
semer quelques grains. Après le 7 du mois de tout (1), le Nil crut de douze doigts
en un seul jour, et deux jours après il crut encore de huit doigts ; ce qui causa
une allégresse universelle : mais ensuite il baissa tout d’un coup, de manière qu’il
y eut une sécheresse qui càusa la disette, On coupa la digue le 9 de tout, quoiqu’il
s’en fallût de cinq doigts que l’eau ne fût à son terme : ce jour-là meme les
eaux baissèrent, et il s’ensuivit une désolation générale.
CHAP ITRE V.
H istoire du M eqyâs sous la dynastie des M am lou ks Circassiens.
C e chapitre contient l’histoire du Meqyâs pendant un intervalle de cent quarante
années, depuis le commencement de la première dynastie des Mamlouks
Circassiens, l’an 784 de l’hégire [1382 de l’ère Chrétienne], jusqu’à la conquête
de l’Égypte par le sultan Ottoman Selym I ." , l’an 924 de l’hégire [ 1 5 1 8 de 1 ère
Chrétienne],
§. I."
Evénemens relatifs au M eq y â s sous la première dynastie des M am louks
Circassiens.
L ’an 81 i de l’hégire [1408 de l’ère Chrétienne], le N il étant parvenu à sa
hauteur, le sultan Melek el-Nâser Farag alla faire l’ouverture de la digue.
L ’an 812 de l’hégire [ 1409 de l’ère Chrétienne], le Nil ayant atteint sa crue
comp lè te , le sultan Melek el-Nâser Farag vint faire l’ouverture de la digue. Le
Nil cependant continua de croître jusqu’à vingt-deux coudées un d o ig t , et se
soutint à cette hauteur jusqu’au milieu du mois d’athyr ; ce qui causa beaucoup
de mal aux Égyptiens. L e fleuve submergea plus de deux cents métairies et un
grand nombre de jardins dans l’île de l’É léphant: il rompit les chemins, et ses
eaux s’étendirent jusqu’aux maisons d’el-Hoseynyeh, tant la terre étoit imbibée.
Zeyn ed-dyn laissa le trône à son frère E’zz ed-dyn A ’bd e l-A ’zyz (2], qu’il en
fit descendre soixante-neuf jours après : il régna cette fois près de sept ans, après
lesquels il perdit le trône et la vie, l’an 81 y de l’hégire [>4 <2 de 1ère Chrétienne].
§. II.
Evénemens relatifs au M eqyâs sous la seconde dynastie des M am louks
Circassiens, ju s q u ’à la fin du règne de Chahâb ed-dyn A b o u -l-F a ta h .
L ’an 823 de l’hégire [ i 42o de l’ère Chrétienne], la crue éprouva du retard et
le blé renchérit. Ce retard continuant pendant quelques jours, le sultan fit pro-
(1) Le texte de Ben-Ayas porte hâtour jy\s> : mais, (2) El-Meleh el-Mansour e’-^ ed-dyn A ’bd el-A^zyi,
suivant M. Langlès, on doit lire tout o*>’> et, en effet, JjJjJÎ J e tiUIÎ, ne régna que soixante*
le sens indique cette’correction. neuf jours, suivant el-Genâby ; quarante-sept, suivant
clamer dans Je Kaire un jeûne de trois jours, et néanmoins le Nil n’augmenta
pas. Le sultan, le khalyfe, les qâdy, les ulemâ ( i) , les religieux (2) et le peuple,
sortirent tous eiisemble dé la ville pour faire les prières d’usage à l’effet d’obtenir
de 1 eau:1esultan, revetu dune robe de laine (3) blanche, avoit une serviette (4)
de même couleur, qui lui ceighoit la tête et étoit tortillée autour d’un turban
rond; un des bouts de la serviette pendoit sur son dos. Il alla ainsi costumé
dans lé desert ( j ) : la, le qady el-qodat (6) Gelâl ed-dyn el-Belqyny (7) fit le
khotbah (8), ou la prédication ordinaire pour obtenir de l’eau. Le sultan, prosterné
sur le sable, sans tapis, fit la prière, versa des larmes, et supplia le Très-haut
dexaucer leur demande. Apres que le sultan fut de retour au Kaire, le Nil, le
surlendemain, augmenta de douze doigts, et continua à croître jusqu’à ce qu’il
y eût ouafa; mais cette crue ne fut pas abondante, de manière que la moitié des
terres ne fut point arrosée, et qu’il y eut sécheresse et famine.
