
est grand et symétrique en masse, plaît à l’oeil ; le minaret est très-élégant, et
l’effet que produit la décoration intérieure de la mosquée est très-agréable. On
retrouve ce même contraste de ruine et de restauration, de magnificence et
de. barbarie , dans les édifices des beaux temps des Arabes, répandus par toute
l’Egypte; on le reconnoît dans la construction de l’enceinte Sarrasine d’Alexandrie,
du château du Phare et de la mosquée des mille Colonnes; on le rencontre
jusqu’en Espagne dans la fameuse mosquée de Cordoue et dans le palais de
l’Alhambra à Grenade. Mais au moins ce peuple, en exerçant les ravages auxquels
le poussoit son fanatisme, ne se livrait pas à cette passion avec un èntier aveuglement
et par la seule fureur de détruire sans réédifier, comme l’ont fait les Qobtes
dans la haute Egypte, et les Turcs d’aujourd’hui presque par-tout : les Arabes
avoient le goût des sciences et des arts; et quand même tous les monumens et
l’histoire moderne ne nous attesteraient pas ce fa it, nous en trouverions un témoignage
certain dans la mosquée de Saint-Athanase.
[ ' 7 3 ] On a vu, note 148, le rapport qu’avoient les basiliques avec les forum.
Ces rapports pourraient permettre, faute d’autres données, de supposer de préférence
que le forum judiciale avoit précédemment occupé l’emplacement de
l’église et de la mosquée de Saint-Athanase. Strabon ne dit qu’un mot de'ce. forum
après avoir parlé du gymnase, à la suite duquel il étoit effectivement en venant
de la porte de Rosette vers la basilique d’Athanase.
[174 ] Le petit bâtiment élevé dans la cour est de la forme en usage pour ces
sortes de réduits destinés à loger le bassin des ablutions des musulmans. Ce bassin
est communément une grande cuve en maçonnerie, revêtue d’un enduit et encastrée
dans la terre. Le sarcophage qui en tenoit lieu ici, étoit, comme on le voit,
bien plus petit.
[175] On appelle communément l’espèce de serpentin dont est formé ce beau
monolithe, breccia verde d'Egitto, nom générique donné en Italie à des objets de
matière analogue venus d’Egypte. Ici la couleur générale de la pâte est noirâtre,
ou , si l’on veut, verte, mais extrêmement foncée. Il se trouve du porphyre et du
granit dans cette brèche. Les fragmens de diverses natures qui se voient dans cette
pâte, d’une composition particulière et analogue au pétro-silex, sont anguleux,
comme dans toutes les brèches, et non pas roulés ou arrondis comme dans les
poudmgues.
[ 176] L ’ichneumon, grande mangouste de Buffon, viveira iclmcumon de Linné,
communément appelé rat de Pharaon, et sur lequel les historiens Grecs ont raconté
tant de choses merveilleuses par rapport au crocodile, se reconnoît facilement
parmi les figures de la cuve : il est bien certain seulement que ce petit animal
dévore les oeufs de cet amphibie ; de là les fables.
[177] La cuve du Kaire fut enlevée par les soins de M. Coutelle, conduite à
Alexandrie, et destinée à être transportée en France lors de notre premier embarquement,
après la convention du général Kléber pour l’évacuation de l’Egypte.
A 1 époque de la reddition définitive d’Alexandrie, sous le commandement du
général Menou, on avoit inséré dans la capitulation un article relatif à la cession
des collections des membres de l’Institut et de la Commission des arts. Ceux-ci
résistèrent courageusement et avec succès, en menaçant de brûler leurs dessins et
de détruire leurs collections. On ne laissa que les propriétés publiques ( quelques
statues et trois sarcophages ). Le sarcophage d’Alexandrie a donc mérité d’être
1 objet d’un traité, et c’est ainsi que les nations Européennes, depuis les Romains,
se sont toujours disputé la possession des précieux restes des antiquités Egyptiennes.
Le gouvernement Anglais a volontiers accordé à celui de France la faculté
de faire dessiner le monolithe Alexandrin, et d’en prendre des empreintes pour
compléter notre ouvrage sur l’Egypte ( 1 ). La société des antiquaires de Londres
I a fait aussi graver en partie. Ainsi les arts ne seront point privés de la connois-
sance de ce beau monument, qu’il avoit toujours été très-difficile aux Européens
de dessiner et meme de voir sur les lieux. Les Français eux-mêmes, qui venoient
d entrer en vainqueurs à Alexandrie, ne pénétraient que très-rarement dans la mosquée
qui le receloit, à cause des ordres sévères du nouveau gouvernement pour
faire respecter les usages et sur-tout la religion des Turcs. Cependant, après le
combat naval d’Abouqyr, on fit de la mosquée de Saint-Athanase un hôpital
pour la marine.
On n’avoit eu jusqu’à présent qu’une foible idée de la forme du sarcophage,
telle que pouvoit la donner un dessin qu’on voyoit il y a quarante ans à Paris, chez
M. de Bertin, ministre de la marine : mais les hiéroglyphes y étoient tracés d’imagination
et comme au hasard.
(t) C etott l'objet principal de la mission donnée à de la collection Française, transportés à Londres en 1802,
M. Jnmard en 1814. Ce monolithe et les antres fragmens ont été à cette époque dessinés et gravés dans l’ouvrage.