
même direction, celle des vents de rtôrd-ouest qui régnent le plus lo n g-tetnps
dans le pays.
Foueh est bâtie dans un des sites les plus agréables des bords du Nil : un hra
du fleuve forme une île en avant de cette ville; et la branche principale, qui se
dirige presque perpendiculairement sur elle, offre l’aspect d’un immense canal ou
plutôt d'une espèce de bras de mer, qui paroît être placé là tout exprès p011r
offrir un aspect admirable. Foueh étoit autrefois, comme nous l’avons dit, le üeu
où abordoient tous les vaisseaux de l’Europe : mais, depuis que l’embouchure d
Nil s’est éloignée par suite de l’extension du Delta, et que les canaux qui con
duïsoient à Alexandrie ont été obstrués ou comblés, tous les avantages dont jouis
soit cette ville ont été transportés à Rosette; et Foueh aujourd’hui, presque réduite
à la condition d’un bourg, ne se fait distinguer que par l’élégance et la variété des
minarets de ses nombreuses mosquées. Les rues de Foueh sont très-étroites Un
quartier de cette ville est habité par des a'imeh, qui, par des danses lascives«
voluptueuses, exécutées aux sons d’une musique détestable, charment les loisirs du
riche jusque dans l’intérieur des harems.
En partant de Foueh, nous arrivâmes bientôt entre les deux villages de Clio-
râfeh et de Screnbây, qui se' font face sur l’une et l’autre rive du fleuve, et nous
dépassâmes Defouq, bourg considérable situé dans le Delta. A peu de distance
de la, nous parvînmes a la hauteur de Rahmtînyeli, où commence le canal qui
dérivé du Nil, conduit les eaux du fleuve à Alexandrie.
Lorsque nous arrivions près des villages, les habitans, déjà pleins de confiance
accouroient par curiosité sur la rive : nous remarquions parmi eux beaucoup d’en-
fans, et notamment de petites filles, qui étoient toutes nues; singulier contraste
avec l’usage qui plus tard les condamne à se voiler avec un soin extrême : leur peau
est basanée et presque noire. Quelquefois aussi nous arrivions auprès des villages à
l'improviste : les femmes qui étoient au bord du Nil pour y puiser de l’eau, et
qui, dans la confiance de leur solitude, restoient le visage découvert, faisoient tout-
à-coup, dès qu’elles nous apercevoient, le mouvement de relever le pan de leur
robe pour cacher leur figure (i); alors elles laissoient entrevoir des parties du corps
qu’ailleurs les femmes cachent avec tant de soin : différence bizarre des usagesde 1 Europe et de ceux de 1 Afrique. Ces circonstances nous fournirent toutefois l’occasion
de remarquer la taille svelte et élégante des jeunes femmes du peuple, a
la beauté de leurs formes, qui contrastent singulièrement avec les traits de leur
figure. Les femmes ainsi que les hommes ont la peau cuivrée et basanée.
Les Égyptiens aiment beaucoup le bain ; ce qui est un goût bien naturel dans
un pays dont la température est aussi chaude que celle de l’Égypte. En faisait
route, nous en vîmes un grand nombre qui se précipitoient dans le fleuve et na-
geoient avec une dextérité incroyable. Souvent ils sortoient de l’eau, se couvroient
le corps de poussière, restoient ainsi exposés aux rayons brûlans du soleil, et se re-
plongeoient ensuite au milieu du fleuve.
( i) Voyei, dans les Costumes et Portraits, planche A , une figure de femme du peuple analogue aux femni« ,
dont il est ici question.
En continuant de îemonter le Nil, nous apercevions des paysages qui flattoient
d’autant plus notre vue, quils etoient environnés de toutes parts d’un terrain aride
et désert. Nous voyions plus particulièrement dans le Delta d’immenses plaines
incultes, couvertes d herbes inutiles, et qui n’attendoient, pour devenir productives,
que des mains actives et industrieuses; car le sol est excellent, et l’eau nécessaire
à sa fécondité n’est pas éloignée.'
En passant devant le village de SA el-Hagar, nous aperçûmes une grande enceinte
et des monceaux de décombres, que nous devions reconnoître plus tard
pour etre les ruines de 1 ancienne Sais ( i ). Notre râys nous fit bientôt arriver à la
hauteur de Farestaq, à l’embouchure du grand canal de Chylyn el-Koum, qui
établit une communication entre les deux branches de Rosette et de Damiette, à
travers la région moyenne du Delta.
Tantôt le Nil est-encaissé dans un lit dont les bords sont à pic, et élevés, à
l’époque de l’inondation où nous étions arrivés, de six à sept pieds au-dessus du
niveau des eaux; tantôt ce fleuve ne connoît plus, pour ainsi dire, de rives, et
setend foit au loin. C e s t ce que nous eûmes lieu d observer particulièrement
depuis Farestaq jusqu à Nadyr, à l’embouchure du grand canal de Menouf, que l’on
peut considérer comme un fleuve (2), réunissant à travers la partie supérieure du
Delta les deux principales branches du Nil.
A 1 epoque de 1 annee ou nous faisions notre voyage, la plus grande partie des
îles et bancs de sable dont le lit du fleuve est rempli, est recouverte par les eaux;
mais cest alors aussi que l’on voit des champs tout entiers de ces pastèques ou
melons d eau vantes avec tant de raison par les voyageurs, et qui naguère avoient
sauve la vie a un si grand nombre de Français dans la pénible marche de l’armée
dAlexandrie au Kaire. L e maïs et le dourah étoient en pleine culture sur les bords
du fleuve.
Notre barque s’engrava plusieurs fois dans les coudes où nous avions le vent
contraire; alors tous les mariniers, se dépouillant de leurs vêtemens, se jetoient à
leap et tiroient la barque à la cordelle. Pendant tout le temps de notre traversée,
nous avons été frappés de la sobriété de ces gens : nous ne les vîmes jamais se
nourrir que de biscuit noir et dur, qu’ils faisoient quelquefois tremper dans du
bouillon; ce qui forme une espèce de soupe très-épaisse qu’ils mangent avec
leurs doigts.
De distance en distance nous apercevions, sur les bords du fleuve, de petites
cabanes où les hommes et les femmes viennent se reposer et se mettre à l’abri des
ardeurs du soleil : elles consistent en quatre piquets sur lesquels posent des branches
desséchées. Nous étions étonnés de la grande quantité de troupeaux de boeufs et de
buffles que nous apercevions sur l’une et l’autre rive : les buffles aiment beaucoup
eau; ils y restent long-temps et s’y tiennent enfoncés jusqu’à la tête. C ’est un spécu
lé vraiment curieux de voir dans le Nil des troupeaux entiers de ces animaux
ùmtn°irZ k V°y3ee dans ’’‘ ntérieur D elta , Ê. M. (2) Voyez le Voyage dans l'intérieur du Delta, déjà
fitre 1 ’ 61 ftjf ^ escr'Pt*onS ^’antiquités, cha- c ité , et l’A tlas géographique.
£ - M - T O M E I I , g partie. j j |