
terrain qu’occupent les ruines d’Achmouneyn , ne permettroit pas de chercher
ailleurs la ville capitale qui étoit dans ce quartier. Je ne dois pas omettre ici cette
circonstance, que la province elle-même dont Minyeh est aujourd’hui le chef-lieu ,
s appelle province d ’Achmouneyn ; ce qui prouve bien que ce même endroit a
toujours donné son nom à la contrée, et que par conséquent il en étoit la
capitale (1).
§. I I I .
Topographie des Ruines d’Achmouneyn.
L o r s q u ’o n est à Antinoé et qu’on veut visiter les ruines d’Achmouneyn, on
traverse le Nil et on descend à el-Bayâdyeh, village uniquement composé de
Chrétiens (2). De là on se dirige, au sud-ouest, vers Deyr Nasârah, petit couvent,
où il faut traverser un large canal peu profond, appelé Teràt el-Seba/h, et qui est
1 origine du bas-fond connu sous le nom de Bathen. On va ensuite à l’ouest; et,
après avoir marché pendant une heure et un quart depuis le couvent, on arrive
aux ruines d’Achmouneyn. La montagne Libyque reste encore très-loin à l’ouest.
Tout le bassin a plus de trois lieues un quart de largeur (3). La culture en est d’une
extrême richesse : il y a peu de contrées mieux arrosées. A u levant, les canaux du Nil
y versent leurs eaux; au couchant, et au pied de la chaîne de Libye, le canal de Joseph,
supérieur lui-même au Nil, contribue un peu à l’irrigation ; enfin le milieu de cette
plaine est sillonné par des canaux qui, s’ils ne sont pas navigables, comme dans
1 antiquité, répandent, distribuent et conservent en partie, toute l’année, avec le
secours des digues, les eaux de l’inondation. J’ai résidé plusieurs jours à Achmouneyn,
et j’ai fait trois voyages dans ce canton ; chaque fois j’en ai admiré la fertilité :
aussi Achmouneyn est-il un village riche et populeux, son territoire étendu, ses
habitans riches en chevaux, en bestiaux, en cavaliers; iis sont .tous bien armés, et
ne craignent pas les insultes des Arabes. Ce n’est pas ici le lieu d’examiner cet
état actuel du pays; dans un Mémoire sur le canal de Joseph et l’Egypte moyenne,
je placerai les observations qui se rapportent à cette matière.
La plaine est traversée, dans toute sa largeur, par une digue principale appelée
Gesr Soidtâny ou Gesr cl-Achmouneyn, qui vient s’appuyer, du côté de l’est, sur les
ruines ; c’est là qu’aboutit le chemin que j’ai indiqué. De l’autre côté des ruines,
cest-à-dire, du côté de l’ouest, la même digue continue et s’appuie sur le canal de
Joseph, en face de Touné, l’ancienne Tanis. En arrivant aux ruines, il faut encore
traverser un petit canal qui en fait tout le tour.
(t) On lit dans S. Augustin,de Civitate D e l, lib. V I I I , (lib. XXX, pag. 252, Xylandrà interprète, Paris, 1647,
cap. x x v i : Hic enim Hermes major, id est, Mercurius, in-fol.). Je laisse au lecteur à qualifier l’espèce de cet
quem dicit avum suum fuisse, in Hermopoli, hoc est in arbre miraculeux.
sui nominis civitate, esse perhibetur. (2) Cette population Chrétienne est un reste des an-
. Je citerai encore dans cette note un passage des Annales ciens habitans d’Hermopolis du Bas-Empire : obligés .de
de George Cedrenus: Hermopoli, quæ est urbs Thebdidis, fuir cette partie de l’Egypte, ils se sont établis à el-
Persica arbor fu it , cujus folia aut cortex cuivis morbo Bayâdyeh, et même sur l’autre rive du fleuve. Voye^ la
mederentur:eamferunt arborem sese inclinasse, etChristum Description d’Antinoé, chûp. X V .
adorasse in Ægyptumfugientern, eique umbram proebuisse (3) Plus de 9000 toises, près de 18000 mètres.
Ce qui frappe la vue, en arrivant au pied de ces ruines, c’est la grande étendue,
la hauteur, la couleur sombre et presque noire , des décombres dont elles sont
formées. On se porte avec empressement sur un des monticules les plus élevés,
pour embrasser tout l’ensemble. De là on aperçoit, vers le nord, le magnifique
portique placé sur l’axe des ruines; au sud, le village; çà et là, des enfoncemens
où les eaux des canaux parviennent et séjournent; de tous côtés, des débris et des
fragmens de pierres renversées, la plupart d’architecture Grecque et Romaine. Le
plan des ruines forme un rectangle dont la longueur est exactement, ainsi que
l’axe du grand temple, parallèle au méridien magnétique : dans cette dimension,
les ruines ont plus de 2200 mètres; la largeur en a iô y o , et le contour,*6300.
En partant du point où la digue aboutit, et allant vers le nord, on rencontre
d’abord des piédestaux et des bases de colonnes en pierre calcaire, épars sur le
sol, soit qu’ils proviennent d’un édifice aujourd’hui ruiné et dont on ne retrouve
plus le plan, soit qu’ils aient été transportés d’un autre endroit. Parmi ces fragmens
sont des colonnes de granit, et une base attique en pierre calcaire numismale, bien
conservée. Les monceaux de ruines qui se sont accumulés sur ce point, ont enseveli
, sans doute, la plus grande partie de ces débris. Il subsiste cependant
quelques parties moins détruites que les autres.
Si l’on se dirige vers l’ouest, on traverse le grand chemin allant du nord au sud
et conduisant au village, et qui paroît être le reste d’une ancienne rue longitudinale
de la ville ; cette rue étoit dans le prolongement de l’axe du temple. Des ruines
de briques sont au-delà. Le temple lui-même est à six cent cinquante mètres environ
de l’extrémité nord des décombres : nous en ferons, dans le paragraphe suivant,
une description spéciale. En revenant vers le sud, on trouve, dans un bas-fond
où séjournent les eaux d’un petit canal qui traverse les ruines, plusieurs colonnes
en granit renversées ; auprès, sur une butte élevée, des restes de fours où l’on a
converti en chaux les matériaux des monumens ; plus loin, des blocs de pierre
ayant appartenu à des monumens antiques. A l’extrémité sud, est le village qui a
succédé à cette grande ville : il a plus de trois cents mètres de longueur ; sa population
est de cinq cents ames ; son nom entier est Nefs el-Achmouneyn.
Au milieu des buttes qui composent ces ruines, sont des bas-fonds couverts
de salpêtre que les habitans exploitent ; ils savent lessiver les terres et fabriquer
le salpêtre , avec lequel on fait ensuite la poudre à canon dans la petite ville de
Meylâouy. Je ne dois pas oublier de dire que les trous des fouilles servent de repaire
à de nombreux chacals et à des renards ; les étangs qui sont dans les bas-
fonds, sont remplis de canards et de poules d’eau.
On trouve dans les fouilles quantité de vases antiques : plusieurs sont des amphores
ou les anciens Chrétiens, au rapport des habitans, conservoient le vin ; leur hauteur
est d’un demi-mètre, ou dix-huit pouces : la plus grande partie est brisée, et l’on
trouve au fond des résidus qui annoncent en effet, quand on les brûle, qu’une
liqueur spiritueuse y a séjourné. On voit encore, dans les débris, des vases d’un
beau ton rouge Etrusque, dont la pâte est très-fine, des portions de verre de diverses
couleurs, et beaucoup de médailles Romaines.