
8 2 D E S C R I P T I O N G É N É R A L E D E M E M P H I S
du temps et des outrages de toute espèce : ils sont aussi anciens que l’art de
bâtir; on peut les regarder comme inséparables de tout grand ouvrage d’architecture
f 1 ). Celui que j’ai observé au pied de la deuxième pyramide se compose
de deux parties : le corps entier du stylobate a environ 3 mètres de haut, et 1 mètre
et demi (2) de large; mais il repose sur un plus petit socle d’un mètre à peu
près : je dis à peu près, parce que le dessin que j’en ai fait n’est pas coté; mais
cette mesure ne doit différer que très-peu de la véritable.
L ’ascension de cette pyramide est beaucoup plus difficile que celle de la première.
Ordinairement elle n’est pas tentée par les voyageurs ; j ai vu plusieurs
personnes l’essayer et être contraintes d’y renoncer. A ma première excursion,
je suivis leur exemple, quoiqu’un jeune homme fût venu à bout, quelque temps
auparavant, d’atteindre jusqu’à la partie revêtue; mais, à la seconde, je résolus de
monter sur la pyramide le plus haut possible, de détacher et d’apporter avec
moi un morceau du parement, afin de constater 1 angle d inclinaison de la face :
j’effectuai mon dessein (3), muni dune mesure, dun crayon et dun marteau.
Les marches de la pyramide sont très-dégradées, et souvent les pierres déboulent.
Il faut prendre des précautions multipliées pour la gravir avec sécurité : 1 on doit
s’appuyer des genoux et des coudes. La première moitié de 1 ascension est la
plus hasardeuse, et il faut le plus souvent monter le long des éboulemens sans
trouver de sol ferme, du moins du côté que jai gravi, celui du sud. Au-delà,
les marches sont mieux conservées et plus praticables, mais tres-hautes. Enfin,
après une heure ou deux de fatigues et d’efforts pénibles, 011 arrive aux pierres
saillantes du revêtement. Cette saillie n’a pas moins de im,3 [ 4 pieds] (4 ); on
y est à l’ombre comme sous un toit, mais fort mal a son aise, parce quelles
semblent ne tenir à rien ; c’est sans doute une illusion causée par le surplomb de
ces énormes biseaux dont la tête est menacée.
Le parement descend moins bas sur la face de l’ouest que sur les autres : c’est
sur celle de l’est qu’il se prolonge le plus, savoir, au-delà de 4 ° mètres, ou à plus
du quart de la hauteur depuis le sommet; il descend moins bas sur les faces du
nord et du sud (5). J’observai sur l’arête la disposition particulière des pierres:
elles se recouvrent et s’emboîtent de manière à être inséparables, et à lier le
parement au noyau de l’édifice d’une manière solide et presque indestructible (6).
J’avois aperçu d’en bas de grandes taches rougeâtres; arrivé au revêtement, il
me fut facile de les reconnoître la plupart pour des lichens. M. Delile y découvrit
une espèce non décrite, qu’il appelle l i c h e n p y r a m i d a l . Je m’estimois
heureux d’en emporter des échantillons avec des morceaux du parement, et j’en
trouvois le poids léger, quelque gêne que j’en ressentisse, étant obligé de prendre
( i ) Voyez, sur les socles des monumens, les Remarques (4 ) M- Coutelle a trouvé im, 15 pour l’épaisseur du
et Recherches sur les pyramides, Appendice, §. J.,r revêtement, et moi im,3o.
(Ant. Mém. t. I I ). ( 5) Yoyez la planche ¡6 , fig. 2 , Ant. t. V, ainsi que
(2 ) Dans l’explication de la planche, on a imprimé un l’explication, et ci-dessus, p. 79.
mètre seulement. (6) M. Gratien Le Père, qui est monté aussi jusquau
(3) J’étois accompagné de mon savant collègue M. De- revêtement, a fait cette même observation,
lile, chargé de la partie botanique dans l’expédition.
