
» devant lui. Son ame, refroidie par l’âge, se flétrit, sans que l’amour filial lar¿
» chauffe de sa douce flamme. C ’est au milieu de ces nations que le vieillard qui
» fut un père sensible, meurt long-temps avant de descendre au tombeau.
» Tirons le voile sur un tableau qui heureusement n’est pas général. L es scènes
» touchantes dont je suis témoin chaque jour dans ce pays, m’ont forcé de vous
» offrir ce parallèle : ici, le respectable patriarche, dont la barbe blanche descend
•S sur la poitrine, sourit, sous les glaces de la vieillesse, à ses petits-fils qui viennent
» le caresser ; son cçeur s’épanouit à la vue de quatre générations qui s’empressent
» de lui payer le tribut de la piété filiale; il goûte le charme de la vie jusqtia son
» dernier moment ( i ). »
En effet, les Européens ne peuvent se défendre d’un sentiment d’admiration enj
voyant la vénération accordée à l’âge dans les états musulmans : les hommes quel
nous désignons par i’épithète flétrissante de barbares, nous donnent l’exemple de la]
plus belle des vertus, de celle que nous pratiquons le moins, et qui mérite le plus!
d ’être en honneur. Mais, dans ces contrées, comme les vieillards savent se rendre!
dignes des hommages de la jeunesse! Ils ne cherchent point à réparer les injures]
des ans par de vains artifices: ils s’honorent, au contraire, des rides qui sillonnent!
leur visage; leur barbe blanche est un titre solennel au respect public; leurs vête-|
mens sont en harmonie avec la dignité de leur âge; tout en eux est grave et hnpoi
sant. S’ils parlent, on les écoute avec un respectueux silence ; leurs discours n’onl
rien de frivole, et ne se ressentent jamais de l’amertume dont les vieux jour«
sont ordinairement abreuvés, lis sortent de la vie sans douleur, et presque sans seul
apercevoir; plus ils approchent du terme fatal, plus les soins de leurs parens rel
doublent. Ils n’ont pas le regret de voir des enfans dénaturés soupirer après leul
dernière heure pour se partager leurs dépouilles ; cette avidité atroce ne se faii
jamais remarquer chez les peuples Orientaux : les fils, quelque dépravés quila
puissent ê tre , ont toujours des larmes à répandre sur la tombe de leur père, et|
ils consentiroient volontiers aux plus grands sacrifices pour conserver des jours sa
précieux. Aussi le parricide, ce crime dont le nom seul épouvante, et pour lequel
les législateurs anciens n’avoient pas institué de supplice, comme s’il étoit impos-l
sible que des êtres doués de l’usage de la raison pussent le commettre jamais (zjl
le parricide est inconnu en Egypte et dans la plupart des contrées de la domil
nation Turque.
Un vieillard est le juge naturel des petits démêlés qui peuvent naître parmi
les membres de sa famille; il prononce un arrêt auquel les parties se conformai
sans hésiter, comme si la sagesse divine avoit parlé par sa bouche. Le non!
de vieillard, que les Arabes traduisent par celui de cheykh, est un titre de dignité!
qui porte avec lui la signification de seigneur (3). C e sont les cheylhs ou vieillard!
(1) Savary, Lettres sur YEgypte, tome I , page 129. et les Espagnols, señor. Les Rqmains n’appeloient-ils p»l
(2) On se souvient que Solon avoit négligé défaire une aussi leurs sénateurs patresf et le mot de senatus n a-t-il
loi sur le parricide, regardant ce crime comme impossible. lui-même aucune analogie avec senectus! C’est ainsi que*
Voyez Plutarque, Vie de Solon. dans tous les temps, l’idée de vieillesse emporte avec elle
(3) Le mot seigneur lui-même dérive du latin senior, l’idée de considération et de puissance,
qui équivaut à vieillard. Les Italiens en ont fait r/gnor,
q u i gouvernent les tribus, et exercent sur les esprits un ascendant presque égal
à la puissance souveraine. Dans les familles Égyptiennes, on cède toujours le
pas au plus âge ; il est le premier dans les cérémonies publiques ; il a la place
d’honneur dans les salons ; tout le monde se lève à son approche, et toujours
on lui donne des marques de respect et de considération : la jeunesse, naturelle-,
ment impétueuse, se contient devant lu i; elle recueille avec avidité les récits
qui sortent de sa bouche; elle se plaît dans ses entretiens. Nous serions presque
tentés de croire que cette communication libre et sans affectation de l’expérience
avec la légéreté contribue plus que tout le reste à donner de bonne heure au
caractère Oriental une gravité qui n’est pour les autres peuples que l’effet tardif
des années.
L’Orient, que I on s accorde à regarder comme le berceau des nations, fut aussi
le théâtre des moeurs patriarcales : c’est dans cette région que les moeurs primitives
se sont le plus long-temps conservées, puisqu’on les retrouve encore dans presque
toute leur simplicité sous les tentes des Arabes. Une foule d’usages qui remontent
jusquaux époques les plus reculées, se sont perpétués dans les familles; et lorsque
les Arabes s emparèrent de I A s ie , ils y répandirent, avec leurs préjugés religieux,
les habitudes sociales de leurs pères. L e respect pour la vieillesse, déjà si grand en
Egypte, ainsi que 1 attestent divers passages des écrivains sacrés, s’accrut encore
sous Iinfluence des moeurs Arabes; 1 autorité paternelle y reprit le sceptre que la
nature semble lui accorder, et quelle possédoit autrefois, pendant que l’ancienne
Egypte étoit encore florissante ( i ) : voilà comment cette vertu si honorable fut
conservée pure de toute altération. Les peuples qui la pratiquent, étrangers à la
corruption morale qui infecte ordinairement les grandes sociétés, trouvent leur
bonheur dans les jouissances de la nature : ils les cherchent rarement hors de son
sein. Heureux encore dans leur ignorance, puisque, s’ils sont privés des avantages
que procure la civilisation, ils sont aussi exempts de certains vices qu’elle entraîne
à sa suite! Et si l’Europe est la patrie des arts, le théâtre brillant des plaisirs
et des triomphes de la jeunesse, l’Orient, l’Egypte sur-tout, est en quelque sorte
le paradis des vieillards.
S. II.
D es Cérémonies funèbres.
Les Égyptiens modernes ont encore, comme les anciens, un respect particulier
pour les morts. Les funérailles, sans avoir le même appareil qu’au temps des Pharaons,
sont accompagnées d’un grand cérémonial : les corps ne sont plus embau-
m«; mais on les dépose du moins avec dignité dans la tombe qui doit être leur
Eternel asile ; le service des morts se fait avec appareil ; les parens et les amis du
(■) “ II ny a, parmi les Grecs, que les Lacédémoniens »détourne; si un vieillard survient dans un endroit où
•qui s a cco rden t avec les Égyptiens dans le respect que » se trouve un jeune homme, celui-ci se lève. » Voir Hé-
.Cs îeunes Sens ont pour les vieillards. Si un jeune rodote, livre II, §. 80, traduction de Larcher, édition
omme rencontre un vieillard, il lui cède (epas, et se de 1786.
■£ Al. TOME II, 2.e partie. L il 2