
ïnême péninsule, près et à l’ouest du cap Héraclée, aujourd’hui Ahouqyr oè
venoit déboucher à la mer la branche Canopique : or l’îlot du Phare est morn
élevé sur la mer que le sol de toute la péninsule d’Alexandrie; et sa distance d
21,720 mètres [ 1 1 ,144 toises ], calculée trigonométriquement et en ligne directe
du cap Héradée, est évidemment trop inférieure à celle de la journée de navi
gation, qui étoit évaluée à JQO stades, ou à l x milles Romains (1), lesquels ré-1
pondent à 4 j , 000 ou 47»QOO toises, qui donnent seize lieues marines et demie
O n doit donc rechercher ailleurs que sur cette péninsule , d’Alexandrie 1
Canope et jusqu’à la bouche Canopique, la côte qu’a voulu désigner le poète
Grec dans cette indication purement géographique de la distance qui séparoit
l’île Pharos du rivage Egyptien; si donc, d’après l’interprétation qu’ont cherché I
à donner à ce passage quelques savans critiques, parmi lesquels on peut citer I
M. Gossellin, on veut que ¡’éloignement de l’île P/iaros dont parle Homère I
doive s’entendre de YÆgyptus, nom que le fleuve portoit alors, et non point I
du pays de l’Egypte, dont les côtes maritimes n’étoient encore qu’un archipel I
on voit qu’il auroit fallu que l’embouchure la plus occidentale du fleuve, celle de f
Canope, dont elle prit le nom de branche Canopique, ne fût, à l’époque du siège de I
T r o ie , qu’à Metelis ou à Hermopolis, aujourd’hui Foueh et Damanhour, situéesI
.à quatorze et seize lieues au sud-est, 11 est difficile d’expliquer autrement le pas-f
sage du poëte G re c , qui, d’après Strabon, avoit connoissance de l’isthme deI
Soueys, qui existoit de son temps. Mais comment alors Homère, en parlant deI
cette île Pliaros, auroit-il oublié de parler de cette longue et étroite péninsule I
qui, située vis-à-vis et à sept stades seulement, renfermoit les villes ou bourgs deI
Canope, de Rhaçotis, de N icia, de Plinthyne, des deux Taposiris, &c, &c., à moinsl
qu’il n’ait appelé de ce nom cette péninsule elle-même! Mais ce silence surI
l ’existence de la péninsule à laquelle devoient se rattacher encore les diverses îles I
et toute la côte rocheuse et élevée qui termine au sud le lac Mareotis, doit faire I
penser que l’île Pharos dont parle le poëte G re c, et qu’il dit avoir été située en il
haute mer, aura été submergée, ou bien n’est qu’une fiction ou licence poétique,I
pour ne pas dire une exagération ; car elle ne peut certainement pas se rapporter, I
comme on le voit, à cet îlot sur lequel, plus de six cents ans après, un Ptolémée I
fit élever ce monument, l’une des sept merveilles du monde, connu sous le nom I
de Pharos. C e t îlot se trouve aujourd’hui réuni, par l’effet d’un atterrissement de I
sable, à la péninsule d’Alexandrie. Il semble que ce commentaire décide et ter- j
mine enfin la question,
97. Je reviens au port neuf, dont l’entrée est défendue, à l’est, par un petitI
fort que sa position vis-à-vis et en regard du fort Phare a fait désigner sous leI
nom de Pharillon. Je ne pense pas que ce fortin occupe l’emplacement de l’ancien I
(1) La journée de navigation, comme le dit Dolo-
mieu dans sa Dissertation sur le même objet ( voir le
Journal de physique de 1793, tome X L1I, page 176 ) ,
étoit évaluée à 500 stades ou à 60 milles Romains : or
500 stades équivalent à 47,250 toises, et 60 milles
Romains, à 45>360; ce qui fait seize lieues marines et
demie pour la journée de navigation, la lieue marine I
étant de 2853 toises.
