
MEMOIRE
sort des armes en a autrement disposé. Si les derniers événemens militaires ■
ont amené l'évacuation de l’Égypte, ont privé la France d’un trophée qui
enrichir le musée de la capitale, les arts et les sciences n’ont pas à en regretter
la perte entière, puisque notre implacable rivale s’en est emparée : les savans etI
les artistes pourront aller admirer, dans le musée de Londres, ce monolithe '
précieux pour les arts et pour l’histoire.
26. Près et vis-a-vis la mosquée de Saint-Athanase, on remarque encore sur pjC([
trois colonnes de granit rouge, dont le lût monolithe peut avoir 12213 mètres
d élévation, sur 140 centimètres de-diamètre moyen. L ’alignement de ces belles I
colonnes, espacées de quinze à vingt pas entre elles, se dirige assez bien sur celui I
de la rue qu i, de la porte occidentale du port v ieu x , se termine à la porte de I
Rosette. On voit sur pied sept à huit autres colonnes également colossales, obscurément
engagées dans les murs de la façade intérieure des premières maisons qu’on
trouve à droite en arrivant au village adjacent à cette porte orientale de l’enceinte
et aujourd’hui presque entièrement détruit. En juillet 1692, M. de Maillet le consul
en compta un grand nombre d’autres sur le même alignement de cette ancienne rut I
27. Des ruines considérables que l’on voit à 160 mètres à l’est de cette mêmel
mosquée, et qui présentent des pans énormes d’anciennes constructions en briques !
rouges, appartiennent, ainsi que celles qui sont situées à 350 mètres au nord-esi
de la mosquee des Septante, a d anciens palais dans lesquels on aperçoit encore
des arcades et des restes de bassins ou de réservoirs d’eau. L ’examen de ces j
ruines fait présumer que ces monumens ont renfermé des bains ou des fontaines
publiques. Les masses de ciment rouge qui enveloppent les briques plates et à
grandes dimensions de cette lourde et épaisse maçonnerie, ont acquis, par le I
temps, la ténacité de la roche la plus compacte et la plus dure.
28. L e nombre des bains, autrefois si considérable, se réduit aujourd’hui à [
deux ou trois dans l’étendue de cette enceinte. On en trouve un qui, ouvert au
public, est adossé aux ruines du palais situé près de la mosquée de Saint-Athanase. I
Je n en donnerai pas la description particulière, parce qu’il ressemble à tous ceux
qui sont ouverts au public, au Kaire et dans toutes les villes d’Égypte, et quel
d autres que moi auront ajouté des plans aux détails descriptifs qu’ils en auront I
donnés dans la Description de l ’Égypte.
29. L aqueduc, dont les arcades élevées portoient, du centre de l’enceimel
A rabe, des eaux a la grosse tour de la porte nord, donnant sur l’esplanade du I
port neuf, etoit de construction moderne ou du moyen âge. Il a été démoli dans
les travaux des nouvelles fortifications faites par les Français.
embarqués avec le beau sarcophage de la mosquée de
Saint-Athanase, deux sarcophages du Kaire, doni l’un
connu depuis long-temps sous le nom d e Fontaine des amoureux,
ëtoit placé dans le soubassement de l’escalier de la
mosquée de Touloun , donnant sur une des grandes
rues du Kaire ; un autre sarcophage dont la configuration
avoit la forme du corps de l’homme ; deux
autres petits obélisques en pierre noire, dite Thébaïque,
de trois à quatre mètres de hauteur; la pierre aux trois
inscriptions, le poignet de l’un des colosses de Memphis,
et autres fragmens de cuves et de statues. Ces antiques I
furent embarquées sur des bâtimens, que les conditions !
de l’évacuation ne nous laissèrent malheureusement pas I
ramener en France. J’ai dessiné les hiéroglyphes des deux j
petits obélisques en basalte ou espèce de trapp; j’ai fait
les plans et coupes du sarcophage à forme du corps hu-
main. Voyez en les détails, donnés par MM. Jom ard et I
Raffeneau, A. vol. V, planches 21, 22, 2j et 2j.
30. Les seuls monumens qui aient échappé, en partie du moins, aux ravages des
temps, sont des citernes ou réservoirs d eau destinés à l’approvisionnement annuel
de la ville. Ces souterrains, sur lesquels la ville étoit bâtie, offrent des voûtes soutenues
par des colonnes formant des arcades à deux et trois étages. Les parois
intérieures sont enduites d'une couche épaisse d’un ciment rouge imperméable
à l'eau. Établies à des niveaux plus ou moins élevés, mais généralement inférieurs
de 5 ou 6 mètres à celui des eaux de la mer, ces citernes sont vastes, profondes
et à plusieurs regards; les angles sont occupés par des puits semi-circulaires, sur
les parois verticales desquels on a pratiqué des trous dont les ouvriers se servent
comme d’échelons pour y poser leurs pieds, soit en descendant, soit en remontant,
lotsqu ils exécutent les travaux des réparations quon est obligé d’y faire
pour le curement de la vase que les eaux du Nil y déposent annuellement.
Le plan souterrain d Alexandrie seroit aussi curieux qu’intéressant à joindre à
celui que nous offrons de son site ( 1 ), puisqu’en facilitant l’étude de l’ancien état
des lieux, il piesenteioit ictendue des ressources quune population nombreuse
s’etoit créées pour satisfaire à l’un des premiers besoins de son existence.
Le nombre des citernes de 1 enceinte etoit encore, il y a quelques années, de
trois cent quatre-vingts à quatre cents. On n’en compte plus aujourd’hui que trois
cent huit ; mais cette quantité ne peut que diminuer encore par l ’effet de la
négligence que 1 on apporte a les réparer ou à les entretenir en bon état ; néanmoins
elle peut suffire aux besoins de la population actuelle d’Alexandrie et à ceux
de la marine pendant près de deux années. On est assuré qu’un nombre considérable
d’autres anciennes citernes restent ensevelies sous les décombres de cette ville.
Le nombre des citernes en état de service est réduit à deux cent sept ; leur
capacité, déduction faite d un trentième environ par estimation des pleins des
colonnes et piliers des arcades de soutènement, a été portée à 3 3,43 8 mètres cubes,
cest-à-dire, à 161 mètres cubes de capacité partielle et moyenne. Or, le mètre cube
deau douce pesant 2042 livres 173 millièmes, et 2000 livres, poids de marc,
- 979 kilogrammes 1 décagramme de compte ro n d , comme le tonneau de
mer, a raison de 70 livres = 3 4 kilogrammes 27 décagrammes au pied cube
deau douce, on a la quantité de 66,876,000 livres, qui, divisées par 6 livres,
poids de trois pintes d eau, qui sont la ration d’un homme dans un jour, donnent
11,146,000 rations, qui peuvent suffire à la consommation de vingt mille hommes,
compris moitié de la garnison, en cas de siège, pendant cinq cent cinquante-sept
jours, ou pendant dix-huit mois environ.
Je n ai, dans ce calcul, aucun égard aux pertes provenant des évaporations et des
transports, parce que ces pertes inévitables sont suffisamment compensées par les
reserves d’eaux pluviales et celles des eaux de puits, plus ou moins potables,
quon trouve dans beaucoup de maisons particulières de la ville moderne, comme
nous lavons dit plus haut, et par les autres ressources dont nous allons parler.
par M *oulerraia d’Alexandrie avoit été entrepris les dimensions et les notes prises par cet ingénieur que
l , a^e> *nêcnieur des ponts et chaussées, qui fut j’ai donné les détails publiés dans ce Mémoire.
»■ge des travaux hydrauliques du port. C ’est d’après