
cours du fleuve au-delà des cataractes, et décrire les nombreux monumens qui
sont sur ses rives ; la troisième devoit reconnoître les bords de la mer Rouge
et le désert qui la sépare du Nil.
L e 2 mars, le général Menou nomma encore une commission, afin d’indiquer
les moyens à prendre pour cadastrer l’Egypte. La commission ( i ) s’assembla
le 4 ; elle arrêta les principales bases de cette opération, que les ingénieurs-
géographes et les ingénieurs des ponts et chaussées devoient diriger : elle fit des
recherches sur les mesures agraires en usage dans le pays et sur la manière d’y
mesurer les terres. Tandis qu’elle s’occupoit des moyens à employer pour
exécuter cette opération, les membres de la commission se disposoient à réaliser
les voyages projetés. On étoit déjà occupé depuis quelque temps à faire des
fouilles aux pyramides ; un grand mouvement étoit imprimé ; chacun rivalisoit
de zèle. Malheureusement cette impulsion fut arrêtée presque à sa naissance.
L e 11 mars, on reçut au Kaire la fâcheuse nouvelle qu’une flotte Anglaise, avec
des troupes de débarquement, avoit paru devant Abouqyr ; et la bataille d’Alexandrie
du 20 mars, dont la nouvelle fut apportée au Kaire le 25, fit évanouir
tous les projets scientifiques. Dès ce moment, on ne s’occupa plus que de
prendre des mesures de sûreté et de se garantir des atteintes de la peste : plusieurs
membres de la Commission avoient déjà été victimes de ce fléau; entre autres,
MM. Champy fils, Coquebert de Montbret, et, plus tard, M. Lerouge. Déjà précédemment,
M. Bodard avoit succombé à la même maladie, et M. Malus,
frappé deux fois de la contagion, n’y avoit échappé que par miracle (2).
Les ingénieurs qui étoient dans la haute Egypte eurent ordre de rentrer au
Kaire : M. Jomard venoit d’arriver, après avoir complété son travail et parcouru
quatre fois toute l’étendue de la province de Minyeh, soit sur les rives du Nil,
soit le long des déserts Libyque et Arabique. MM. Bertre et Lecesne arrivèrent
le 6 a v ril; M. Simonel, plus éloigné, n’arriva que le 15 mai, après avoir été
empoisonné et avoir couru les plus grands dangers.
L a majeure partie des membres de la Commission partit pour se rendre à
Alexandrie ; il n’en resta au Kaire que quelques-uns, avec quatre ingénieurs-
géographes, dont les services étoient nécessaires à l’armée, commandée alors par
le général Belliard : ils s’occupèrent, aussitôt que la peste eut cessé ses ravages,
de faire sur le plan du Kaire tous les changemens survenus depuis le siège de
cette ville.
Après la bataille d’Alexandrie et la désastreuse coupure de la digue sur laquelle
passoit le canal conduisant les eaux du Nil dans cette ville (3), une partie de
l’armée Anglaise se mit en route pour le Kaire, et remonta la rive gauche de
la branche de Rosette; une armée Turque, commandée par le qapytân-pâchâ,
(1) Elle étoit composée de (2) Sans parler de MM. Laporte, Baudouin, attachés
MM. Estève, directeur général des revenus publics; à l’imprimerie; Caquet, dessinateur, et d’autres ingé-
Nouet, astronome ; nieurs ou artistes victimes de l’assassinat, comme
Le Père, directeur des ponts et chaussées ; MM. Joly, Duval, Thévenot, &c., ou morts des mala-
Chanaleilles, directeur des domaines ; dies du climat, tels que M. Leduc, ingénieur-géographe,
et Jacotin, directeur des ingénieurs - géographes. (3) Cet événement a eu lieu le 19 avril.
remontoit
remontoit la rive droite pendant ce temps, le grand-vizir s’approchoit par
le désert. Ces trois armées campèrent en vue du Kaire le 2 juin. L ’armée
Française, commandée par le général Belliard, campée sous les murs de la ville,
étoit trop peu nombreuse pour résister à toutes ces forces réunies, et maintenir
dans le devoir une grande ville, dont l’enceinte, avec les postes établis pour
la défendre, avoit plus de 13000 toises de développement et renferinoit une
population de plus de z y o o o o habitans: Elle fit, le 28 juin, une convention
honorable pour retourner en France. L e 10 juillet, l’armée évacua le Kaire,
et s’embarqua à Abouqyr le 6 septembre, sur des bâtimens Anglais et Grecs,
qui arrivèrent en France dans les mois d’octobre et de novembre. L e directeur
des ingénieurs-géographes, après avoir eu beaucoup de peine à sauver les plans
et cartes que lui et ses collaborateurs avoient recueillis sur l’Egypte, arriva à la
quarantaine de Marseille lé 16 novembre 1802.
Tels sont les détails dans lesquels on a cru devoir entrer, pour faire con-
noître les obstacles qu’on a eus à surmonter pour obtenir les élémens employés
à dresser .la carte de l’Egypte. Si ce but n’a pas été atteint complètement,
le directeur des ingénieurs-géographes en conservera toujours le plus v if regret;
mais il n’en doit pas moins rendre justice au zèle et au mérite de ses coopéra-
teurs, qui ont bravé les dangers, les fatigues et les privations de toute espèce.
Il ne doit pas oublier non plus MM. les généraux, les ingénieurs des ponts et
chaussées, les officiers du génie et de toutes armes, qui ont puissamment concouru
par leurs travaux et leurs renseignemens à la confection de la carte.. Il se
fera un devoir de les citer en rendant compte de la construction de cette carte,
notamment M. Legentil, qui y a contribué pour beaucoup.
On va faire connoître, dans le chapitre suivant, comment tous les matériaux
ont été réunis au dépôt de la guerre, et quels moyens on a mis en usagé pour
construire la carte et pour la graver.
É. M. TOME II, a* partie. C