
ivoit attaché son nom à plusieurs d’entre elles, eût consenti à ce qu’il n’entrât
pas même dans l’inscription d’un monument si glorieux. Cependant l’inscription
existoit, telle que nous la donnons, du temps de Strabon et de Pline : est-il vraisemblable
que, si les successeurs du second Ptolémée, amis de la gloire de leurs
ancêtres, s’étoient aperçus, comme cela ne pouvoit manquer d’arriver, que ce
changement de nom fût le résultat même très-lent d’une ancienne fourberie, ils
n’eussent pas au moins fait ajouter le nom de Philadelphe à celui de Sostmte!
Il est donc plus simple de supposer que le prince avoit autorisé son architecte,
dont il étoit satisfait, à graver l’inscription telle qu’on la rapporte, renonçant,
pour quelque motif que nous ignorons, à y placer son nom [ 4 1 ]■
Il est difficile de suivre sans interruption et sans incertitude les traces de l’existence
de ce grand monument pendant toute la suite des temps. Tout ce que nous
a vo n s , après ce que nous a assuré le géographe de Nubie il y a sept cents ans,
c’est que le phare de Sostrate subsistoit encore au xm.c siècle, à en juger d’après
Abou-l-fedâ, prince et géographe Syrien, qui régnoit et écrivoit en 1320; par
conséquent, les soudans d’Egypte, descendans de Saladin, ne l’avoient point encore
détruit : mais au x v .' siècle il n’existoit plus, et l’on avoit déjà construit le phare
actuel. Il n’y a pas de doute que celui-ci n’occupe le même îlot ou promontoire
sur lequel étoit placée la tour des Ptolémées, et il faut supposer, d’après ce qui
précède, et jusqu’à ce qu’on ait découvert des renseignemens plus précis, que ce
sont les Mamlouks Baharites qui ont élevé le château moderne sur les ruines de la
tour antique [4 2 ]-
D I G U E D U P H A R E .
On trouve une grande quantité de débris antiques fort remarquables emplpyés
en fondations d’une digue, entre la presqu’île actuelle du Phare et le rocher que
nous quittons. Le corps de cette digue est supporté par un enrochement qui présente
un large empâtement. Il est composé de tronçons de colonnes de granit,
de marbre, de pierre numismale et autres matériaux, restes de l’ancienne Alexandrie
[43 ]• On y voit de beaux fûts entiers de ce granit Oriental si répandu dans
la haute Egypte : on remarque même, dans la partie supérieure, des chapiteaux à
boutons de lotus tronqués, en granit; chose qu’on n’a pas vue ailleurs. Ils sont
placés avec des tronçons de colonnes dans le chemin couvert de la digue. Parmi
¿es nombreux blocs de pierre et de granit qui ont été jetés au pied pour arrêter
l’effort des flots qui battent avec fracas dû côté de la pleine mer, on reconnoît que
beaucoup de fûts et de portions de colonnes sont de forme Grecque. Nous remarquerons,
en parlant de la colonne dite de Pompée, qu’il ne paroît pas que
les Grecs aient fait de ces‘ exploitations de granit en masses colossales, à la manière
des anciens Égyptiens ; mais on reconnoît qu’ils ont pu extraire des carrières les
colonnes de dimensions ordinaires que nous voyons, ou qu’ils ont retouché
presque tous les débris de Memphis et des autres villes abandonnées de l’Egypte
supérieure [4 4 ]- On voit, dans un autre endroit, un fragment de triglyphe en
granit noir et un morceau de corniche assez bien conservé. Aussi ne peut-on
dou te r,
douter, non-seulement que les Grecs n’aient façonné la plus grande partie de ces
colonnes de granit qu’on trouve dans les ruines d’Alexandrie, mais aussi qu’ils
n’aient été dans l’usage d’exécuter dans les édifices de cette ville les autres
membres d’architecture avec la même matière. ( Quelle richesse et quelle solidité
ne devoit-il pas en résulter! ) Toutes ces assertions sont confirmées par )a petite
quantité de granit qu’ils ont laissée dans les monumens des anciens Égyptiens : or
on sait que ceux-ci le prodiguoient beaucoup dans leurs constructions, puisqu’ils
en avoient revêtu l’une des trois grandes pyramides de Gyzeh [45].
Nous avons démontré quil n y avoit dans l’antiquité aucune grande construction
sur 1 emplacement de la digue, et que la ligne de rochers formoit, à une
certaine epoque, une communication continue avec le plateau du phare. Lors-
qu elle s est interrompue ou simplement détériorée, les anciens ont bien pu y
faire quelques enrochemens pour continuer d’aboutir par terre et plus, commodément
au phare (quoique des géographes.nous aient quelquefois peint le plateau
du phare comme un îlot parfait ) : mais leurs travaux ont dû se borner là; et encore
leurs enrochemens étoient-ils placés sur la ligne même des récifs, bien en avant
de la digue actuelle ; car ils n ont certainement pas fait les fondations grossières
de cette jetée ; ils en ont seulement fourni l’idée [ 46 ].
La digue actuelle est donc moderne; et ce qui achève de le prouver, c’est la
manière barbare dont plusieurs des beaux restes d’antiquité que nous venons d’indiquer
y sont employés. Les futs de colonne sont couchés horizontalement et en
travers, pour faire masse dans les enrochemens et liaison dans la partie supérieure
des fondations de la jetée. Il seroit naturel de rapporter sa construction à peu près
a 1 époque ou le chateau actuel du phare fut bâti : or on a vu que celui-ci i’étoit
déjà en 1 5 1 7 , lors de la conquête des Turcs; mais la destruction du prolongement
naturel de lile , et la nécessite de jeter une digue en arrière, ont pu avoir
lieu plus tôt. On sait enfin que les murs de l’enceinte Arabe, où nous verrons des
colonnes horizontales, furent élevés vers 875. Il faut donc ranger la formation de
la digue dans cet intervalle d’environ six cent quarante ans [4 7 ] , et attribuer aux
Arabes de la fin du ix .' siècle ce système bizarre de construction, qui consiste à
employer horizontalement des colonnes dans les murs, et que nous retrouverons
fréquemment dans les ruines d’Alexandrie.
H E P T A S T A D I U M .
E M P L A C E M E N T D E L A V I L L E M O D E R N E .
La ville moderne, située, comme on le voit, sur une langue de terre entre les
deux ports, a couvert toutes les antiquités qui se trouvoient sur son emplacement.
D ailleurs il n y avoit là qu’un monument principal, et il étoirde nature à pouvoir
etre complètement cache, et par les atterrissemens que nous y voyons, et par
une ville qui les recouvre encore eux-mêmes : oest le môle appelé Heptastadium.
On ne peut donc en retrouver le moindre vestige; il y a même quelques incertitudes
sur la véritable position de cette énorme masse : nous dissiperons celles
qui régnoient sur sa direction.
a. d. ' D