
Je donnerai aussi ci-après (i) la transcription et la traduction de cette inscription.
Tous les édifices qui composent le Meqyâs, la mosquée, et le palais de Negm
ed-dyn, ont leurs parois extérieures construites en belles pierres de taille, sur-tout
dans la hauteur qui peut être baignée par les eaux du fleuve pendant l’inondation
annuelle.
CHAPITRE II.
A dm in istra tion du M eqyâs.
L a d m i n i s t r a t i o n et la garde du Meqyâs sont confiées à un cheykh particulier,
qui est honoré du titre de qâdy (2).
C ’est lui qui est chargé de constater l’état le plus bas des eaux du fleuve, et
d observer, chaque jour, depuis le commencement de sa c rue , les divers degrés
daccroissement auxquels il parvient, d’en donner communication au Gouvernement,
et d’en faire faire la proclamation successive dans les rues du Kaire : lorsque
le Nil est -plein, suivant l’expression consacrée, c’est-à-dire, lorsqu’il a complété
la seizième coudée et atteint la dix-septième, alors il en donne avis, et autorise
la rupture de la digue qui contient.l’eau du fleuve à l’entrée du canal, près du
château de la prise d’eau.
Toutes ses observations sont constatées, jour par, jour, sur un registre dressé
à cet effet, -et qui contient toutes les crues du Nil depuis l’établissement de ce
qâdy par les Musulmans à leur entrée en Égypte.
Les Nilomètres ont toujours eu des revenus particuliers et hypothéqués sur
les impôts qui se prélevoient sur les terres.
Sous la dynastie des Fatemites, le Meqyâs de l’île de Roudah avoit un revenu
annuel de cinquante dynâr fqj, destiné à subvenir à l’entretien du canal par où
1 eau y penetroit ; et 1 on payoit cette somme très-exactement au cheykh chargé
de la garde et de l’administration du Nilomètre.
Cette place importante fut long-temps l’apanage exclusif des Grecs et ensuite
des Qobtes, du temps meme de 1 islamisme; mais ils perdirent cette prérogative
à l’époque de la reconstruction du Nilomètre de Roudah, en l’année 247 de
l’hégire [861 de l’ère Chrétienne] : le réparateur de ce Meqyâs, Yezyd ebn A ’bd-
allah, surnomme le Turk, en confia alors la garde à un mouezzin (4), ou crieur
sacré des mosquées, nommé A 'bd-allah, ben A 'b d cl-selâm, ben A ’bd-allali eh
(l-) Page 1S4. que Dieu : cette formule se répète aussi deux fois. Puis
{2) Le mot qâdy ^ots signifie proprement, en arabe, sut o-est (jl o-g-ril Je témoigne que Mahomet al It
juge, administrateur. prophète de Dieu : cette formule se répète également deux
(3) Environ 600 francs de notre monnoie. fois. Ensuite le mouezzin continue »1 Vt J | V „1 *42,
(4) Le moue^in a sy est un crieur attaché aux deux fois; »1 ¿ y , oLfi o lo ^ s f , deux fois : puis il
mosquées, qui appelle le peuple à la prière : cet appel se . .... .
nomme en arabe ezàn'a |h|; il se fait en criant du haut c^Accourer à la prière, deux fois;
des minarets les formules suivantes : . . z - | w| Dieu est Ç cjv est. Accourci au bon succès, deux fois. Enfin,
grand: cette formule se répète deux fois. Ensuite, s‘ c’est *a prière du matin, il ajoute deux fois: üXJI
nul VlxJI V (jt Je témoigne qu’il n’y a pas d'autre Dieu epfl o* Jtê* tut prière vaut mieux que le 'sommeil.
A b o u -l-R e d d îd
Abou-l-Reddad ( i ) , quil avoit fait venir de Baghdâd en Égypte. L ’intendant
général des finances reçut ordre de lui payer deux dynâr par mois pour appoin-
temens. Ben Aboul-l-Reddâd mourut en l’an 266 de l’hégire [879 de l’ère Chrétienne];
et ses enfans héritèrent après lui de cette charge, qui n etoit pas encore
sortie de sa famille en 1 an 1 y 4o de 1 ere Chrétienne.
Le cheykh du Meqyâs actuellement existant prétend être encore un des
descendans d’Abou-l-Reddâd.
CHAPITRE III.
Formes avec lesquelles on constate et on proclam e les Crues d u .N il.
Comme les inondations du Nil produisent toutes les richesses de l’Égypte, les
Égyptiens les demandoient avec instance à leur dieu Sérapis, employant à cet
effet plusieurs cérémonies superstitieuses, et, entre autres, le sacrifice d’une jeune
fille qu’on noyoit tous les ans avec solennité dans le Nil. C e sacrifice barbare
eut lieu jusqu au 1 egne de Constantin , qui l’abrogea et défendit très-expressément
de le renouveler.
Cependant il paroît que l’usage avoit prévalu contre les ordonnances impériales,
puisque Am ro u ben-A’âs trouva ce sacrifice rétabli à son arrivée en Égypte,
et qu il fut oblijjé de l’abroger une seconde fois.
Les historiens Arabes nous ont conservé la mémoire de cet événement; et
cest de leurs ouvrages que je vais en extraire les détails suivans.
Lorsque A mrou vint au K a ire , après avoir conquis l’Égypte, le Nil étoit
resté sans croître pendant les mois de baouneh (2), d’abyb (3) et de mesry (4) ;
les habitans s adressèrent a A mrou, et lui représentèrent que le Nil ne pourroit avoir
son débordement ordinaire, s ils n’exécutoient pas leur sacrifice accoutumé, qui
consistoit a prendre une fille vierge, à la parer de riches habits, et à la précipiter
dans le Nil. Am ro u empêcha cette cérémonie cruelle, en disant que l’islamisme
s’yopposoit, et qu’il abrogeoit toute coutume religieuse établie avant lui. En même
temps il écrivit au khalyfe, qui approuva sa conduite et lui envoya un papier en
lui ordonnant de le jeter dans le fleuve ; ce papier contenoit les mots suivans
: ce Le serviteur de D ieu, prince des fidèles, au N il d ’Égypte. Si c’est le Dieu
»unique et tout-puissant qui te fait croître, nous t’ordonnons, au nom de ce
» Dieu, de prendre ton accroissement accoutumé. » A ’mrou exécuta l’ordre du
A i t f n t f - t bm.A ’tdeUMm- tenA*6d-allali ebn- (3) Le mois d'abyh ^ 1, suivant les Arabes, ou plutôt
. ' üd “ I tai f X J I lUs. Ij, «il Sepip GjTHTT, est le onzième mois de l’année des
■J~?y _ Qobtes; il commence le vingt-cinquième jour du mois
p l e m°is de baouneh , nommé aussi baouneh de juin, et correspond au mois de juillet.
..ntaououneh *ijj,,suivanti’orthographe des Arabes, (4) Le mois de mesry ¿¿eue ou mechry (jjZL., suivant
mais dont le vrai nom est, dans le dialecte Memphitique, les Arabes, mais dont le nom est, dans le dialecte Mem-
et’ dans le dialecte Thébaïque, panne phitique, mechôrê U s d a ip H , et, dans le dialecte ThéÜ
N h I de r , , ” e Qohte ; il corn-, baïque , mesourê DeCOYDH, est le dernier mois de
a . ™S<;™emejourdu moisde mai, et correspond l’année Qobte ; ¡1 commence le vingt-cinquième jour du.
au mois de juin. _ • > . ° \ 1
mois de juillet, et correspond au mois d a o û t..
£■ M. T O M E I I , â.e partie. x