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durée du ramadan.:, ri. est temps de revenir à des sujets plus sérieux. Jetons
coup-d’oeil rapide sur la religion en général, puisqu'il est vrai qu’en Égypte ell j
influe, plus particulièrement encore que dans les autres contrées sur les institu
tions civiles et sur les habitudes sociales.
L e musulman doit croire à l’unité de Dieu ( i ) et à la mission de Mahomet
ajouter foi a tout ce qui est contenu dans le Qorân comme étant la parole di'j
vine (2), faire les cinq prières et les ablutions préparatoires qui en sont insépa-l
rables, observer le jeûne du ramadân, donner aux pauvres la portion (3} desoj
revenu qui leur est due, et faire une fois en sa vie le pèlerinage d e là Mecque I
Comme les Chrétiens, les Mahométans reeonnoissent la puissance, la justice!
et la prescience de Dieu : mais ils admettent de plus la prédestination, sanss’ac-1
corder sur la manière de la concevoir. C e tte idée les conduit à une résignation!
sans bornes, qui les distingue de tous les autres peuples. Ils ne croient cependant!
pas que les, actions humaines et les événemens de ce monde soient tellement dé-1
terminés par un ordre immuable, qu’ils ne puissent chercher à prévenir ce quj|
leur seroit nuisible, et à se préserver, par exemple, des maladies contagieuses (4J
On prend trop souvent leur indolence naturelle pour une soumission aveugle auil
arrêts du destin.
Ils pensent qu’on ne peut représenter l’Etre suprême sous aucune forme, ail
chercher a approfondir sa nature, mais qu’il faut seulement s’occuper de ses attri-l
buts. L ’ame, selon les uns, est répandue sur tous les points du corp s, et circule!
dans les veines avec le sang ; selon les autres, elle est comme un soleil, dont te l
rayons se dispersent sur toutes les parties de notre être; et Mahomet a dit que le!
croyant devoit se contenter de penser que l ’ame est un effet de Dieu. En général,te|
questions métaphysiques, qui ont si long-temps divisé nos é co les, sont peu du goût!
des u lemâ : ils ont des préjuges ; mais ils ne cherchent pas à définir ce qui passe! 1 intelligence humaine. Moïse et Jesus-Christ conservent à leurs yeux lerangdt|
prophètes : celui-ci étoit l’esprit de Dieu:, créé par le souffle de Gabriel sur la Vierge!
après avoir rempli sa mission sur la terre, il est allé se réunira la toute-puissance!
d o ù il procédoit. Us prétendent aussi que les pharisiens, trompés dans leur attente|
criminelle, ne supplicièrent qu’une vaine effigie.
Les u ’iemâ conviennent que les. Juifs et les Chrétiens qui ont vécu dans lei|
temps antérieurs a la mission de Mahomet, étoient de vrais croyans; mais que,!
ce dernier étant venu pour changer et réformer toutes les lois émanées des an!
ciens prophètes, les disciples actuels de Moïse et de Jésus-Christ sont des n é !
créans et des infidèles.
L e monde a ete cree, Dieu seul est éternel. L ’époque de la création, selonte|
. (1) Celte unité de Dieu doit être crue de la manière (3) L’une des aumônes les plus obligatoires est edltl
la plus absolue : un bon musulman doit confesser que qu’on est tenu de faire à la fête du Beyrâm.
Dieu est unique, qu’il n'est peint engendré, qu'il n'engendre (4) Les musulmans sont partagés d’opinion à cet égiid:'
point, qu'il n'a ni associé ni égal dans sa toute-puissance. ceux qui suivent la secte des Hanafy, et les Turcs sontét
(2) Selon t e musulmans, Dieu a envoyé le Qorân à ce nombre, regarderaient des mesures sanitaires comme.
Mahomet, par l’entremise de l'ange Gabriel, et fragment une injure manifeste à la puissance de Dieu; les a u ra i
par fragment, dans l’espace de vingt-trois ans. ¡ectes sont moins eiagérées.
docteurs de la loi, ne remonte qu a mille ans et quelques siècles : ce que l’univers
doit avoir de duree est incertain, et Mahomet conseille, à. ses disciples de ne point
chercher à le découvrir. Il ne fallut que six jours pour le grand oeuvre de la création
: Dieu commença le samedi, et fit la terre : le second jour, il forma les montagnes
; le troisième, les arbres et les végétaux; le quatrième, le mal et les dissensions
sociales (ce jour est de mauvais augure); le cinquième, les ténèbres et la
lumière; le sixième, les animaux : le septième, Adam, qui étoit formé depuis qua-
rante jours, parut sur la terre pour la première fois.
