26“ 13' environ, au lieu de 26" 50' : mais on sait Ptolémée. Voy, la Descript. d’Edfoû, A. D . eh. V, S-I.
d ’ a b y d u s . CHAP. XI. ! 3
Malgré toutes ces notions, l’emplacement d’Abydus nous resta long-temps
inconnu en Egypte, à cause de sa position très-éloignée à l’égard du Nil ; on croyoit
généralement alors qu’Abydus avoit existé à Berbeh, lieu situé à une demi-lieue
de Girgeh (i) : ce fut seulement le 22 octobre 1799 , à notre passage à Girgeh,
que le commandant Français nous parla d’une graride ville ruinée, à.trois ou
quatre lieues de sa résidence ; nous nous rendîmes à ces ruines en traversant une-
large plaine. Après avoir examiné et mesuré la route qui y conduit, l’étendue-
qu’elles occupent, le monument qui s’y trouve, il ne me fut pas difficile de
reconnoître l’Abydus de Strabon, de Pline et de Ptolémée, J’ignorois alors que
d’Anville avoit déjà reconnu cette même position. Appuyé sur la carte du
P. Sicard, voyageur bien informé des particularités du pays, et sur la relation
de Granger, autre voyageur judicieux, écartant en même temps des notions peu
exactes recueillies par d’autres voyageurs, il avoit assigné la même place à Abydus,:
quoiqu’il ignorât l’importance du monument qui y subsiste encore, et la grande
étendue des ruines qui l’entourent. En se félicitant d’une pareille conformité:
d’opinion avec lui, on ne pouvoit se défendre d’admirer sa sagacité peu commune.
Cet exemple, au reste, n’est pas le seul qui fasse honneur à notre habile
géographe, qui a su le plus souvent démêler le vrai à travers les données les plus
contradictoires.
Une des circonstances les plus frappantes quand on arrive sur l’emplacement
des ruines, c’est l’ensablement dont elles, sont recou vertes isur plusieurs points ;etr
menacces sur tous les autres. Les plantations, les canaux,-et tous les moyens qu’on
avoit employés du temps de la prospérité de l’Egypte, pour préserver Abydus de
1 envahissement de*s sables de la Libye, n’ont pu sauver cette ville de sa destinée :
non-seulement la ville est en ruines, mais ces ruines sont presque ensevelies. Au
lieu dune cité florissante, ou au moins peuplée comme les villes modernes de la
haute Égypte, telles que Girgeh, Esné, Syout, &c., on ne trouve plus sur son emplacement
que deux pauvres villages peu habités, dont les masures sont exposées au
même fléau, et qui n’ont aucun rempart contre ces montagnes mobiles et dont la
hauteur croît-toujours. Les palmiers dont les décombres sont couronnés, serviront
peut-être encore quelque temps à garantir les villages d’el-Kherbeh et de Haraba,
jusqu à ce qu’enfin les uns et les autres disparaissent à leur tour sous les sables
amoncelés.
La cause de l’affluence des sables sur ce point est dans l’ouverture d’une vallée
qui correspond a la position d Abydus, et qui, dans tous les temps, a dû leur offrir
une libre issue à l’époque des vents d’ouest et de nord-ouest, qui, malheureusement
pour la rive gauche, sont les vents dominans dans le pays. Il ne faut pas douter que,
dans les localités semblables, soit par des canaux, soit par des murailles, soit par
des plantations de différentes espèces* les anciens Égyptiens ne soient parvenus à
se défendre contre 1 empiétement des sables; mais les enceintes et les canaux ont
(t) Berheh signifie temple. Au rapport du commandant il existe aux environs d’Abydus et de Hoû plusieurs po-
Français, il y a à côté un village nommé Abidou : je ne sitions qui ont un nom analogue à celui du lieu qui nous
connois auprès de Girgeh ju e le village de Byâdy ; mais occupe. Voyez pag. ,8.