
Nous croyons devoir borner ici cette revue succincte des objets antiques de
Saqqârah, puisqu’il ne. s’agit point de répéter ce qui a été dit par les. voyageurs,
mais de rapporter seulement nos propres observations.
ABOUSYR [ BUSIRIS ].
I l a déjà été question des pyramides qui sont vers le nord du village d’Abousyr,
Pour compléter ce que j’ai dit des. antiquités de ce canton, il me reste à décrire un
lieu qui est à 11 oo mètres au sud-ouest, et qui est généralement connu sous le nom
de Puits des Oiseaux : plusieurs voyageurs l’ont visité; je l’ai parcouru à mon tour,
et j’en ai figuré un plan qui peut donner une idée sulfisante de cette construction
souterraine (i). Le nombre des distributions et des galeries est très-considérable,
et il est difficile de les visiter toutes; on trouve d’ailleurs un obstacle dans l’ébou-
Jement des voûtes de ces galeries. Pour découvrir l’ouverture étroite du puits
qui est au milieu des sables (cette ouverture n’a que (2) i.m, 14), il faut être conduit
par un guide. On descend le puits, qui est profond de 6m ± (3), de plusieurs
manières, soit à l’aide d’une ou de plusieurs échelles; soit dans un panier,
par le moyen d’une corde attachée à une traverse ; soit avec le secours d’un treuil.
La chute des sables dans ce puits oblige de vider soigneusement la partie de la
galerie qui est contiguë ; et comme il seroit trop long d’attendre qu’elle fût vidce
en entier, on se décide ordinairement à franchir le col étroit formé par l’encombrement
: ce qui ne peut se faire qu’en marchant à plat ventre, et s’avançant péniblement
sur les mains, le visage plongé dans la poussière. La hauteur de la galerie
est en effet réduite ordinairement de. im,3 à un tiers de mètre (4).
On continue ensuite de marcher dans les galeries, presque toujours la tête baissée;
quelquefois elles s’élargissent et deviennent plus hautes ; généralement, les passages
sont comblés ou obstrués par les débris, et toujours d’un difficile accès. Les
carrefours sont assez fréquens. On a pratiqué ces conduits dans un terrain tantôt
calcaire et d’une médiocre dureté, ayant l’aspect d’une concrétion sablonneuse;
tantôt marneux et percé de filons minces de sel marin ou bien de gypse. Il est
malaisé de placer la boussole dans les galeries et de s’assurer de leurs véritables
directions. Après avoir suivi cinq ou six coudes, on arrive à une salle peu élevée,
où les pots de momie sont rangés l’un sur l’autre avec;régularité, lit par lit, un
bout opposé à l’autre, comme les bouteilles dans nos caves (y). La momie est I
celle de l’ibis; l’oiseau y est embaumé soigneusement et entouré de bandelettes I
artistement colorées et tressées. Le couvercle est fixé assez grossièrement avec du I
plâtre. On est étonné que, malgré cette précaution, l’animal soit généralement mal I
conservé. La masse de ces momies est ovoïde et régulière (6) ; mais, au dedans, les
os sont brisés ou détachés : très-rarement on trouve le corps ferme et compacte. Il
faut que 1 embaumement ait été vicieux; par exemple, que le bitume ait été mal I
(1) Voyez pl. 4 , A . vol. V,fig.2. (4) De quatre pieds à un. Voyez pl. 4, A . vol. I
(z) Environ quatre pieds. (;) Voyez pl. +, A . vol. V , H - 4-, y.
(3) Vingt pieds. (6) ibid. fig. 6 , 7.
choisi, I
choisi, ou employé trop chaud; ce qui aura brûlé les ossemens, les plumes et la
peau : tandis qua Thebes on trouve des ibis embaumés, non-seulement fermes
et solides, mais ayant tout leur plumage et les couleurs des plumes encore bien
conservés ( î ). Ce qui est certain, cest qui! nous a fallu ouvrir une quantité
considérable de ces poteries dans le puits d’Abousyr ( 2), pour obtenir une douzaine
de momies solides; opération fatigante, à cause de l’odeur qui s’exhale des
vases, de la poussière qui en sort et du défaut d’air.
Ordinairement, le bec de l’oiseau est replié sur le ventre, et les pattes sont relevées
en haut, les ailes recouvrant le tout, de manière à former une masse qui
prenne, après I application des bandes, une forme ovoïde très-alongée.
Les poteries avec leur couvercle ont un demi-mètre (3) de long; c’est à peu
près la grandeur de la momie elle-même. La distribution et l’agencement des bandelettes
sont tels, qu il seroit difficile de les décrire. On en a gravé plusieurs exemples
en couleur dans le volume II des Antiquités, où l’on pourra les consulter (4 ). On
ne peut que conjecturer, en voyant Je soin apporté à ces préparations, le nombre
des momies d ibis, et sur-tout leur uniformité, que beaucoup d’habitans de Mem-
phis avoient chez eux un oiseau de cette espèce, regardé comme le symbole d’un
génie protecteur ou propice, et qu’à sa mort chaque famille le déposoit religieusement
dans la catacombe dite aujourd hui le Puits des Oiseaux. Le lieu que
je décris étoit donc, selon moi, le tombeau commun des ibis. Peut-être y trans-
portoit-on, outre ceux de Memphis et des lieux environnans, les oiseaux de même
espèce entretenus dans les provinces limitrophes (y).
Le Puits des Oiseaux est placé assez loin de la butte de ruines qui est le reste
visible de Memphis ; mais l’éloignement du village d’Abousyr n’est pas moindre.
Or les antiquités qu on trouve dans ce village sont une raison de croire que la
capitale setendoit jusque là vers le nord-ouest, indépendamment des autres
motifs qu’on peut en apporter (6). Les maisons renferment en effet de nombreux
fragmens en granit ou en basalte, ornés de sculptures et de caractères sacrés, des
vases en albâtre et en pierre dure, et beaucoup d’autres débris (7). Nous aurons
bientôt occasion de revenir sur cette limite de l’ancienne capitale de l’Égypte, du
cote de 1 ouest; il suffit d observer ici que le lieu dit Busiris, auquel paroit avoir
succédé Abousyr, n’est pas cité par les auteurs comme une ville distincte, et que
rien n’empêche dépenser qu’il étoit l’un des faubourgs de Memphis : c’est là que je
présume que fut le Serapeum. Cette conjecture a déjà été présentée par Zoëga
et par d’autres écrivains.
Pline supposoit Busiris auprès des grandes pyramides; vico apposito, quem vocant
Busirin, in quo suntassueti scandere illas (8). Mais cette indication est un peu trop
(1) Voyez pl. A. vol. I I , et I e xp lica tio n de la sînes d’Abousyr des momies de c h a t , des momies de
planche. serpent er d’autres animaux.
(2) Plus de deux cents. Nous avons etc occupés à cette (6) Voye£ ci-dessous, section deuxième,
opération,M. Rozièreet moi, pendant deux ou trois heures. (7) M. Gratien Le Père y a vu aussi une pierre portant
(3) Dix-huit pouces et demi. une inscription en caractères Grecs, avec la figure d’une
(4) Voyez pl. y2, A . vol. I I , Jig. t à 6. Voyez aussi croix, telle que celle qu’il avoit trouvée sur les portes des
a Description des hypogées de la ville de Thèbes. couvens Grec et Qobte des lacs de Natroun.
(î) On trouve aussi dans les galeries souterraines voi- (8) H i s t . nat. Iib. x x x v i , cap. XII.
A . D . D