Us ont aussi le dogme consolant deTimmortalité de lam e , et même c*est
comme le pivot principal sur lequel repose leur croyance. A la mort, l’ame du bon
musulman passe dans des jardins toujours verts, en attendant le grand jour du
jugement dernier : celle du méchant reste captive dans des lieux sombres et
fétides. Mais, quand l’heure suprême du jugement aura sonné, le monde sera lui-
même bouleversé^ de fond en comble; la surface du globe sera renouvelée; le
paradis et 1 enfer s ouvriront enfin. Dieu, environné de ses prophètes, examinera
les actions des hommes : les ames se réuniront aux corp s , qui ressusciteront
eux-mêmes dans toute leur intégrité. Les justes entreront alors dans le paradis
de délices pour n’en sortir jamais, et les autres iront expier leurs crimes. II n’y
aura de peines eterneJIes que pour ceux qui n’auront pas cru à la mission et à la
parole de Mahomet ( i ).
Pour obtenir les récompenses de l’autre v ie , il n’est pas de voie plus infaillible
que la prière et la pureté : le musulman peut prier en tout lieu; il étend sur la
terre un tapis, une natte, ou le châle de son turban, et se prosterne la face tournée
vers la Mecque : son adoration est courte, mais fervente. Lorsque rien ne l’empêche
de se rendre à la mosquée, il doit y remplir ses devoirs religieux de p r é férence
: Dieu est par-tout, mais il convient mieux de l’adorer dans son temple.
(i) Le bonheur que Mahomet promet à ses disciples du ramadan et le pèlerinage de la Mecque, sont égaleot
purement sensuel : il consiste dans des jouissances ment obligatoires pour les deux sexes: mais les femmes
l erernelIe volupté. Au jour de la résurrection, disent ne peuvent ni prier ni jeûner pendant la durée des infirm
musulmans, chacun prendra la taille et la force du mités périodiques auxquelles elles sont sujettes , parce
jrat.tr homme, qui, d’après eux, n’avoit pas moins de qu’alors elles n’ont pas la pureté nécessaire à ces actes
tirquamepiedsdehauteur. Les femmes seront d’une bea uté de dévotion. On assure qu’au temps du Prophète elles
aps.ls.te, qu elles allumeront dans le coeur de l’homme pouvoient fréquenter les mosquées, mais que le Ithalyfe
tate passion sans cesse renaissante; il pourra la satisfaire O’raar, s’étant aperçu des distractions que leur prén
ehmment, sans jamais éprouver ni dégoût ni Iassi- sence causoit aux hommes, et du scandale qui en rç-
MIM.es femmes ne concevront point, parce que cesplai- sultoit, ordonna qu’elles prieraient désormais dans leurs
sus seront en quelque sorte célestes, et qu’il ne s’y mêlera maisons,
jamais rien de si imparfait que la nature humaine. Toutes
«ficshés morales, tous les organes de la vie, conserve- * Voici ce qu’on lit dans Montesquieu : S Puisque les femme,
»toujours lanterne vigueur; et les êtres qui peupleront » sont d’une nature inférieure à la nôtre, e, que no, prophètes
yeux a une félicité inaltérable, jouiront des agrémens » nous disent qu’elles n’entreront pas dans le paradis, &c. » ( Lettres
e existence et des plaisirs des sens, en conservant pour persanes, lettre xxii. ) Volney lui-même, quoique versé dans les
Mrs corps le privilège de ne jamais changer. études Orientales, s’exprime ainsi dans son Voyage en Egypte et en
On croit assez généralement en Europe que Mahomet ( tom" PaS* 323 ) : * Mahomet, si passionné pour lès.
* exclu les femmes de son paradis*; c’est une erreur • un ” ^emmes»nc *cur a cependant pas fait l’honneur de les traiter
»nteur classique a dit: « Ce qui est écrit pour les hommes, ” T ?™ jffif p°;tion de ¡ g É i humainc; jf M M m * * *
” esï au„'1 P„ur les femmes. » Étant assujetties aux mêmes " del1« ' ni I““ do la relîgiua, ni pour lustécom-
Pratiques r c l i i» i# « i i« p c i .. , . . . “ Penses °c I autre vje. “ Cettç assertion est dçmeqtie par tous ips
des mêmes réfnm T L d k ? ? ' jf * d° IVent Jouir ouvragesde théologie musulmane, et ie Qôran lui-même n’offre
récompenses. Les cinq-prières du jour, le jeûne rien qui puisse ia justifier.