
T A N N E R IE S .
Les tanneries, el-madâbegh, forment une industrie assez considérable : c'est dans
1 ouest de la ville ( i ) que sont les grandes tanneries; deux à trois cents ouvrier
tanneurs, madâbghyeh, y travaillent à-la-fois, dans une vaste cour; on y tanne k
peaux de vache, de buffle, de mouton, de chèvre, &c. On commence par en
enlever le poil au moyen de l’eau de chaux ; ensuite on les prépare avec du sel e
des graines de qarad [Mimosa nilotica]. L ’opération dure vingt à trente jours sut
vant là saison.
■ On commence aussi dans ces ateliers la préparation du maroquin, appelé
sakhtyân, c’est-à-dire qu’on y passe la peau de chèvre, après l’avoir tannée, à la
teinture en rouge et en autres couleurs. On se sert du rommân ou grenade pour
teindre en jaune, d u beqqem, bois coloré, ainsi que d u doudou d e là cochenille
pour teindre en rouge, et d agâz ou vitriol pour teindre en noir. On ne trempe
point la peau dans le bain; mais l’ouvrier verse la teinture sur les peaux, et les
frotte aussitôt avec vivacité : la teinture est appliquée deux fois, après quoi l’on
fait sécher les peaux au soleil.
On achève dans un grand ok e l, non loin du Soukkâryeh (a ) , le maroquin du
Kaire commencé au madâbegh. D ’abord on augmente la souplesse du maroquin
en pressant la peau dans tous les sens pour la rendre flexible : à cet effet, on se sen
d une traverse en bois, et on racle la peau avec un instrument de fer plat et arqué,
un peu aigu, ayant un gros manche; il faut un jour pour étendre la peau parfaitement
(3). L ’usage le plusreommun qu’on fait du maroquin, est pour les babouches
et les bottines!
Beaucoup d ouvrages en cuir et en peau sont fabriqués au Kaire avec succès I
savoir ; les chaussures, telles que babouches du pays appelées balgha, pantoufles,’
bottines, & c „ travaillées par les cordonniers, saramâtyn (4) ; les selles de chevaux I
a la mamlouk; celles des baudets, confectionnées dans le quartier el-Barâde’yeh (5);
les sangles, longes et entraves, travaillées dans le Choukâlyeh (6), &c. ; ces ouvrages I
sont brodés quelquefois avec beaucoup d’adresse. Les bardes de chameau, châgier,
se font tout auprès dans le Morâhlyeh (7). Les outres et autres ouvrages semblables I
appelés qerab, les outres de chameau qui s’appellent rayyeh, les bidons ou petites I
outres.zamzamyeh, tous ces articles sont fabriqués dans le Qerâbyeh (8). Les pots en I
cuir fondu, qest, servant à mettre l’huile, le beurre et le miel, et qui sont d’un I
grand usage dans le pays, se vendent dans le Monâkhlyeh, près du Soukkâryeh.
T A I L L E U R S .
Dans les mémoires sur les moeurs et les usages des habitans, on s’est étendu sur
les différentes parties du costume Égyptien : quoique simple de forme, il occupe
et Ü , ' 1 1 I M - w l- 1 | P ” 4 , 0 - . 4 , (4 ) V o y .p l. 26> Ê . M .v o 1.1 a I , H „aille™ .
, i v ’ 4; 5); • M im Ê m im Ê Ë Ë
- ) Voyez planche 26, E . M .v o l. 1 ( n." 339, N-7 ). ( 6 ) Ibid. (n.” 3 , T - 6.)
( 3) Voyez planche x x v i , f i g . 4 , Arts et Métiers, et - ( 7 ) Ibid. ( n . " 5 T - 6 . )
I explication par M. Botidet. ( 8 ) 74M. (n.° 240, N - 7 .)
un très-grand nombre d ouvriers tailleurs, klieyâtyn, attendu qu’il se compose de
beaucoup de pièces diverses. Je remarquerai seulement que les tuniques à l’usage
des femmes et des hommes ne me semblent pas avoir changé de forme depuis la
plus haute antiquité; le nom de ce vêtement est tob qamys, et sa longueur, égale à
1 ouverture des deux bras étendus, est double de la largeur. La tunique est ouverte
en totalité, elle descend un peu au-dessous de la hauteur du genou. J’ai reconnu
cette meme forme tant sur les tuniques trouvées dans les hypogées que parmi les
peintures des tombeaux des rois : aujourd’hui l’on possède beaucoup de tuniques de
momies qui confirment cette observation ( \ ).
F O U R R E U R S .
Les fourrures sont le luxe particulier aux cheykhs et aux grands personnages:
ce sont des Grecs qui font au Kaire le metier de fourreurs ,farrâyn / ils sont établis
dans plusieurs quartiers (2). Leur industrie ne présente rien de particulier.
3 . 0 A R T S Q U I S E R V E N T A L O G E R E T A M E U B L E R ,
ET D IV E R S A R T S É C O N O M IQ U E S .
Les principaux arts qui servent à construire les habitations au Kaire, sont, 1 f . pour
le travail des pierres et minéraux, ceux du tailleur de pierres, du briquetier, du
chaufournier, du plâtrier, du maçon, du couvreur ; 2.0 pour le travail des métaux,
ceux du forgeron, du taillandier, du serrurier; 3.0 pour le travail du bois et des
substances vegetales, ceux du scieur de long, du charpentier, du menuisier, du
serrurier en bois, &c.
Les principaux arts consacrés à l’ameublement ou l’embellissement des habitations
consistent dans les suivans, divisés comme tout-à-l’heure : 1 ? ceux du potier, du
verrier, &c.; 2 “ ceux du ferblantier, du chaudronnier, de l’étameur, de l’orfévre,
de 1 armurier, & c .; 3.° ceux du tourneur, du nattier, du vannier, des faiseurs de
sparterie, balais, couffes et paniers, &c.
Les principaux arts destines a satisfaire les divers besoins économiques sont ceux
du fabricant de meules à moudre, du salpêtrier, du fabricant de sel ammoniac, du
lapidaire, &c.; ceux du maréchal, des faiseurs de clinquant, de fil de fer et de
laiton, &c. ; ceux du cordier, des fabricans de sacs, de pipes, &c.; dupileurde tabac,
du cartonnier, du fabricant d’encre, du faiseur de mottes, du fabricant de charbon,
&c.; ceux des ouvriers en ambre, en corail et en nacre, des ouvriers en crin
et étoffes de crm, des fabricans de bougies et de luminaires, <&c. &c.
Bien des professions subalternes sont ici passées sous silence, comme étrangères
à l’industrie proprement dite, telles que celles du barbier, du batelier, du chamelier,
de i’ânier, de ceux qui préparent les illuminations, &c. L ’Explication du plan du
Kaire ci-dessus suppléera aux omissions. Il seroit trop long d’insister sur tous ces
arts; ils sont d’ailleurs trop peu avancés en Egypte pour qu’il soit utile d’entrer
( 1 ) Voyez Ant. Descr. chap. XVIII.
(2) V oyez planche 26, É. M. vol./ (n.° 34, P - j , et n.° 4 9 ,R -jo ).