
comme une pièce de moimoie , ou plutôt comme dés moules de bouton. Les pfus
grandes sont liées par une infinité d’autrës très-petites, semblables à des lentilles
mais moins grosses. L e sol étant jonché de ces coquilles innombrables, dès que
le vent souffle, il fait entendre ,de ce côté un cliquetis bruyant. La couleur en
est blanche, quelquefois rose : souvent l’épaisseur est coupée en deux, et montre
à découvert un dessin spiral. Parfois la pierre du MOqattam renferme des vis et
des coquilles d’ammon pétrifiées.
A l’égard des restés antiques existant dans la citadelle, il en est question dans
le chápitre X X des Antiquités-Descriptions.
§. IV.
D e la Population du K a ir e , dé la Santé des HàbüàVà, 'et de la Mortalité.
A y a n t consacré un mémoire spécial à la population de l’Égypte, et traité de
ce qui regarde celle du Kaire en particulier; je dois me borner ici à peu de mbts.
J’ai expliqué la causé qui a fait exagérer la population du Kaire ; c’est l’apparence
que présentent certaines rues étroites, où l’affluencë ést plué' grande que dans nos j
villes d’Europe les plus peuplées : toutes lés autres niés sont loin de présenter le I
même aspect. C e n’est pas seulement le commerce et le soin dës affaires qui rassemblent
une si grande foule sur un certain nombre de points, c’est encore le défaut
de communication entre les quartiers, qui oblige de passer par les rues princi- I
pales. Je distinguerai les différentes classés d’habitans suivant la religion, la nation
et le sexe auxquels ils appartiennent, et aussi suivant l’âge et la condition I
des individus. Quant aux professions, elles seront détaillées dans le paragraphe I
suivant sur 1 industrie des habitans du Kaire. D ’apiès différentes doiinées, jai I
évalue cette population à environ 263,000, et, en nombre rond, à 260,000, pour I
lannee 179 8; cest un huitième de moins que l’estimation admise par íes Francs
résidant au Kaire antérieurement à l’expédition : il faudroit faire la même réduction
sur le nombre des individus appartenant aux différentes professions. Les ¿6o,doo
habitans se composoient ainsi, selon moi :
1.” Sous le rapport de la religion : Grecs schismatiques, 5000; Chrétieils Jacb-
bites, 10,000; Grecs catholiques de Syrie et Maronites, 500b ; Chrétiens d’Arménie,
2000; Religión Juivë, 3000 ( i ) ; Chrétiens francs, catholiques et protestant
, 4° o ; le reste, Mahométans.
2.0 Sous le rapport de la nation : Égyptiens Coptes , 10,000; Juifs, 3000;
Syriens, j o o o ; Arméniens, 200d; Greeë, 3000; Francs ou Européens, tô’oo;
Mamiouks et Odjaklis, io ,4o o ; Turks ou Osmanlis, i 0,000; Africains, Nègres,
Barâbrah, Nubiens et Éthiopiens des deüx sexes, ii,O o o ; Égyptiens musulmans,
et Arabes, environ 2 10,000.
3.0 Sous le rapport du sexe et de l’âge ; 114,000 mâles, 146,000 femmes ou
filles. L e nombre des adultes des deux sexes est 193,000 ; celui des enfans, 63,000.
( i ) Je crois ce nombre trop foible.
4.° Sous le rapport des conditions, et sans parler des femmes ni des enfans:
militaires, environ 10,400; ordre civil divisé ainsi; u’iémâs, cheykhs, hommes
Je loi, effendys, &c., nombre inconnu, mais qu’on peut réunir aux propriétaires
et moultezims, en tout 3000; commerçans en gros, 3300; marchands en détail,
4300’ maîtres de café , 1300; artisans établis, 21,800 ( y compris les âniers
et les chameliers) ; ouvriers, journaliers et porte-faix, 4300 ; manouvriers qui ont
peine a vivre de leur travail, 8600; serviteurs mâles, savoir: bâtonniers, sâys, valets,
porteurs deau, 26,400; en tout 86,000 individus, autres que les enfans et les
femmes. Quant aux domestiques du sexe féminin, un très-grand nombre d’entre
elles se composent de Négresses et de Nubiennes ; peu de gens aisés en ont moins
de deux; souvent le nombre va à quatre ou cinq.
Quant à la distinction de la population en personnes libres et en esclaves,' elle
est presque superflue, attendu qu’il n’y a que les noirs des deux sexes et un petit
nombre de Nubiennes qui ne jouissent pas de la liberté ; mais il ne faut pas comprendre
dans ce nombre les 1 2,000 individus Nègres, Nubiens et Éthiopiens
mentionnés ci-dessus, attendu que beaucoup d’entre eux ont été émancipés par
leurs maîtres et exercent des professions libres; quelques-uns sont propriétaires
ou négocians, &c. A u reste, l’état d’esclavage est bien différent en Égypte de ce
quil étoit chez les anciens, ou de ce qu’il est encore dans les colonies; c’est un
point qui a été éclairci dans d’autres mémoires, et je dois y renvoyer, sur-tout à
celui de M. de Chabrol sur les moeurs des Égyptiens. Il suffit de dire que le
serviteur noir est considéré plutôt comme le fils que comme le domestique de
la maison. La mansuétude des maîtres envers leurs esclaves tient à des causes qu’il
seroit trop long de développer. On sait aussi que beaucoup d’A fricains sont
parvenus en Égypte aux plus grandes charges militaires, sous le gouvernement
des Mamiouks, chez lesquels, à la vérité, la bravoure menoit à tout. Je me permettrai
une seule réflexion; c’est que si les Éthiopiens sont susceptibles (comme
on ne peut raisonnablement en douter) de se former à notre civilisation, le
moyen pour eux d’y parvenir est de s’établir quelque temps en Égypte, où ils
trouvent des moeurs et des idées non entièrement différentes des leurs; c’est, en
quelque sorte, une transition à l’ordre des idées Européennes, si différent de
l’état des choses propre à l’Afrique intérieure.
Il ne sera pas hors de propos de dire un mot des Barâbrah qui demeurent au
Kaire. Ces hommes viennent de la Nubie inférieure, où ils habitent de misérables
huttes; là ils cultivent une langue ctroite^de terre que le fleuve laisse entre le granit
et lui, et ils vivent de quelques dattes. On voit peu d’arbres dans ces contrées : ce
sont quelques doums, quelques sount ou acacias, et des dattiers. Ces hommes ont
dans leurs mouvemens une grande lenteur; leur humeur est paresseuse. Les
Barâbrah, parleur pauvreté, leur fidélité, la simplicité de leurs moeurs et la douceur
de leur caractère, sont d’ailleurs comparables aux Savoyards : de même que
ceux-ci quittent leurs montagnes pour venir à Paris exercer quelque métier où ils
gagnent à peine du pain, les hommes voisins de la cataracte et de la basse Nubie
quittent leurs rochers pour venir au Kaire. Presque tous y sont domestiques. L a plus