
l’objet d’un certain culte ; mais ils ne les honorent que pour obtenir d’eux |j
santé, ou bien encore la fécondité de leurs femmes. Us leur attribuent aussi le
pouvoir de détourner l’envie et les maléfices. L ’ignorance et le fanatisme |es
portent à attribuer à un simple coup-d’ceil beaucoup d’influence sur la santé sur
la vie même des individus : c’est pour rompre ces prétendus enchantemens q u 'l
ont recours à leurs santons. A u reste, les Juifs, qui ne sont ni moins aveugles
ni moins superstitieux que les Arabes, révèrent leurs saints dans le même but
L e peuple a recours en outre à une foule d’autres moyens, dont nous parlerons
pour détourner, comme il dit, le mauvais mil
Le s Egyptiens ont plusieurs autres pratiques ridicules qui tiennent à la foi-
blesse de leur organisation morale.- Un Mahométan, après s’être coupé quelques]
cheveux ou quelques poils, se garderait bien de les jeter au vent; il les enferme
soigneusement dans un papier ficelé qu’il cache dans un trou. Ce procédé ii-
zarre est suivi généralement par le peuple.
Pendant que l’ârmée Française occupoit la contrée, on avoit établi dans
toutes les villes des hôpitaux militaires ; des musulmans étoient attachés à ces
hôpitaux pour la sépulture des morts. Nous nous apercevions qu’ils plaçoient I
les corps dans une position tout-à-fait contraire, selon qu’ils appartenoient à un]
Mahométan ou à un Chrétien. Nous leur demandâmes un jour la cause de |
cette distinction ; |j C ’est, nous répondirent-ils sérieusement, que les disciples de]
» Mahomet doivent aller au ciel; voilà pourquoi nous les couchons sur le dos:1
» les ames des infidèles, au contraire, descendent en un lieu souterrain, et voilà !
» pourquoi n-ous couchons leurs cadavres sur le v entre; c’est pour facilitera]
» abréger le voyage des ames. » Quel peuple que celui qui est livré à de pareillesI
croyances !
Les Mamlouks ont des habitudes appropriées à leur caractère et à leur]
éducation: jamais on ne les voit sans armes; ils ne se rendent pas même à un j
repas de cérémonie sans en être revêtus. Les trahisons fréquentes parmi eux les]
obligent à cette précaution ; d’ailleurs les grands repas ont souvent été l’ocra-]
sion et le moyen des meurtres et des vengeances : ils se tiennent donc sur]
leurs gardes contre de pareilles embûches. L a coutume d’être armé constant ;
ment est générale parmi les Orientaux : c’est même chez eux un objet de luxe.]
Les armes font en quelque sorte partie de leur costume ; il y manquerait quelque]
chose, si la ceinture n étoit garnie de riches pistolets et d ’un beau poignard]
C e t appareil martial est d’accord avec leur genre de vie et leurs inclinations]
guerrières.
Les Egyptiens sont naturellement secs et d’une constitution bilieuse. On ne trouve |
que parmi les Qobtes, ou parmi les chrétiens nommés Levantins, des hommes]
gros et puissans.
Les Qobtes sont les plus timides d’entre les Égyptiens : on ne saurait imaginer |
jusquoù vont leur indolence et leur poltronnerie. C e dernier défaut e s t facile à]
expliquer ; on en trouvera la véritable cause dans l’état de servitude où ils sont]
réduits depuis tant de siècles.
• s’iil
S’il est vrai que l’Égypte antique ait inspiré au poëte Orphée les premières
idées de l’harmonie musicale , 1 Égypte moderne est bien déchue sous ce rapport
c om m e sous tous les autres. La musique n’est plus dans cette contrée qu’une
barytonie bruyante dont 1 éclat disgracieux révolte le bon goût et blesse l’oreille.
Cette musique , toute vicieuse qu’elle nous paraît, a cependant la puissance de
ch a rm e r le beau sexe Égyptien, qu i, en même temps, méprise souverainement
la musique Européenne. Nous avons vu des femmes se pâmer de plaisir
en entendant la voix rauque des chanteurs Arabes, qui sont d’ailleurs estropiés
pour la plupart et d’un extérieur dégoûtant. Us accompagnent leurs chants d’un
ou de deux instrumens aigres et sans accord entre eux ( t ). Mais les musiciennes
par excellence sont les a'imeh; celles-là ont le privilège exclusif de faire les délices
des Égyptiens. D u reste, les a ’imeh ont aussi la voix .fausse et désagréable : il
faut être Égyptien pour y trouver quelque chose de mélodieux. Ces femmes,
q u i appartiennent ordinairement aux classes du peuple, sont réputées poètes et
improvisatrices.
Une des choses qui frappent le plus un Européen en parcourant les rues du
Kaire, c’est de voir des enfans couverts de haillons et de poussière raisonner entre
eux avec beaucoup de sang-froid, de gravité et d’importance. II n’est pas itioins
étonnant pour lui de voir les gens du peuple se quereller avec véhémence, s’accabler
réciproquement d’injures et pousser des cris violens, se menacer et même
se toucher légèrement avec le bâton, puis se séparer sans en venir à d’autres
voies de fait ; il est rare que leurs disputes aient un résultat plus sérieux.
On remarque dans les ateliers l’adresse avec laquelle les ouvriers se servent
de ¡.’orteil du pied pour accélérer leurs travaux : leurs mains auraient peine à
exécuter les mêmes mouvemens avec plus de justesse et de célérité.
On peut citer,- sous le rapport de l’adresse, l’habileté des barbiers Égyptiens.
Us sont peut-être les premiers du monde dans leur profession; cependant leurs
manières sont gênantes quand on n’y est pas accoutumé. Us excellent sur-tout
dans l’art de raser la tête.
Les Orientaux livrés au commerce de l’argent jouissent, en général, d’une
assez mauvaise réputation sous le rapport de l’intégrité ; mais cette inculpation
est injuste. Les peseurs publics, et les serrâf ou changeurs de monnoies, sont connus
en Egypte pour leur délicatesse et leur probité : il n’est presque pas d’exemple
que des hommes de cette profession aient abusé des fonctions délicates dont
ils sont chargés. L e commerce fait le plus grand éloge des serrâf : il est vrai
qu’ils ont assez de moyens légitimes pour amasser rapidement une grasse fortune
sans avoir recours à la fraude. A u bout de quelques années , ils quittent
leurcharge, ou la conservent pour leur plaisir; car ordinairement ce temps leur
suffit pour devenir assez riches.
^ 0) On doit remarquer que la musique Arab e , outre on s’aperçoit bientôt que ces tiers de ton font partie du
s tons et demi-tons de notre échelle chromatique, système musical. Voye^, à ce sujet, le Mémoire de
procédé encore par tiers de ton; ce sont ces derniers M. Villoteau sur la musique des Égyptiens modernes,
?Uüne orciHe Européenne prend d'abord pour de fausses È. Ai. tom. I.tT, pag, 607.
'ntonations. M ais, en étudiant mieux le chant Arabe,