
faire les frais, il faut réunir un certain nombre de travailleurs , et les faire travailler
devant s o i, jusqua ce qu’on rencontre un tombeau intact ou à peu près ;
ce qui est fort rare. Il n’est pas très-difficile de reconnoitre si le puits a été
comblé par les Arabes , et si la catacombe a été violée et dépouillée.
Il est très-probable que tous ces puits ont été pratiqués pour obtenir des courans
clair, et faciliter la respiration dans ces nombreuses galeries, dans tous ces labyrinthes
souterrains dont la montagne est percée de la même manière qu’à Thèbes;
ils pouvoient servir, de temps en temps, à donner du jour et de l’air aux individus
chargés du soin des funérailles. Aujourd’hui, l’on remarque, autour des ouvertures,
de petits bosquets de dattiers, au moyen desquels les Arabes viennent à bout de
les dérober à la curiosité des voyageurs.
Généralement, les momies que l’on tire des puits de Saqqârah sont mal conservées
; mais, de plus, la préparation est bien inférieure à celle des momies
de Thèbes, et même on ne pourroit pas citer une seule momie trouvée dans
les tombeaux de Memphis, comparable à celles qui appartiennent à la première
classe parmi les momies des hypogées de Thèbes. La plupart sont embaumées
avec un baume de mauvaise qualité ; un très-grand nombre sont préparées avec
le natroun ; la toile est grosse ; les bandelettes sont disposées sans art. Il y a
une différence encore plus grande dans les enveloppes, les caisses et les sarcophages
, sur-tout pour les dessins et les peintures. Enfin l’on trouve bien, avec
les momies, des antiques, des idoles et des amulettes en bois, en faïence, &c.;
mais je ne connois pas un exemple d’un manuscrit sur papyrus trouvé dans les
catacombes.
Ce n’est pas que je pense qu’il n’y existe aucune momie aussi bien préparée et
entourée que dans la Thébaïde; mais je présume que celles de cette espèce ont été
cachées avec plus de soin que celles du second et du troisième ordre, et que les
Arabes ne les ont point découvertes. II seroit en effet bien extraordinaire que
Memphis, postérieure à Thèbes, et qui lui a succédé comme capitale, eût ignoré
I art d embaumer, porté si anciennement à sa perfection : toutefois, cet art étoit
dispendieux, et il n’est pas surprenant que les momies les plus riches ( il en est
dont le travail est estimé à plus de mille journées) se rencontrent rarement dans
les catacombes les plus récentes, cest-à-dire, celles du haut de la montagne, qui
approchent de la superficie du sol.
Les tombeaux de momies de Saqqârah ont été décrits par tous les voyageurs.
II n en est pas un qui, étant au Kaire, ne les ait visités, ou n’en ait entendu parler,
ou n’en ait rapporté quelques antiques achetées des Juifs ou des Arabes dans cette
dernière ville. De là il suit que ces lieux ont de tout temps été assez bien connus
en Europe. Il nen etoit pas de même des tombeaux de Thèbes, que les voyageurs
ne connoissoient que bien imparfaitement avant l’expédition Française. C ’est pour
ce motif que nous sommes entrés dans tous les détails de la description des
hypogées de la ville de Thèbes ; par la même raison nous nous abstiendrons
d insister sur les tombeaux de Memphis, et nous renverrons aux détails qu’on
trouve dans les Voyages de Pietro délia Valle, du duc de Chaulnes, de Thévcnot,
de Le Sruyn, de Pococke, de Fourmont, &c., en avertissant toutefois le lecteur
quil s y trouve beaucoup de preuves de la crédulité des voyageurs, souvent
dupes de la fausseté des Arabes. Nous nous bornerons à un petit nombre d’obser-
varions.
La plupart des conduits qui font communiquer ensemble les salles des catacombes,
sont très-étroits, et le passage est difficile, sur-tout à cause de l’encombrement
dessables. Souvent, après nous être donné beaucoup de fatigue pour
pénétrer dans les galeries, nous arrivions dans des chambres dépouillées de tout
ce quiauroit pu les rendre intéressantes : des momies brisées et dispersées, des
toiles et des ossemens épars, des fragmens de sarcophage, voilà à peu près tout
ce qui soffroit à la vue. J’ai remarqué que la peau des momies tire plus sur le
jaune que sur le noir; c’est le contraire à Thèbes.
Le sol dans lequel sont creusées les galeries, n’est point une pierre calcaire sèche,
uniforme et homogène, comme à Thèbes ; au-dessous de la couche du sable, est
une pierre marneuse, toute pénétrée de couches minces de sel marin ou muriate
de soude, alternant avec la marne ; on y rencontre encore des filons de gypse
cristallisé. On sait que le muriate de soude abonde en Égypte, et que-la surface
du sol en est imprégnée au point que, tous les matins, les plantes sont blanchies
par les efflorescences salines.
On trouve quelquefois dans les tombes, avec beaucoup d’antiques fragmens, des
tuniques plus ou moins riches et d’un beau travail. Ces objets se trouvent ¡ous
la tête des momies, quand elles sont demeurées en place. Il paroît que l’usage des
Egyptiens étoit de déposer avec le mort un de ses vêtemens et les objets de
culte qui lui avoient servi. On n’a pas, autrefois, assez mis de soin à reconnoître
et a constater I état où se trouvent les momies dans leurs caisses, et les objets
conserves auprès d’elles : cette recherche auroit pu révéler des détails curieux
pour les moeurs, et dont 1 histoire ne dit absolument rien. Sans entrer ici dans
I examen de tous les fragmens de tuniques anciennes trouvés dans les catacombes,'
jem attacherai à faire connoftre celle dont le général Reynier a fait don à i’ins-
ntut de France, et qui est déposée dans la bibliothèque de cette compagnie
savante (i); elle mérite cette préférence par sa conservation et par la beauté
e ses broderies (2). Voici 1 historique de la découverte. Pendant son voyage à
Saqqârah (dont j’ai rendu compte plus haut), le général Reynier, n’ayant pu
obtenir des Arabes qu’ils le conduisissent dans des tombeaux intacts, et n’ayant
pas eu le temps d’effectuer les fouilles qu’il avoit projetées, engagea les habitans
du viliage à lui apporter tout ce qu’ils découvriroient. Excités par l’appât du gain,
ils lui offrirent différens objets intéressans, une belle momie d’homme dans une
caisse peinte et sculptée en bois de sycomore, des poteries,antiques, de petites
statues, et des figures de terre cuite, enfin deux tuniques dont l’une étoit entière
et I autre fort endommagée. Tous ces objets, disoient les Arabes, avoient été
tires dun caveau rempli de sable, qu’ils avoient déblayé.
S 'rétiîuemcul emre deux slaccs’dans ” y p fp § ¡Jfj| ••