
d’être mentionnées, si elles n’étoient étrangères au sujet: par exemple, l’existence
des canelliers. En effet, sur la rive gauche du Nil, entre la montagne et le fleuve,
on voit plusieurs arbres assez forts, dont la légende est ainsi conçue: Ly sont les
arbres produisons la canelle ( i ).
Je terminerai cet article par quelques remarques succinctes sur divers endroits
de la ville. On croit qu’Ebn-Younis, fameux astronome, qui mourut l’an 395 de
l ’hégire [ 31 mai 1008 ] avoit son observatoire non loin de la porte actùelle de
Qarâfeh. L ’existence d’un observatoire est une tradition que l’on retrouve sur ce
lieu; mais, selon le savant M. Caussin (2), l’observatoire étoit près de Birkët el-
Habech, lieu qui fut depuis converti en jardin avec des bâtimens, et correspondant
à l’endroit appelé sur le plan Birket Touloun (3). Ce savant prouve bien qu’un
observatoire étoit établi avant el-Afdâl, fils de Bedr el-Gemâ!y ( quoique Maqryzy
dise que ce fut sous ce dernier que le lieu prit le nom d’observatoire, c’est-à-
dire, plus de cent ans après la mort d’Ebn-Younis). El-Afdâl y fit établir une
sphère armillaire d’une grandeur remarquable, avec un cercle de dix coudées
de diamètre : elle étoit placée au-dessus d’une mosquée dans le grand Qarâfeh, ou
la mosquée de l’observatoire. Ce dernier endroit (4) est fort éloigné de Birket
T ou loun, la porte de Qarâfeh étant à t 300 mètres plus à l’est; mais il est élevé
et convient aussi très-bien pour un observatoire. Il ne seroit donc pas impossible '
de concilier les deux opinions; Ebn Younis auroit eu son observatoire près de
Qarâfeh, et un autre auroit été élevé un siècle plus tard, auprès de Birket el-
Habech (ou el-Touloun), par el-Afdâl, parce qu’alors on abandonna celui de
l’est pour un motif quelconque. A u reste, voici la situation que Maqryzy donne à
l’édifice : « L ’observatoire du Kaire est une hauteur qui domine au midi sur
» Birket el-Habech : du côté du levant, c’est une plaine; on y vient de Qarâfeh
» sans monter. On appeloit autrefois cette hauteur el-Joref, ensuite on l’appela
» l ’Observatoire.....................L e cercle n’ayant pu être élevé sur cette mosquée, on
» transporta l’observatoire à la mosquée el-Gyouchy; enfin, sous le vizir el-Mâ-
>■ moun el-Batayi, on porta l’instrument sur la porte Bâb el-Nasr. » Ainsi l’observatoire
changea de place plusieurs fois (5).
A la partie nord étoit une porte appelée Bâb el-Sebâa’, ou des Lions (6) ; c est aussi
le nom de la rue voisine, Derb el-Sebâa'. Cette localité tire son nom de deux lions
qui sont sculptés sur les murs de la rue, auprès de la porte; la matière est un
calcaire compacte, susceptible d’un assez beau poli, de la nature de la pierre de
Qâou el-Kebyreh, qu’on voit au temple d’Antæopolis dans la haute Egypte. Ces
lions ont été sculptés par ordre du sultan el-Dâher, le même qui a fait construire la
grande mosquée de son nom, placée hors de la ville, du côté du nord. Les gens
( i ) Quant aux crocodiles que le graveur a placés sur
le bord du fleuve, on peut les regarder, je crois 5 comme
un ornement. Pierre Belon, dans son curieux livre intitulé
Observations de plusieurs singularitez c. {Paris, 1588,
in-ef.."j pag. 264), rapporte qu’il a vu au Kaire plusieurs
girafes dans le palais des sultans : il en fournit même une
assez bonne figure, et lui donne le nom de jurnapa.
(2) Voyez les Tables Hahêmites, traduites p a r M. Caussin
de Perceval.
(3) Voyez planche 26, E. M. vol. I ( n.° 238,
V-10).