Lan 824 de 1 hégire [ 142 1 de 1 ère Chrétienne], Je premier jour de la proclamation,
le Nil crut de trente doigts tout-à-coup; ce qui occasionna une joie universelle
parmi les Égyptiens. La veille de cette proclamation, le sultan se rendit
dans une barque sur le Nil, et y récita la prière dite Tesbyh (9.), et le lendemain
le fleuve crut comme on vient de le dire. Le sultan en fut transporté de joie; la
hauteur des anciennes eaux etoit de dix coudees, et il y eut ouetfâ dans le commencement
de mesori. La crue totale fut de dix-huit coudées vingt doigts.
Lan 8y4 de 1 hégire [ 14^° ^ l’ère Chrétienne], quand on eut pris la hauteur
des anciennes eaux, elle se trouva de six coudées et quelques doigts : la crue
s arrêta quand il ne s en manquoit que de quatre doigts pour Vouafâ ; ce qui causa
de la rumeur parmi le peuple : le mois de mesori se passa et le mois de thoth
commença sans que le Nil parvînt à sa hauteur ordinaire. On fit charger les grains
qui étoient dans les ports, et on les renferma dans les magasins; les habitans murmurèrent
de la cherte du pain : le Nil diminua encore de trois doigts; les cris du
peuple augmentèrent : le sultan ordonna des prières publiques pour obtenir de l’eau.
Le khalyfe, les qâdy, les cheykhs ou docteurs, les religieux et tous les particuliers
sortirent pour cette cérémonie; mais le sultan el-Dâher Gaqmaq ne s’y trouva pas,
comme avoit fait el-Moyed en pareille circonstance. On dressa une chaire dans le
desert : le che f des qâdy Ménaouites, qui étoient Chafé’ites, y étant monté, fit la
Ebn-Aby-I-Sorour, on deux mois et neuf jours, suivant discours ou de sermon qui se fait principalement dans
E&n-iousef. Ensuite, son frère el-Nâser étant sorti de sa la mosquée principale de chaque ville et dans les mos-
rctraite dans le mois de gemâdy el-tâny, il fut déposé quées fondées par des khalyfes : ce discours se fait après
et envoyé a Alexandrie dans le mois safar de l’année la prière ordinaire de midi. En le prononçant, l’imâm
rabMi ’' et ^ cessa ¿exister le lundi 7 du mois de loue Dieu, célèbre la mémoire de Mahomet ; e t, du
h\ FI Ü a n h temps des khalyfes, qui réunissoient à-Ia-fois les fonctions
' ~u emaJ ^ > [les docteurs]. de souverain pontife et d’empereur des Musulmans, il
(2) El-salhâ IsLtJî. faisoit des prières, des voeux et des acclimations pour
(3) Gehbet souf cij-« <u=w. la prospérité de celui qui régndit,. pour la longue durée
(4) Myzar de son règne, et pour le prince qui étoit désigné son suc-
(î) El-saharâ tjssJf. cesseur. Cet honneur, qui étoit un des attributs de la sou-
.Qady el-qodât üLi. jj J| l ï , mot-à-mot, «le veraineté, fut réservé aux khalifes seuls jusqu’en l’an 205
»juge des juges.» de l’hégire [820 de l’ère Chrétienne]. Quelques ouvrages
(7) Gelâl ed-dyn el-Belqyny v ^ sU f portent aussi le titre de Khotbah.
(8) l e khotbah aa-Lî. est proprement une espèce de (9) Tesbyh ■■ Tv