
G ’est donc en vain qu’on chercherait une loi suivant laquelle s’opèrent les
crues et les baisses journalières à un point quelconque du cours du fleuve ; il en est I de même de la durée locale des crues subordonnées à un concours de causes!
variables dont l’action ne peut être soumise au calcul. On sait, par exemple, que 1
la crue est plus foible à Esné qu’à Q en é , quoique cette dernière ville se trouve j
plus bas d’un degré : mais cet effet, qui surprend d’abord, se conçoit lorsque l’onI
considère le rétrécissement du fleuve à Q e n é , le détour qu’il fait presque à angle j
droit vers l’ou est, et dans une direction opposée au vent d’ouest, qui y soutient!
les eaux plus hautes et pendant un temps plus long : or il n’est plus étonnant!
que le Nil baisse déjà dans la haute Egypte, quand il croît encore au Kaire et dans!
la basse Egypte, comme il arrive aussi dans la partie basse du canal d’Alexandrie!
où les eaux s’élèvent encore, quoique le décroissement soit déjà considérable à|
sa prise d’eau près de Rahmânyeh. Il résulte de ces diverses considérations, qu’on|
doit faire une étude particulière du mouvement des crues, pour en approprier!
les effets aux besoins locaux de la culture et des habitans, et que c’est au moyenl
de ces connoissances qu’on peut établir un système d’irrigation convenable aux|
divers points de l’Egypte.
E ffe t des Crues.
On sait assez que, sans un séjour déterminé des eaux sur les terres pour quelle!
puissent être convenablement abreuvées, on n’auroit que peu ou même on n’auroitl
pas de récoltes ; l’effet des crues, par une inondation générale, est donc de fournir!
l’aliment de la végétation, l’eau, qui, par l’action d’un soleil ardent, procure dans!
ce climat deux ou trois récoltes, sans qu’il soit nécessaire de recourir à des en g ra is!
parce que, portant avec elle un limon productif, elle peut être renouvelée au gré!
du cultivateur, à raison du besoin des plantes. Parmi toutes les cultures, celles!
de l’indigo, de la canne à sucre et du riz , offrent un exemple particulier de l'in-l
telligence du fellâ li dans l’économie de l’irrigation et le renouvellement de c e !
principe nutritif des végétaux.
M esure des Crues.
O n peut conclure de ce qui précède sur l’effet des crues, qu’il doit exister une!
mesure dans les irrigations; car, si une crue foible est i’avant-coureur de la famine!
et des maux qui l’accompagnent, une crue trop forte prend aussi le caractère!
d’une inondation désastreuse, attendu que la terre refroidie et trop long-temps!
abreuvée n’est plus, en reculant le temps des semences, propre à la culture qui!
lui est convenable.
Nous donnerons la mesure de ces crues rapportée à la colonne du Meqyâs, et!
nous exposerons la source des erreurs contradictoires des anciens et des modernesl
dans l’énoncé du terme de ces crues le plus favorable pour la culture et les mots-J
sons (seconde partie de ce Mémoire).
Une longue et fâcheuse expérience avoit appris à redouter également les foibles
et les trop fortes crues.; elle avoit prouvé qu’un terme moyen seul procure au
cultivateur d’abondantes récoltes, et assure au souverain le paiement de l’impôt.
I l e s t constant, dans l’état des choses , que ce terme d’abondance a pour limite
\ 14 coudées effectives [ 21 à 23 pieds]: on ne doit pas avoir égard aux données
des voyageurs qui établissent le terme d’une bonne récolte entre 20 et 26 coudées
(raisonnant toujours pour la latitude du Kaire ) , parce que ces coudées ne sont
pas celles de la colonne, comme on l’expliquera ci-après.
L’art peut rigoureusement remédier à l’excès des crues par un bon système
d’irrigation et de dessèchement. En effet, au moyen de digues éclusées-, on pour-
roit, au besoin, porter à la mer le trop-plein des canaux, ou verser des eaux
dans les parties basses du désert, par-tout où elles donneraient lieu à quelque
yégétation utile.
Dans les crues foibles, on pourrait, par les mêmes moyens, retenir les-eaux et
empêcher qu’elles ne s’écoulassent en pure perte, quand l’agriculture les réclame-
roit; c’est ainsi que les anciens avoient ouvert une décharge du fleuve dans le
vaste bassin naturel du lac de Mceris. Mais, pour établir ce système d’amélioration,
il est indispensable de bien connoître le régime du Nil, ainsi que d’étudier
le pays sous les rapports de géologie, de culture locale et d’industrie : telles sont
les connoissances qu’on devoit obtenir de la confection de la carte hydraulique de
l’Egypte, et de l’étude de toutes ces conditions, dont s’occupoient les ingénieurs
répandus dans les provinces.
Le système actuel des irrigations'n’est que le foible reste d’un meilleur état de
choses, et il reçoit des atteintes continuelles de l’intrigue et de l’abus du pouvoir;
Il arrive, en effet, que des hommes puissans et en crédit dirigent les arrosemens
pour leurs propres intérêts, sans égard pour ceux de leurs voisins et le bien général.
Mais il falloit aussi se défendre d’un zèle inconsidéré et donner au travail propre
à détruire ces abus, toute la maturité désirable.
Selym, après la conquête de l’Egypte, et pour le bien général, avoit remis en
vigueur les anciens réglemens pour la meilleure distribution des eaux; ce qui influe
à puissamment sur la prospérité du pays : il avoit assigné des fonds sur le produit
du myry pour l’entretien annuel des canaux et des digues à la charge du Gouvernement;
on veilloit à ce que l’emploi en fût fait avec économie et fidélité, et ces
fonds ne pouvoient être détournés de leur destination ( 1 ).
L ’entretien des canaux secondaires de village à village, de leurs digues et autres
(i) On peut juger, par la lettre qui suit, de l’opinion
publique sur l’importance de l’entretien des canaux, des
digues et des ponts, auquel on destinoit alors le tiers des
impositions.
Le hhalyfe O’mar ben el-IChettâb, successeur d’Abou-Bekr,
a A’mrou ben el-A’âsf son lieutenant.
« 0 A’mrou ben el-A’âs, ce que je desire de toi à la
« réception de la présente, c’est que tu me fasses un
» tableau de l’Egypte assez exact et assez frappant pour
».que je puisse m’imaginer voir de mes propres yeux cette
» belle contrée. Salut. »
Réponse de A Jmrou ben el-Alâs.
« O Prince des fidèles, peins-toi tin désert aride et
»une campagne magnifique au milieu de deux mon-
» tagnes, dont l’une a la forme d’un monticule de sable,
»et l’autre, celle du ventre d’un cheval maigre, ou bien
» du dos d’un chameau.
» Telle est l’Egypte : toutes ses productions et toutetses