(4 ) ^oyez planche 26 (Y -4 ).
(5 ) Tables H ahêmites, Ioc. cit.
(6) Voyez planche 26, E. M. vol. I (n.° 349» B-5).
du lieu débitent gravement que, dans une même nuit, Qâyd-aghâ enleva- ces
lions, les porta à sa maison, et les reporta à leur place.
La grande rue nommée D el’ el-Samak ¿LcuJI æLA , située près de Qantarat
el-Gedyd ( 1 ) , tire son n om , dit-on, de deux grands os de cétacé suspendus à
un santon ; ces mots signifient cote de poisson : j’ignore qui les y a fait poser.
On voit encore une vertèbre énorme de poisson suspendue au dehors de la belle
citerne Hasan Kykhyeh (2); le diamètre est d’un quart de mètre[9 pouces],
A la porte de Moutouâlly, bâtie par le sultan de ce nom , j’ai remarqué aussi
des boulets suspendus à des chaînes, et dont j’ignore aussi l’origine ( 3 ).
Ce qu’on nomme Mastabet Fara’oun [le siège de Pharaon], est une tourelle
nonquée, élevée seulement de y mètres, et appliquée contre la muraille de la
mosquée el-Gaouly, à l’ouest de la mosquée de Touloun, dans la grande rue qui
mène à la citadelle [£]. Cette tourelle faisoitpartie d’une ancienne construction très-
élevée, bâtie sur un rocher et garnie de tours, Qala’t el-Kabch [ le fort du Mouton ].
C’est devant Gâma’ el-Gaouly qu’étoit un beau sarcophage Égyptien en granit noir
que les habitans appeloient el-Hod el-Marsoud. Isma’yl-bey l’a fait transporter dans
cet endroit; on débite à ce sujet des contes absurdes (y).
§. V I I I .
Observations sur plusieurs Usages du Kaire.
L e s places publiques, au Kaire, rassemblent une foule d’oisifs et d’individus que
des charlatans s’occupent à divertir, comme on le voit dans les villes d’Europe;
on peut citer sur-tout la place de Roumeyleh, qui est au pied du château, où se
tient une foire perpétuelle. Les rochers saillans qui sont au milieu de la iplace
servent d’appui aux boutiques ambulantes des petits marchands de tabac, de
cannes à sucre, de vieux fer, &c. D ’étroites habitations sont adossées contre la
magnifique mosquée du Soultân Hasan ; à peine comprend-on que des humains
puissent y séjourner, tant elles sont basses et petites : on les croiroit plutôt destinées
à des animaux immondes; car ce sont des niches arrondies de 4 pieds de hauteur,
construites en terre mêlée de quelques pierres, et ouvertes par le haut. Une famille
entière vit dans ces trous de 6 pieds de diamètre; la misère et la saleté de ces
gens font reculer de dégoût. C ’est à peu près la même chose dans des masures du
même endroit qui cependant, au dehors, ont une assez bonne apparence. Étant
entré dans l’intérieur d’une de ces maisons, je fus saisi par une odeur infecte, et
surpris de l’horrible malpropreté qui y régnoit ; les murs étoient tout noircis : ce
qui provient de ce que ces gens allument du feu par-tout indistinctement; ils y
encombrent différens animaux, et y vivent pêle-mêle avec eux. Ayant porté les
( i ) V oyez planche 26, E. M. vol. / ( n.° 27, O-9). pl. 24, 2$ ; aujourd’hui il est à Londres. Voyez l’explica-
(2) Ibid. ( N - 10 ), vis-à-vis de Hârt Safyeh, n.°43- tion des planches du V.® volume $ Antiquités, et le cha-
(3 ) Ibid. ( n.° 250, M-6.) H pitre XX des Antiquités-Descriptions.
(4 ) Jbid.[n.° 201, V-10.) Consultez VAppendice pour quelquesautresdétailssur
(5) Le monument est gravé dans l’ouvrage, A. vol. V, lés anciennes rues et portes de la ville.