E T D E S P Y R A M I D E S . C H A P . X V I I I S E C T I I I R ^
;4ÿ .. # g ' ' - d
plus de précautions encore en descendant que je n’avois fait en montant. Je ne
conseillerais pas à des personnes sujettes aux étourdissemens de feire cette escalade,
et encore moins de gravir jusqu’à la chne. Une extrême curiosité peut seule
en expliquer l’imprudence. A u reste, le danger est beaucoup moindre pour qui
a une certaine habitude des exercices physiques : quelques-uns de nos soldats,
plus agiles ou plus hardis, sont parvenus à l’extrême sommité. J’ai pu me convaincre
sur les lieux que ce p oli, si brillant de lo in , est en effet presque mat: la pierre,
par sa nature, n’en peut recevoir un plus parfait.
On est étonné de lire dans Greaves, observateur attentif et intelligent, que
les côtés ne présentent point de degrés, mais une surface unie et égale et que
toute la construction semble entière (excepté la face du sud) et exempte de toute
dégradation ( i ). Il est à peine croyable que depuis 16 3 8 et 1639, époque de son
voyage, les faces des pyramides aient pu se ruiner au point où nous les avons vues.
Du côté du nord, nous avons aperçu des pierres accumulées à une certaine
hauteur, qui annoncent les efforts tentés pour pénétrer dans le monument.
Il me reste à parler des grottes et hypogées pratiqués dans le rocher, vis-à-vis
de la face occidentale de la pyramide; l’entrée est au fond du fossé par des portes
ouvertes sur l’escarpement du roc. Sept seulement sont indiquées sur le plan (2) ;
mais le nombre en est plus considérable : il paraît que les ouvertures sont bouchées
par les sables, et elles m auront échappé par ce motif. J’ai distingué un de
ces hypogées, et j en ai pris les mesures et le dessin à cause de l’ornement remarquable
qui décore le plafond. Il consiste en troncs de palmier (3)-; l’écorce même
a été représentée par le sculpteur. On ne peut douter qu’il n’ait imité le plafond
dune habitation de son temps, puisqu’encore aujourd’hui les fellâh recouvrent
leurs chaumières avec des tronçons de dattiers bruts. Je renvoie à la planche pour
les ‘détails de cet hypogée, qui n’a que deux pièces visibles et un puits, et je me
borne à dire que les faces sont par-tout taillées avec soin, les angles bien droits
et les arêtes encore vives, en un mot avec le fini d’exécution qui distingue tout
ce qui appartient à l’architecture Égyptienne. Je mentionnerai encore une petite
inscription hiéroglyphique très-bien sculptée, sur le rocher à pic v is -à -v is de
la face ouest, parce quelle est, je crois, îa seule qu’on voie auprès des pyramides
(ailleurs que dans les tombeaux du voisinage ) : elle est comprise entre deux lignes
parallèles; on la trouvera figurée dans les planches (4).
II y a d’autres catacombes plus considérables situées à l’est de la pyramide, vers
l’angle sud-est ( 5 ). On remarque sur les murailles des sculptures semblables à
celles des hypogées de Thèbes : ce sont des sujets relatifs à la vie champêtre, la
pêche, la chasse au filet, des marches, des processions, &c. ; on descend dans
les puits par des rampes assez rapides, et au fond on trouve une multitude de
momies (6j. Je parierai plus loin de ces catacombes.
( 1 ) Pyramidographia, or a Description o f the pyramids
in Egypt, by John Greaves, &c. London, 1646, in-12,
Page 104. Le même auteur a prétendu que la première
et la deuxième avoient même base et même hauteur; il
sen faut de beaucoup.
A. D.
(2) Voyez planche 16, fig. 2, Ant. vol. V.
( 3 ) Voyez ibid. fig. j , 4 ,
(4 ) Voyez planche 14, fig. , j , Ant. vol. V.
( 5 ) Voyez planche 6, Ant. vol. V, et pl. 7 ,a u point 3.
(6) Observation de M. Gratien Le Pcre.