
MÉMOIRE
sacs-de cette ville sous les empereurs Claude II et Aurélien, en 269 et 275
notre ère.
93. Après avoir fait connoître que l’on ne peut rien établir sur les données d I
anciens historiens touchant l'étendue primitive d’Alexandrie sous l’empire d I
Grecs, des Ptolémées, et sous celui des Romains, quand un désert a remplacél I
plus grande partie du sol de cette ancienne capitale de l’Égypte, il me reste àI
motiver l’emplacement que j’ai assigné à quelques-uns de ses monumens sur|J
carte annexée à ce Mémoire.
Je n établirai pas, après Cuper, une nouvelle discussion pour chercher à re I
trouver la forme de l’enceinte de cette ville, que Pline compare à celle d’un maa-l
teau Macédonien ( 1 ) ; cette recherche n’est pas d’un assez grand intérêt, quandi
on doit supposer d’ailleurs qu’elle devoit être plus ingénieuse que précise : je doisI
donc prévenir que le tracé que j’ai indiqué sur la carte, est plutôt basé sur lai
configuration des localités dans leur état de ruine actuelle, que sur les dimen-j
sions données par les anciens auteurs, dont il est si difficile de concilier les diffé-L
rens. rapports, comme on pourra s en convaincre au moyen des diverses échellesI
en mesures anciennes et modernes qu’à cet effet j’ai portées sur cette carte.
94. J a i dit que je pensois que le fort Phare occupoit l’emplacement de cet!
ancien monument, / une des sept merveilles du monde; cette opinion est fondée sur ■
des témoignages historiques et sur les raisonnemens suivans :
Les auteurs Arabes attribuent la fondation du phare ( 2 ) au dixième Pharaon |
à Misraïm, fils de Bosseyr, le même qui fonda Rhacotis; ils l’attribuent encore à'j
la reine Douleka, au vainqueur de Darius, à Ptolémée-Philadelphe, à Cléopatrel
C e que ces écrivains disent de ses dimensions, est sans doute exagéré ; mais toni
jours est-il. vrai de dire que ce monument fut digne d’être compté parmi les sept!
merveilles du monde. Il fut détruit en partie vers la fin du premier siècle i c i
l’hégire, sous le règne du sultan Oualyd ben e l-A ’bd-el-Melek, en 705 environ de| 1ère chrétienne, par les artifices d’un G re c, comme le rapporte Maqryzy. Lei
tremblement de terre arrivé l’an 1 7 7 de l’h égire, ou 793 de J. C ., fit crouler une j partie de son sommet. L e phare étoit ainsi tronqué l’an 248 de l’hégire [Séide |
J. C.]. Vers l’an 260 de l’hégire [87 3 de J. C .] , Ahmed ben Touloun fit couronne!
le phare d’un dôme en charpente. On trouva sur la face nord, celle qui regarde!
la m e r ,. une inscription dont chaque lettre en plomb avoit une coudée de hau-l
teur sur un palme de largeur. Ces caractères, dont on ne donne pas l’explial
tian, étoient sans doute ceux de l’inscription Grecque que Sostrate de Cnidej
y avoit fait placer, 283 années avant notre ère; un effroyable tremblement de|
terre qui se fit ressentir en Barbarie, en Egypte et en Syrie, en détruisit encore|
une partie. L a n 673 de 1 hégire [ 12 74 dé J. C. ] , des colonnes et piliers duI
phare s écroulèrent ; une mosquée que l’on y construisit, fut renversée en 702I
de 1 hégire [ 1303 de J. C . ] par un tremblement de terre qui endommageai
( 0 Ad. effigiem Macedonica; chlamydis, orbe gyrato
laciniosam, dextrâ Icevâqueanguloso procursu. Voy. Pline,
iiv. V, chap. x..