La journée de navigation d’un jour et d’une nuit «t I
évaluée à 1000 stades ou 94,500 toises, selon Théophile« I
ainsi que le dit M. Gossellin dans sa Navigation des <*n' I
çifns, tome I I , page 38.
môle connu sous le nom à’Acrolochias; car la tête de ce môle devoir être anciennement
beaucoup plus avancée en mer, dans la direction du phare, si l’on s’en rapporte
à un passage de la Pharsale de Lucain (i). Ce poëte dit que Cléopatrë, voulant
rejoindre César dans Alexandrie, y entra par le grand port, après avoir gagné
l e gouverneur du phare, qui en fit ouvrir la chaîne et laissa débarquer cette reine
dans le port du quartier des Rois , dont César habitoit le palais. Il paroît que
l’entrée du grand port étoit fermée par une chaîne dont l’usage auroit encore
subsisté en 1550, suivant Léon d’Afrique, qui nomme ce port Marsa es-Selsela
c’est-à-dire, le port de la Chaîne. O n a vu, dans la première section, n.° 4 , qUé
l’ouverture de ce port, qui existe entre les deux forts qui en défendent l’entrée,
étoit de 178pénètres [ 9 1 7 toises j pieds]. On ne s’imaginera pas sans doute que'
cette chaîne pût s’étendre d’un fort à l’autre sur cette largeur de passe : on doit donc
présumer que l'Acrolochias s’avançoit davantage vers le phare, suivant la ligne des
récifs et bas-fonds que l’on a signalés sur le plan et sur la carte d’Alexandrie.
98. On a vu, dans cette section, n.° 7 9 , que l’on croit avoir reconnu la direction
de 1 Heptastade dans la ligne passant par la tour nord de l’enceinte dans
le port vieux, et le fort situé dans le port neuf, près et au sud-est du chemin
couvert du fort Phare; cette distance de 665 toises répond bien à celle de sept
stades Olympiques : mais sa direction ne satisfait pas à celle que lui donne Strabon,
qui dit que 1 Heptastade prenoit du continent et se portoit vers l’extrémité occidentale
de l’île Pharos; en sorte que je serois porté à lui donner celle de la grande
tour donnant sur 1 esplanade du port neuf, vers le fortin situé dans le centre de
l’anse que forme l’île Pharos au nord du port vieux. L ’aqueduc, aujourd’hui détruit,
dont nous avons parlé dans la première section, n.° 29, et qui pourroit bien
appartenir aux restes de celui qui, au rapport de Strabon, portoit des eaux dans
lîle Pharos par l’Heptastade, donne quelque fondement à cette opinion. Mais
comment les eaux de cet aqueduc traversoient-elles les deux ponts qui donnoient
passage aux vaisseaux à travers l’Heptastade! Cette question présente quelques
difficultés qu il seroit trop long d’examiner à fond.
99. Parmi les ruines qui bordent la côte orientale du 'port n eu f, on recon-
noit, en quittant la digue ruinée de l’Acrolochias, aujourd’hui du Pharillon, un
môle qui a dû appartenir à l’entrée du port fermé des Rois.
100. On ne retrouve plus les traces de la petite île A n tirrh odo sq ui, d’après
Strabon, masquoit l’entrée de ce port, à moins que cette île n’ait occupé la position
de cës récifs à fleur d’eau qui existent encore vers le centre du port neuf,
tirant à l’ouest-sud-ouest.
101. En suivant la cote au sud, on retrouve les restes d’un autre môle remarquable
par sa construction en pierres de taille de fortes dimensions; ces ruines
appartiennent sans doute à cette jetée ou galerie que Polybe appelle syrinx, qui
communiquoit au Posidium, dont j’ai désigné l’emplacement aux ruines les plus
considérables de celles qui existent en cette partie sous l’indication de palais ruiné.
(1) Corrupto custode, Phari laxare catenas.
P la rsal. iib . X , v. y7 ,
S -M . T O M E I I , . . . parue.