
l’on doit attribuer une température si brûlante; mais c’est encore à la disposition
même du sol, qui est en général peu élevé au-dessus du niveau des mers e
recouvert en partie de sables mouvans : ces sables reçoivent, concentrent et répet
cutent les rayons du soleil, qui, pendant les mois de l’été, est presque perpen
diculaire; et cette réverbération porte sur des montagnes peu élevées et dépouillées
de verdure, sur des plaines arides, où rien ne peut en diminuer l’ardeur, dam
des contrées aussi voisines de la zone torride. De là proviennent l’extrême
sécheresse du climat et la rareté des pluies rafraîchissantes.
Toutefois, cette sécheresse n’est pas également continue dans toutes les pat.
ties de l’Egypte; il pleut assez souvent dans les provinces qui avoisinent la Méditerranée,
et dans les déserts situés entre la vallée du Nil et la mer Rouge. Des
ravins creusés dans plusieurs endroits de la chaîne Arabique attestent que ces
pluies sont quelquefois assez fortes pour former des torrens. Mais une circonstance
qui est un des caractères distinctifs du climat de l’Egypte, et qui est d ’ailleurs
commune à toute la contrée, c’est l’extrême abondance des rosées, qui ne sont
peut-être pas sans quelque influence sur la fertilité du sol, à l’époque où le Nill
est au-dessous du niveau des terres. L e propre de ces rosées est sur-tout de rafraîchir
et dépurer lair : elles contribuent à refroidir la température ; et, dans les
grandes chaleurs, il en résulte des différences considérables entre le jour et la nuit.
Cette variation peut aller jusqu’à trente degrés, et elle s’accomplit en sept ou huit,
heures seulement. C ’est de là que naissent en partie, comme nous le dirons à la fin
de-ce chapitre, les ophtalmies si fréquentes sur les bords du Nil.
Il ne pleut presque jamais dans le centre de la contrée; les inondations du NU,!
ainsi que les rosées nocturnes, dont l'abondance varie suivant le cours des vents,y
sont à peu près les seuls principes fécondans. L ’excessive ardeur du sol, et It
direction des vents déterminée par la forme de la vallée, sont les causes de la
grande sécheresse de l’atmosphère. Les nuages, formés des vapeurs des mers qui
ceignent 1 Egypte au nord et à l’est, sont entraînés par les courans d’air; et la force |
de ces courans est sensible, à quelque distance des montagnes qui bordent i l
I est et à 1 ouest la vallée du Nil : près de ces montagnes, leur effet est moinsI
puissant; il y pleut quelquefois.
L ’armée Française débarqua en Egypte au temps des grandes chaleurs; est
1 époque à laquelle les vents du nord et du nord-ouest régnent presque constamment,
et où le Nil commence à se grossir des premières crues : on entroit dans
le mois de juillet. Les vents, dont l’impétuosité est plus grande alors, obscurcissent
l’air de tourbillons d’un sable fin et subtil ; les habitans des villes peuvent à peine
s en garantir dans 1 intérieur de leurs maisons, et les voyages sont aussi pénibles
que difficiles. Ces tourbillons diminuent un peu l’intensité de la chaleur, qui
est bien moins sensible à Alexandrie que dans l’intérieur des terres. Ils chassent
aussi vers la Nubie et l’Ethiopie les nuages amoncelés, qui se résolvent promptement
en pluie dans les contrées montagneuses et couvertes de forêts. C est
ainsi que ces vents orageux et incommodes contribuent en quelque sorte >
la prospérité de l’Egypte en rendant les crues du fleuve plus abondantes.
Le-Nil commence à grossir vers la fin de juin et aü commencement de juillet.
Le volume des eaux qu il reçoit, n’est pas assujetti à des règles certaines, non plus
que l a progression des crues. Dans les années ordinaires, le fleuve s’élève, au Kaire,
je 8 mètres [ r-4 à 15 coudées du Nilomètre ( 1 ) de l'île de Roudah ] ; il monte
quelquefois beaucoup plus haut. Pour que l’année soit abondante, il faut seize ou
dix-sept coudées. Alors la vallée d’Egypte, c’est-à-dire, le terrain cultivé, présente
l’aspect d’un lac immense. Les villages, élevés sur des buttes factices, paraissent
comme autant d’îlots disséminés sur la surface de ce nouvel océan ; rien ne peut
égaler la majesté d’un pareil spectacle. Pour bien en joüir, il faudrait se placer sur
le faîte de la grande pyramide dé Gyzeh; on peut même, du haut de la citadelle
du Kaire, embrasser une partie de ce grand tableau. Le terrain propre à la culture,
mais qui, trop distant des rives du fleuve, ne peut jouir des avantages de l’inondation,
est fertilisé par des canaux, ou à l’aide de machines d’une invention simple,
connues sous le nom de roues à pots. Il est encore une qualité propre au terrain de
l'Egypte, c’est d’être imprégné de substances salines, qui-produisent chaque matin
des efflorescences à la surface du sol. Sans doute l’action fécondante du limon du
Nil est encore excitée par la présence du sel marin qui abonde par-tout.
La saison des pluies en Egypte est celle de notre hiver ; elles sont- assez fréquentes
à Alexandrie, à Rosette et sur toute la côte; mais elles ne durent pas longtemps.
Dans le Moqattam, au-dessus du Kaire, on voit aussi-des ravins et des-
excavations qui, selon toute apparence, ont servi de lits à d’anciens torrens.
§. II.
D e la Population et des’ diverses Classes d ’habitam.
L’é n u m é r a t i o n des habitans de l’Egypte a été de tout temps le sujet de
graves erreurs : la plupart des historiens anciens et modernes se sont, à cet égard,
livrés à des exagérations, dont la simple description des lieux peut démontrer 1 invraisemblance. L ’expédition Française , indépendamment des services qu’elle
a rendus aux sciences, aux arts et à l’archéologie, a sur-tout favorisé les recherches
et les observations qui avoient pour objet l’un des points les plus importans par
la statistique de l’Egypte. C ’est ainsi qu’on est' parvenu , non-seulement à déterminer
d’une manière à peu près positive l’étendue du terrain cultivé et du
terrain cultivable, ainsi que la quantité des villages et des hameaux' dont la vallée
du Nil est couverte, mais encore à évaluer d’une manière satisfaisante, soit la
population en général, soit le nombre d’habitans des principales villes. Outre les
renseignemens que nous avons recueillis en Egypte, nous emprunterons ici quelques
(’ ) " II faut savoir que les crues du N il qui se pro- » recours à ce moyen, qui sbutienc l’espérance du peuple
u clament au Kaire, sont mesurées en coudées différentes » et facilite la perception de l'impôt. » Exposition du
” e ceHesdu Meqÿâs [Nilomètre] : cet artifice a pour système métrique et des connaissances exactes des anciens
“ bat de faire jugej- |a crue meilleure quand elle est faible, Égyptiens, chap. VII, Voyez, ibidem, pour la valeur
«t°u extraordinaire quand elle n’est que bonne et suffi- de la coudée. ( A. Mo lom. I,tr ,pag. )
“ santé. C est sur-tout à la fin de l’accroissement qu’on a