(2) Voyage d’Êgypte et de Nubie, par Norden, t. III; j
édition de Langlès, pag. 162 et 169; Paris, x801.
encore
SUR LA VILLE D ’AL EX AND R I E .
encore le phare et quelques parties des murs et des tours d’Alexandrie, au
p o i n t qu’il n’exista presque plus rien de ce monument. El-Naser Mohammed ben
Qalaoun fit reconstruire, 1 année suivante, une mosquée qui subsistoit encore du
temps de Maqryzy, vers le milieu du xv.° siècle.
On lit dans A ’bd er-Rachyd, que Selym fit construire, en ■ y ,7 , sur l’emplacement
du phare, alors entièrement ruiné, une mosquée et le château qui subsistent
aujourd’hui sous le même nom ( 1 ).
pj. 'On reconnoîtra assurément, d’après les détails de ces divers événemens
que l’ancien phare n’a pu exister sur le rocher dit le Diamant, dont j’ai parlé
dans la première section, n.os 6 et 7, puisque les débris de ce monument colossal,
que divers tremblemens de terre ont renversé de fond en comble, ont dû
encombrer la mer aux environs de son emplacement, comme on l’observe en
effet au pourtour du fort Phare, quand on ne trouve au contraire qu’une grande
profondeur d’eau autour du Diamant.
96. En parlant de 1 ancien phare, je n’omettrai pas de traiter de l’île qui lui
donna son nom, et dont la position a été le sujet de grandes controverses parmi
les géographes et les écrivains modernes. Je n’en parlerai ici que pour terminer,
s il est possible, cette question, d après le sentiment de Strabon et la parfaite
connoissance que j’ai prise de la situation des lieux.
^ Strabon dit qu’H omère, qui avoit voyagé en Egypte, a souvent mêlé les mythes
à son histoire poétique. On peut, en effet, penser que ce poëte en a usé ainsi
dans ce passage qui a donné lieu à ces controverses : « L ’île Pliaros, dit Homère,
» étoit éloignée du rivage Égyptien, d’une distance égale à celle qu’un bâtiment
, » poussé par un bon vent peut parcourir dans une journée (2). » Ce passage, sur
lequel plusieurs écrivains modernes se sont assez mal fondés pour constate^ les
progrès de 1 exhaussement du Delta, est bien loin d’avoir été suffisamment éclairci.
Voici le raisonnement qui fixe mon opinion à ce sujet :
Si Ion ne veut entendre par l’île Pliaros que cet îlot qui, situé tout près et
au nord-ouest de Rhacotis, bourg maritime où Alexandrie fût bâtie, je suis fondé
à assurer que ce passage est dénué de toute précision géographique : car cet îlot
n étoit éloigné de la ville d’Alexandre que d’une distance de sept stades; ce qui
équivaut à 665 toises, ou i2 9 6m, n . O r cette ville a été bâtie sur une longue
péninsule qui de l’embouchure Canopique, à l’est, s’étend au sud-sud-ouest,
Iespace de dix myriamètres ou vingt lieues, et qui, formée par une chaîne dé
montagnes, se rattache à des hauteurs qui semblent terminer à la mer le Balir
belâ-mâ, ou fleuve sans eau , dans les déserts de la Libye. Mais cette chaîne,
qui n est qu’une roche continue de nature calcaire, généralement élevée de é
* met jusquà 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, existoit, ainsi que
lot du Phare, du temps d’Homère, puisque.ee poëte fait aborder Ménélas,
pnnee Grec, à Canope, ville qui étoit située vers l’extrémité orientale de cette
« ! ! L ^ r ai % E S y p tiln " e - ' ° me H page -37i “ m - la e °erre “Je Troie, arrivée, selon Hérodote, l’an 3434
(2) Homi Ü 9 n B Paris’ l8 oa de Ia Ü B Julienne, ou 1284 années avant I’ère
I I nomere, Odyssee, iiv. i v , vers 354 à 357. chrétienne.
raere vivoit trois cent soixante-dix-sept ans après
£• M. TOME II, ... partie. S)