
tous les habitans ailés des bois. Pourquoi ie serpent ne seroit-il pas aussi attiré pari
certaines inflexions de la voix de l’homme, et n’y céderoit-il pas î
Quant à la présence des serpens, elle peut être certainement indiquée aui
Ophiogènes par l’odorat ; car il résulte des faits observés par les naturalistes, qm,
ces animaux sont enveloppés d’une atmosphère musquée qui doit certainement
annoncer leur présence à un odorat un peu exercé.
Les procédés employés par les Ophiogènes pour garantir de la morsure des
serpens et des piqûres des scorpions sont précédés et suivis de pratiques mysté-j
rieuses, qui ne manquent pas d’éblouir la multitude facile à tromper; ils consistai
à mettre dans un vase un peu d’eau, à laquelle on ajoute de l’huile et du sucre
les Ophiogènes s’efforcent d’opérer la combinaison du mélange, ils récitent de
prières et finissent par cracher dans la préparation qu’ils viennent de faire; I
font avaler cette potion à celui qui demande à être garanti de la morsure de
reptiles : ils suspendent ensuite à ses oreilles deux énormes serpens qui é
accrochent avec les dents, et qu’ils y laissent pendant un quart d’heure. L’opéra-
tion est alors terminée, et le patient paie de sa bourse les services signalés quoi
vient de lui rendre : il s’en va, persuadé qu’il sera garanti pour l’avenir des morsures
des serpens.
Ceux qui ont été soumis à toutes ces épreuves du charlatanisme, sont-ils effectivement
inattaquables aux morsures des serpens ! c’est ce qu’assurément auctuj
homme sensé ne sera tenté de croire; mais ils ont obtenu ce résultat, que lesenj
timent de la crainte des reptiles est considérablement affoibli chez eux. Familiarisés
, pour ainsi dire, avec ces animaux, ils osent par la suite en approche!
plus volontiers ; ne les craignant plus, ils les abordent avec une sorte de franchise
qui n’annonce de leur part aucun mauvais dessein, et c’est une raison pour qu’ea
effet ces reptiles ne leur fassent point de mal ; car il est bien reconnu que beaucoup
d’animaux ne font de mal aux hommes que lorsqu’en les abordant avec trop
de précaution, on les fait croire à des intentions hostiles. Comment, en effet]
pourroit-on expliquer que des hommes pussent, ainsi qu’il arrive aux Ophiogènes
porter dans leurs vêtemens et sur leur sein même divers reptiles, et les choisi
entre tous, sans le moindre accident; placer des scorpions sous les tarbouch ou
calottes rouges dont leur tête est couverte, sans en être piqués! C ’est cependant«
que l’on voit dans toutes les villes de l’Egypte! C ’est en vain que l’on voudroif
expliquer ces espèces de phénomènes par la supposition que l’on a cassé les dents
des serpens et coupé les pinces des scorpions. Nous avons été à portée de vérifia
qu’on ne fait subir à ces animaux aucune mutilation ; et il nous a été assuré par des
personnes dignes de foi que ces mêmes animaux qui respectent tant les initiés!
avoient souvent causé à d’autres personnes des accidens fâcheux.
Voyage de Rosette au Kaire.
A p r è s être restés à Rosette durant six semaines environ, nous nous embarquâmes
le t .e' fructidor de l’an 6 [ 18 août 1 7 9 8 ] , vers six heures du soir, sur
un des bateaux établis pour la communication avec le Kaire. La nuit, qui ne.
tarda pas à nous envelopper de son ombre, ne nous permit point de jouir longtemps
de fa vue des bords du Nil. Durant le peu d’instans que nous naviguâmes
à la clarté du crépuscule, nous eûmes occasion d’observer dans le Delta des paysages
assez variés et assez agréables; l’absence du soleil donnoit aux palmiers une
nuance foncée, et faisoit paroître plus touffus les diffcrens groupes d’arbres qui se
prcsentoient à notre vue. L e vent s’étant calmé, nous fîmes peu de chemin durant
la nuit, de sorte que nous ne perdîmes pas beaucoup de l’aspect des bords du fleuve.,
Le lendemain, nous aperçûmes une assez grande quantité de villages ; nous passâmes
successivement devant Metonbis et Dey rom, bourgs assez considérables, et
nous arrivâmes vers onze heures dit matin au port de Foite/i; le Nil fait un assez
grand nombre de coudes ( 1 ) entre cette ville et Rosette. Tous ces nombreux villages
qui avoient frappé nos regards, sont construits pour la plupart en terre (2),
de telle manière qu’ils ressemblent à des monceaux de boue desséchée. Quelques
habitations seulement sont exécutées en brique. Les maisons sont basses, et n’ont,
guère plus de douze pieds au-dessus du sol; quelques-unes sont surmontées de
colombiers de forme pyramidale (3 ), où se rassemblent des quantités innombrables
de pigeons : ce sont d’ailleurs de vilaines et sales cahutes, que leurs habitans à demi
nus quittent au milieu même des plus fortes chaleurs du jour pour se livrer aux
travaux de l’agriculture. Les uns sont en station auprès des buffles qui font tourner
les roues à pots (4) établies sur les bords du fleuve, et dont ie bruit criard et
monotone se fait entendre de bien loin; d’autres conduisent des animaux attelés
a une charrue, avec laquelle ils ne font, pour ainsi dire, que gratter la terre. Un
grand nombre de fe lla h , disposés'par étages sur les rives du fleuve, arrosent péniblement
les champs en culture avec le de loti, sous l'inspection du propriétaire
ou du fermier. Ailleurs on remarque des hommes uniquement occupés des soins
de la pêche; ils se tiennent tout nus sur les bords du fleuve, exposés à toute l’ardeur
des rayons du soleil ; ils ont dans chacune de leurs mains de longues perches
auxquelles sont suspendus des filets; ils attendent avec patience que le poisson
vienne sy prendre ; les eaux troubles du fleuve leur donnent à l’avance la certitude
d être payés de leur constance.
Le palmier n es t pas le seul arbre, qui fasse l’ornement des bords du fleuve;
le figuier sycomore en varie l’aspect, et ctend au loin son ombre salutaire :
nous observâmes que les branches de ce bel arbre sont toutes dans une seule et
(0 Viyeç les feuilles 36 et 40 de la grande carte d’E- (3) Voye^ la même planche.
Sypte en 47 feuilles. (4) Voyez la planche 7 8, fi g. 1 , È. M. vol. I.
(*) Voyez la planche79, fig. 2, j e t 4 , Ê. M. vol. I.
È. Ai. T O M E I I , 2.« partie. Z z